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| Les immigrants d’aujourd’hui sont plus pauvres que ceux d’hier |
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| 14 janvier 2008 | |
La situation s’est moins détériorée au Québec, où la politique d’immigration favorise la francité et la scolarité![]() En misant sur la scolarité, la politique d’immigration du Québec semble favoriser l’insertion économique des immigrants. On savait que les revenus des immigrants sont généralement inférieurs à ceux des natifs. Mais ce qui est inquiétant, c’est que les revenus des immigrants qui sont entrés dans le marché du travail à la fin des années 90 sont inférieurs à ceux des immigrants des années 60. La seule bonne nouvelle, si c’en est une, c’est que la situation de la cohorte des années 90 s’est moins détériorée au Québec qu’en Ontario et qu’en Colombie-Britannique. C’est ce qui ressort d’une étude très fouillée publiée dans le numéro de novembre 2007 de la revue Choix (de l’Institut de recherche en politiques publiques) et réalisée par Brahim Boudarbat, professeur à l’École de relations industrielles, et Maude Boulet, étudiante au doctorat. Différences selon les sexes et les cohortes Le but de l’étude était de vérifier si la baisse des revenus était différente selon les provinces et si la politique d’immigration du Québec, qui vise à la fois des objectifs de francisation et de démographie, avait un effet sur la situation. Les deux chercheurs ont analysé les données des recensements du Canada pour l’Ontario, le Québec et la Colombie-Britannique, trois provinces qui, mises ensemble, accueillent près de 90 % de l’immigration canadienne. Entre la cohorte arrivée au Canada en 1960 et celle admise au pays en 1990, la diminution de salaire chez les hommes a été de 18 % en Ontario, de 27 % au Québec et de 31,2 % en Colombie-Britannique. Chez les femmes, elle a été de 6,8 % en Ontario, de 10 % en Colombie-Britannique et de 15,4 % au Québec. Même si le Québec se classe en deuxième et en troisième position, il a mieux performé que les deux autres provinces au cours de la dernière décennie. C’est en effet au Québec que les revenus de la cohorte de 1990 ont le moins baissé par rapport à ceux de la cohorte de 1980, soit de 5,2 % contre 6 % en Ontario et 8,4 % en Colombie-Britannique. Chez les immigrantes du Québec, les revenus n’ont presque pas varié pendant cette période alors que les immigrantes ontariennes subissaient une réduction de salaire de près de 5 %. La plus grande stabilité dans les revenus des femmes serait due au fait qu’elles ont bénéficié des progrès en matière d’équité salariale. ![]() Maude Boulet et Brahim Boudarbat Les particularités du Québec La politique d’immigration du Québec a-t-elle joué un rôle dans cette situation? Pour répondre à cette question, Brahim Boudarbat et Maude Boulet ont d’abord mesuré l’ensemble des éléments ayant pu influer sur les revenus, soit le pays d’origine, la langue maternelle, la scolarité et l’expérience de travail à l’étranger. Le pays d’origine explique une partie de la diminution des revenus: à scolarité et à expérience égales, les revenus d’immigrants africains et latino-américains, plus importants en nombre au Québec (voir l’encadré), sont inférieurs de 13 à 15 % en comparaison des revenus d’immigrants venus des États-Unis et du Royaume-Uni. Ceux qui possèdent une expérience de travail au Canada bénéficient d’une hausse de salaire de 4 % par rapport à ceux qui n’en ont pas, alors que l’expérience étrangère ne contribue qu’à une augmentation des revenus de 1,3 % au Québec et ailleurs au Canada. «L’expérience étrangère est donc dévaluée et ne vaut que 25 % de l’expérience canadienne», indique Brahim Boudarbat. L’effet de la scolarité s’avère par ailleurs plus grand au Québec que dans les deux autres provinces. Une formation universitaire procure un salaire de 50 % supérieur au salaire d’un travailleur immigrant sans aucun diplôme; cet avantage est respectivement de 37 et de 32 % en Ontario et en Colombie-Britannique. Le meilleur rendement de la diplomation au Québec est dû aux écarts de salaire plus importants que dans les deux autres provinces. Le fait d’avoir le français comme langue maternelle procure en outre un avantage salarial de 7 % pour les hommes et de 12 % pour les femmes. Mais les immigrants unilingues français subissent une perte de salaire de 6 % par comparaison avec les immigrants bilingues. Incohérence du discours En misant sur la francité et la scolarité, la politique d’immigration du Québec semble donc favoriser l’insertion économique des immigrants. Néanmoins, une fois retiré l’effet de l’ensemble des facteurs, il subsiste une diminution salariale globale de 17 % chez les immigrants québécois des années 90 par rapport à ceux des années 60. Les auteurs de l’étude écrivent qu’il y a «un sérieux problème de cohérence entre le discours des gouvernements, qui veulent attirer des immigrants qualifiés sur le marché du travail, et la réalité à laquelle ces immigrants sont confrontés lorsque les employeurs refusent de reconnaître leurs qualifications professionnelles». Mais ce problème n’est pas exclusif au Québec et ne touche pas que la population immigrante, mentionne le professeur Boudarbat. «Les travailleurs qualifiés ont aussi des problèmes de placement dans leur pays: au Maroc, le taux de chômage chez les universitaires est de 30 %. Les natifs du Québec éprouvent aussi des difficultés: en 1995, seulement 49 % des diplômés universitaires occupaient un emploi dans leur domaine.» Miser sur les jeunes Le professeur estime toutefois qu’il faudra résoudre l’incohérence puisque le Québec veut hausser le nombre annuel d’immigrants à 55 000 en 2010. Actuellement, l’immigration est insuffisante pour maintenir le poids démographique du Québec, où les 45 000 immigrants par année ne représentent que 15 % de l’immigration canadienne. Puisqu’il est difficile pour les immigrants de faire valoir leur expérience étrangère, Brahim Boubardat propose de favoriser les jeunes, qui ne possèdent que peu d’expérience professionnelle dans leur pays, afin de leur permettre d’en acquérir davantage au Canada. Pour ce faire, il suggère de miser sur les étudiants étrangers inscrits dans des universités canadiennes. «On pourrait leur attribuer un nombre de points équivalant à une année d’expérience de travail au pays», dit-il. Au son avis, il y aurait lieu d’engager un débat public sur les véritables objectifs des politiques d’immigration et sur les moyens de les atteindre. Daniel Baril _______________________________________________________ Effets de la politique d’immigration québécoise
C’est sur le plan de la connaissance des langues officielles que l’effet de la politique québécoise est le plus manifeste: 57 % des immigrants québécois connaissent le français et l’anglais, contre 7 % en Ontario et 6 % en Colombie-Britannique; 20 % ont le français comme langue maternelle mais seulement 1 % en Ontario et en Colombie-Britannique. «Dans les années 60, 80 % de l’immigration canadienne était issue de l’Europe de l’Ouest et des États-Unis, le reste de l’ensemble des autres pays; à la suite des changements dans les politiques d’immigration maintenant axées sur les qualifications et l’insertion dans le marché du travail, ces proportions se trouvent aujourd’hui inversées», souligne le professeur Boudarbat. D.B. |
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