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Trois produits chimiques seraient inoffensifs chez l’humain... mais cancérogènes chez les rats Version imprimable Suggérer par courriel
28 janvier 2008

Les recherches avec les modèles animaux restent imparfaites

Rat/humain
Le modèle animal a ses particularités, le modèle humain également.

Le noir de charbon, la poudre de talc et le dioxyde de titane, qui entrent dans la composition de plusieurs produits industriels, ne seraient pas la cause des cancers du poumon dont ont souffert plus de 2000 ouvriers montréalais entre 1979 et 2001. C’est la conclusion d’une étude publiée récemment dans l’International Journal of Cancer par une équipe de chercheurs sous la direction de Jack Siemiatycki, professeur titulaire à la Faculté de médecine.

«Nos résultats démontrent que les ouvriers exposés à ces produits dans leur milieu professionnel ne courent pas un risque excessif de souffrir de cancer du poumon», écrivent le professeur et les cosignataires de l’article, Agnihotram Ramanakumar, Marie-Élise Parent et Benoit Latreille, associés à l’Université de Montréal et à l’Institut Armand-Frappier. Le noir de charbon est utilisé dans la fabrication de pneus, le dioxyde de titane est un pigment de peinture et le talc sert à l’industrie des cosmétiques.

La conclusion des chercheurs peut surprendre quand on sait que les travaux sur des modèles animaux conduisent à un lien de cause à effet entre ces produits et le cancer. En laboratoire, l’inhalation prolongée de noir de charbon et de dioxyde de titane, par exemple, provoque chez les rats un haut taux de tumeurs, d’inflammations pulmonaires et de fibroses.

Le spécialiste de la médecine préventive estime que cette recherche jette une certaine lumière sur deux aspects des connaissances en matière de maladie professionnelle. D’abord, il ne faut pas sauter trop vite aux conclusions lorsqu’une proportion importante de personnes placées en contact prolongé avec des polluants souffrent d’une même maladie. Dans les milieux professionnels, elles sont exposées à une multitude de produits et il est très difficile de mettre le doigt sur le véritable coupable.

Second point, il faut prendre garde aux recherches effectuées sur des animaux, car elles peuvent mener à des résultats contradictoires. «Sans rejeter les études avec les modèles animaux, explique le professeur Siemiatycki, il faut avoir à l’esprit qu’il s’agit de modèles imparfaits.»

Jack Siemiatycki
Jack Siemiatycki (Photo: Bernard Lambert)

Comme on peut le lire dans l’article, certaines recherches chez le singe laissaient croire que le rat ne représente pas un modèle animal très fiable quand on étudie les contaminants atmosphériques, entre autres parce qu’il existe des «différences structurelles significatives dans les parties du poumon où se logent les particules peu solubles».

Pour Jack Siemiatycki, on peut faire davantage confiance aux modèles animaux dont l’organisme a été modifié pour l’adapter aux études sur l’humain, comme les souris devenues diabétiques par manipulation génétique. Dans le cas où le métabolisme demeure celui du rongeur, les conclusions sont plus hasardeuses.

300 produits

Surpris par ces résultats? «J’évalue des centaines de produits pour établir leur toxicité en fonction de différents types de cancers. Je suis en quelque sorte toujours étonné par nos résultats.»

Pour l’avancement des connaissances, un résultat négatif est extrêmement utile, mentionne le chercheur, même s’il laisse les journalistes sur leur appétit… D’autant plus que le cancer a des origines qui remontent parfois 10, 20 ou 30 ans en arrière. Difficile alors de les retrouver.

C’est pourtant le défi que souhaite relever le chercheur. Au cours de sa carrière, le professeur Siemiatycki a monté une banque de données comptant quelque 300 produits industriels soupçonnés d’être à la source de cancers. Dans les années 80, il a amassé des données sur plus de 4000 patients cancéreux de la région montréalaise, dont 800 étaient atteints du cancer du poumon. Un second échantillonnage a été fait entre 1992 et 1996, auprès de 1500 cancéreux (dont 1300 qui souffraient du cancer du poumon).

Par quoi sont causés les cancers? Les chercheurs veulent isoler un produit à la fois. Mais, comme la chose est presque impossible, ils imaginent des stratégies permettant de contourner les obstacles. Dans le cas du cancer du poumon (le tueur numéro un parmi les cancers dans les pays industrialisés), on a dû composer avec le fait qu’un bon nombre de personnes atteintes faisaient usage de tabac. On a constitué trois groupes: le premier formé de gros fumeurs, le deuxième de fumeurs occasionnels et le troisième de non-fumeurs. On a ensuite comparé l’effet des trois produits chez ces trois groupes. D’autres produits, comme l’amiante, la fibre de verre et les émanations de diésel, seront étudiés pour découvrir leur influence dans l’apparition du cancer.

Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en épidémiologie environnementale et santé des populations, Jack Siemiatycki s’est fait connaitre par ses études sur les rapports entre l’usage du téléphone cellulaire et le cancer du cerveau. Il entend élargir encore son champ de recherche en établissant des liens entre la survenue de divers types de cancers et des facteurs comme le lieu de résidence des sujets, le groupe ethnique auquel ils appartiennent, leur consommation d’alcool, de café ou de thé, de même que les modes de chauffage domestique et de cuisson des aliments.

Mathieu-Robert Sauvé

 

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