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02 décembre 2007

Pourquoi les femmes enceintes ont-elles tant de mal à trouver un obstétricien?

obstétriciens recherché

Le 25 octobre dernier, Madeleine Le May dénonçait dans Le Devoir la difficulté de rencontrer un obstétricien. Sa fille, enceinte, n’avait pu obtenir de rendez-vous avec un médecin spécialiste de la grossesse, malgré plusieurs appels, faute de disponibilité. «La loi stipule que la patiente a le droit d’être informée des services, de l’endroit où ceux-ci sont donnés et de la façon de les obtenir […] Elle a le droit de choisir le professionnel ou l’établissement qui offre des services, ce qui n’est pas le cas de ma fille, les médecins ayant refusé de la recevoir comme patiente», écrivait-elle, évoquant la «discrimination dans la santé».

Mme Le May n’est pas la seule à se plaindre de cette pénurie. Partout au Québec, des femmes enceintes ont du mal à être accompagnées entre le premier trimestre de leur grossesse et l’accouchement. Selon l’Agence de la santé et des services sociaux de l’Outaouais, plus de un millier de Québécoises se sont même rendues en Ontario pour donner naissance à leur enfant en 2005-2006, des dépenses médicales qui ont été remboursées par le gouvernement du Québec.

Forme-t-on assez d’obstétriciens au Québec? Pour le Dr William Fraser, directeur du Département d’obstétrique-gynécologie de l’Université de Montréal et médecin au CHU Sainte-Justine, il y a deux problèmes. D’abord, le nombre de spécialistes en obstétrique-gynécologie formés au Québec est insuffisant, et certains des actes accomplis par ces spécialistes pourraient être assumés par les omnipraticiens ou autres professionnels de la santé. «Un obstétricien devrait se concentrer sur les accouchements à problèmes et les grossesses à risque, dit-il. C’est pour cela qu’il est formé et c’est là qu’il peut donner ce qu’il a de meilleur.»

Le Département d’obstétrique-gynécologie de l’UdeM a accueilli, cette année, sept résidents, un nombre qui passera à huit au cours des prochaines années. Les universités McGill, Laval et de Sherbrooke, qui possèdent aussi une faculté de médecine, en formeront chacune de 2 à 5, pour un total de 16 à 18 nouveaux résidents par année. Cela fait un très petit nombre de spécialistes sortant de nos écoles compte tenu des besoins engendrés par le minibabyboom actuel.

Pour William Fraser, les accouchements sans complications devraient être supervisés par un personnel médical compétent, mais pas nécessairement par un spécialiste de l’obstétrique. «Auparavant, c’était les médecins généralistes qui encadraient les accouchements, explique-t-il. Peu à peu, cette responsabilité a été confiée aux spécialistes et l’on trouve de moins en moins de généralistes prêts à assurer les suivis de grossesse. La raison en est simple: l’obstétrique a un impact majeur sur le style de vie du médecin. Celui-ci doit être disponible 24 heures sur 24 ou être de garde, ou encore s’associer avec un groupe qui assure le service du lundi au dimanche.»

De tels groupes d’omnipraticiens existent, notamment aux hôpitaux du Sacré-Cœur de Montréal, Maisonneuve-Rosemont et Saint-Luc. Mais ils sont peu nombreux. La solution? «Bien sûr, nous devons encourager les médecins généralistes à pratiquer l’obstétrique. Aussi, je crois que les sagefemmes et les infirmières spécialisées, appelées infirmières cliniciennes, pourraient jouer un rôle très important dans l’accouchement sans risques.»

Se référant au modèle français, le médecin rappelle que les sagefemmes peuvent être des alliées précieuses pour les médecins. Exerçant leur profession dans les hôpitaux, elles peuvent bénéficier des services spécialisés 
en cas de problème. Au Québec, les sagefemmes travaillent principalement à l’extérieur des hôpitaux et les transferts de patientes s’effectuent dans des conditions parfois laborieuses. «Quand survient un problème au moment de l’accouchement, c’est beaucoup plus difficile de transporter une femme en plein travail de la maison de naissance à l’hôpital», poursuit-il. Et ces transferts sont nombreux: environ 15 % des cas.

Aux États-Unis, ce sont les infirmières qui reçoivent une formation complémentaire pour devenir «infirmières-sagefemmes». «À Sainte-Justine, je connais des infirmières qui possèdent toutes les compétences requises pour accompagner un accouchement sans complications. Elles sont en quelque sorte des sagefemmes formées sur le terrain. Par contre, il n’existe pas de programme de formation complémentaire pour les infirmières qui leur permettrait de se perfectionner dans le suivi de la femme enceinte ou de prendre en charge l’accouchement.»

Formées à l’Université du Québec à Trois-Rivières, les sagefemmes diplômées suivent quatre années d’études universitaires avant d’être autorisées à exercer leur métier.

Mathieu-Robert Sauvé

 

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