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| Les pêcheries influent sur le taux d’azote des océans |
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| 03 février 2008 | |
Moins on pêche, plus le taux d’azote est élevé, mais la surpêche n’est pas une solution![]() (Photo: Nature Geoscience) La pêche commerciale à grande échelle est un élément majeur à considérer dans l’étude du cycle de l’azote et dans la gestion des écosystèmes côtiers. C’est ce que vient de montrer une étude réalisée par Roxane Maranger, professeure au Département de sciences biologiques, et publiée dans le numéro de février de Nature Geoscience. Il s’agit de la première recherche à se pencher sur cet aspect de la problématique environnementale. «Comme toutes les espèces vivantes, les poissons ont besoin d’azote pour vivre et ils en accumulent de façon naturelle dans leur organisme, explique la biologiste. Lorsque nous pêchons, nous contribuons à retirer de l’azote de l’océan, mais la quantité ainsi enlevée n’avait jamais été prise en considération dans l’étude du cycle de l’azote des régions côtières. Nos travaux ont clairement démontré que cette quantité est loin d’être négligeable.» 150 millions de tonnes! Si le maquereau pêché au bout du quai à l’aide d’une simple canne à pêche n’a pas à lui seul une grande influence sur la quantité d’azote retirée de l’océan, il en va tout autrement de la pêche commerciale. Selon les données recueillies par Roxane Maranger et sa collègue Nina Caraco, du Cary Institute of Ecosystem Studies de Millbrook, 90 millions de tonnes métriques de poissons sont extraites chaque année des océans par la pêche commerciale depuis 1985. La pêche de subsistance en sort pour sa part 20 millions de tonnes et la pêche illégale ou non déclarée en retrancherait jusqu’à 40 millions de plus. Pour 58 écosystèmes marins répartis sur l’ensemble de la planète, les chercheuses ont calculé le rapport entre ce retrait d’azote lié aux pêcheries et l’ajout d’azote entrainé par les activités humaines terrestres. ![]() Roxane Maranger «Les fertilisants, les eaux usées et la combustion de pétrole augmentent l’azote présent dans l’environnement et le gaz finit par se retrouver dans les eaux côtières par ruissèlement, poursuit Mme Maranger. Cela a pour effet d’accroitre de façon très importante sa concentration dans les zones côtières.» L’étude a révélé que la pêche maritime sous toutes ses formes avait comme conséquence, en 1960, de retirer 60 % des composés azotés provenant du lessivage des fertilisants. Mais, de 1960 à 2004, les émissions d’azote ont été multipliées par 7,5 alors que les prises de pêche ne se sont accrues que de 2,5. Le résultat est que le retrait de l’azote par la pêche ne représente maintenant que 20 % de ce qui est rejeté dans les océans par l’activité humaine. «On s’aperçoit que l’impact de l’activité humaine ne va pas dans une direction unique et que la pêche commerciale est un élément de premier plan à considérer dans la gestion écologique des zones côtières de même que dans les facteurs qui perturbent le cycle de l’azote», souligne la chercheuse. Moratoires sur la pêche commerciale Comme pour le phosphore, un taux trop élevé d’azote dans l’eau entraine une prolifération du phytoplancton, une sédimentation accrue, un manque d’oxygène, une diminution du nombre de poissons et une perte de biodiversité. «La qualité des zones côtières est devenue très inquiétante», affirme la professeure. Mais ses travaux montrent aussi que moins on pêche, plus il y a d’azote dans l’eau. Les moratoires sur la surpêche commerciale, qui visent à favoriser la reconstitution des stocks de poissons, auraient donc comme effet paradoxal de détériorer l’environnement aquatique de ces espèces en haussant encore davantage le taux global d’azote dans les zones concernées. Faudrait-il donc lever ces moratoires? «Augmenter les prises est impossible et ce ne serait pas une solution, répond Roxane Maranger. On ne peut retirer plus de poissons qu’on le fait présentement et la pêche commerciale a déjà causé l’effondrement de plusieurs stocks dans tous les océans du monde. Pour sauver les écosystèmes côtiers, il faut absolument réduire la quantité d’azote qui rentre dans ces systèmes.» Ont également participé à ces travaux Julie Duhamel et Marc Amyot, respectivement étudiante et professeur au Département de sciences biologiques. Daniel Baril
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