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La recherche universitaire contribue au réchauffement climatique! Version imprimable Suggérer par courriel
04 février 2008

Pour le professeur Hervé Philippe, la décroissance économique est la seule solution à l’impasse environnementale

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Hervé Philippe estime que ses travaux de recherche engendrent 44 tonnes de CO2 par année.

À toutes les activités humaines qui menacent la planète, il faut en ajouter une autre: la recherche universitaire. Écologiste convaincu et conséquent, Hervé Philippe, professeur au Département de biochimie, a évalué que ses travaux de recherche engendrent 44 tonnes de CO2 par année, alors que la production moyenne annuelle est de 20 tonnes par habitant aux États-Unis.

«J’ai fait mon doctorat sur le séquençage de nucléotides afin de faire avancer nos connaissances sur la biodiversité, mais je ne me doutais pas que cette recherche pouvait avoir une incidence négative sur la biodiversité elle-même», a-t-il souligné au cours d’une conférence-choc résolument provocatrice prononcée au symposium du Département de sciences biologiques le 24 janvier.

Le chercheur, qui jouit déjà d’une renommée internationale pour ses travaux en phylogénie, a calculé que les ordinateurs nécessaires à ses travaux produisaient 19 tonnes de CO2 annuellement et la climatisation des salles 10 de plus. Ces chiffres sont basés sur la production moyenne mondiale de CO2 par kilowattheure. À cela s’additionnent 15 autres tonnes entrainées par ses déplacements pour des réunions.

Le mythe de la technologie verte

Hervé Philippe a démoli le mythe voulant que la technologie soit la solution aux problèmes environnementaux, une voie défendue par les tenants de la croissance à tout prix, notamment le président américain George W. Bush.

Hervé Philippe
Hervé Philippe

«En 1973, on tenait le même discours, a rappelé le professeur. Pourtant, les problèmes environnementaux n’ont cessé d’empirer depuis. Au Canada par exemple, la consommation de pétrole a augmenté d’un facteur de 1,7 malgré la technologie.»

Le virage informatique devait réduire la consommation d’électricité et de papier, mais c’est le contraire qui s’est passé. Si les avions sont deux fois moins polluants que dans les années 70, la hausse du trafic aérien a fait doubler leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). Même chose avec les automobiles personnelles, qui sont toujours plus puissantes et dont le nombre croît de façon exponentielle. Et, si les maisons sont mieux isolées, elles sont plus vastes et plus énergivores.

La bouée technologique apparait comme un leurre qui camoufle l’«effet rebond» du déplacement de la pollution vers d’autres domaines. «Si vous utilisez moins votre voiture et passez des vacances dans le Sud avec les économies réalisées, vous annulez vos réductions de GES», estime M. Philippe.

Il faut ajouter à cela la délocalisation de la production polluante vers des pays comme la Chine dans un système qui attribue la pollution aux pays producteurs plutôt qu’aux pays consommateurs.

En 200 ans d’exploitation, les réserves mondiales de pétrole auront été épuisées, alors qu’il a fallu 200 millions d’années pour les constituer. «En considérant cette ressource comme illimitée, nous faisons une erreur de l’ordre de un million! déclare Hervé Philippe. C’est comme si nous confondions la circonférence d’une tête avec celle de la Terre, le poids d’un moustique avec celui d’une automobile, ou qu’on dénombrait 10 voitures par semaine sur les ponts de Montréal alors qu’il en passe 10 millions.»

La croissance: une stupéfiante absurdité

Cette façon de faire, qui nous conduit tête baissée droit dans le mur, est le résultat de la poursuite inconsidérée de la croissance économique, soutient le professeur Philippe.

«Le principe de la croissance économique ne s’arrête jamais. Sur 300 ans, une croissance de trois pour cent multiplierait le PIB par un facteur de 7000. Comme il y a une corrélation entre l’accroissement du PIB et celui du CO2, il faudrait que le progrès technologique soit tel qu’il permette d’annuler cette production accrue de GES. Viser une croissance infinie dans un mode fini est une stupéfiante absurdité.»

Le professeur ne pense pas que la prochaine génération de chercheurs fera mieux que la précédente. D’une part, les solutions faciles ont toutes été découvertes et les nouvelles technologies sont de plus en plus couteuses. D’autre part, l’accroissement des connaissances oblige à une spécialisation toujours plus poussée, ce qui fait perdre de vue l’ensemble des systèmes étudiés.

«On demande aux scientifiques quelque chose d’impossible, affirme-t-il. Si la croissance est la principale source du problème, la décroissance est la solution. Toutes les solutions écologiques, comme la réduction des déchets, le covoiturage, l’économie d’essence, entrainent d’ailleurs une diminution du PIB. Et la décroissance doit se traduire par une baisse du revenu.»

Simplicité volontaire

En recherche, une telle perspective résolument à contrecourant n’est-elle pas suicidaire? «Ce n’est pas en se cachant cette réalité qu’on trouvera des solutions, répond Hervé Philippe. Il faut ouvrir le débat et, si je me trompe, on me dira où.»

Il ne croit pas à des solutions uniques, mais à des changements dans les façons de faire adaptés à chaque milieu. En ce qui concerne les universités, il suggère d’espacer les conférences internationales, de recourir aux vidéoconférences, d’éviter les recherches sur des questions déjà traitées, de réduire les publications et d’évaluer les citations par tonne de CO2 produite. Mais il ne s’illusionne pas non plus; à trois reprises, on lui a refusé une participation à des congrès par voie de vidéoconférence.

C’est en citant Gandhi que le conférencier a invité son auditoire à la simplicité volontaire: «Vivre plus simplement pour que d’autres puissent simplement vivre.»

Daniel Baril

 

 

(Photomontage: Benoît Gougeon)

 

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