Rechercher dans :

Logo du journal Forum

Avancée majeure dans la connaissance de la sclérose en plaques Version imprimable Suggérer par courriel
21 janvier 2008

Alexandre Prat élucide le rôle de lymphocytes dans l’apparition de la maladie

sclérose en plaques
Chez une personne atteinte de la sclérose en plaques, les globules blancs traversent en trop grand nombre la barrière hématoencéphalique.

Une étude réalisée par une équipe que dirige le neurologue Alexandre Prat, chercheur au CHUM et professeur à la Faculté de médecine, démontre le rôle d’une nouvelle classe de leucocytes – les lymphocytes Th17 – et de deux facteurs importants qu’ils produisent, soit l’interleukine 17 et l’interleukine 22, dans la fragilisation de la barrière hématoencéphalique et dans l’inflammation du système nerveux central.

La barrière hématoencéphalique est une membrane qui sépare les vaisseaux sanguins des neurones cérébraux. Située dans l’endothélium des capillaires cérébraux, cette barrière maintient la composition du milieu interstitiel cérébral par sa perméabilité sélective et restreinte. Elle a comme particularité d’être quasi imperméable aux différentes molécules et substances circulant dans l’organisme, ce qui en fait une barrière de protection pour le cerveau.

Chez une personne en santé, un nombre limité de leucocytes (globules blancs du système immunitaire) traversent cette barrière. Chez une personne atteinte de la sclérose en plaques, cette migration est augmentée et les cellules immunitaires attaquent la myéline – une couche protectrice qui entoure les cellules du système nerveux central –, provoquant les symptômes de la maladie.

La sclérose en plaques est ainsi une maladie inflammatoire dans laquelle notre propre système immunitaire détruit la gaine isolante de nos fibres nerveuses. Cette atteinte provoque la perte de la sensation, la paralysie et des handicaps. On pense que des facteurs génétiques, infectieux et environnementaux déclencheraient la sclérose en plaques, mais sa cause exacte est encore inconnue. Au Canada, environ 55 000 jeunes adultes en sont atteints et la fréquence de cette affection est deux fois plus grande chez les femmes.

Alexandre Prat
Alexandre Prat

Les travaux du Dr Prat ont montré, dans un modèle in vitro puis dans le modèle animal de la sclérose en plaques (l’encéphalite auto-immune expérimentale), que les lymphocytes Th17 traversent facilement la barrière hématoencéphalique, détruisent les neurones et favorisent l’inflammation du système nerveux central.

«Le rôle des lymphocytes Th17 n’est plus à démontrer dans les mécanismes de pathogenèse des maladies inflammatoires, souligne le chercheur. Cependant, notre étude révèle leur contribution exacte dans le début des manifestations des lésions caractéristiques de la maladie. Les résultats indiquent également l’importance potentielle de l’infiltration du système nerveux central par ces lymphocytes, une étape décisive dans la formation de lésions de la sclérose en plaques et la progression de la maladie. On observe d’ailleurs un grand nombre de lymphocytes Th17 au sein des lésions de sclérose en plaques.»

Plus récemment, d’autres travaux de l’équipe d’Alexandre Prat ont démontré qu’une molécule d’adhésion cellulaire liée aux leucocytes et qui est exprimée par les cellules endothéliales du cerveau (la molécule CD166) joue un rôle majeur dans la migration des cellules immunitaires à travers la barrière hématoencéphalique. Comme cette molécule n’est pas liée aux lymphocytes qui s’attaquent aux virus, cette fonction immunitaire ne serait pas compromise par le blocage de CD166.

Cette avancée dans la compréhension des mécanismes inflammatoires permet donc de désigner de nouvelles cibles dans la mise au point de traitements plus efficaces contre cette maladie du système nerveux qui compte parmi les plus courantes et les plus invalidantes.

Les résultats étaient publiés dans le numéro d’octobre de la revue Nature Medicine et dans celui de décembre de Nature Immunology.

CHUM et D.B.

 

© 2008 - Bureau des communications et des relations publiques