Thierry Karsenti énumère sept astuces qui aideront les professeurs submergés de courriels d’étudiants
Nombreux sont les professeurs qui se plaignent de l’avalanche de courriels qu’ils reçoivent chaque jour dans leur messagerie électronique. Souhaitant être disponibles en tout temps, des enseignants deviennent esclaves du courrier électronique.
Du matin au soir, ils répondent aux demandes d’étudiants qui, de plus en plus, ne semblent pas connaitre les règles de la bienséance. Certains n’ont aucune gêne à dévoiler des détails de leur vie privée dans leur correspondance, alors que d’autres exigent que leur travail soit corrigé 24 heures après avoir été expédié par courriel. Quelques-uns déversent même leur fiel dans des messages qu’ils envoient sans réfléchir.
«Comme ce fut le cas avec la boite vocale à une autre époque, les étudiants abusent. Le problème ne réside pas dans la technologie, mais bien dans l’usage qu’on en fait», relativise Thierry Karsenti, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les technologies de l’information (TIC) en éducation et directeur du Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante.
Depuis les années 90, le chercheur a acquis une certaine expertise dans le domaine de la gestion des courriels qu’il souhaite aujourd’hui partager avec ses collègues. Voici donc sept astuces qui font du courrier électronique non seulement un bon moyen de communication, mais aussi un outil pédagogique précieux.
1. Organisez votre boite courriel
Un conseil élémentaire qui, malheureusement, n’est pas toujours appliqué. Thierry Karsenti s’en est fait le chantre, lui qui conserve tous ces courriels depuis 1996! Stockés dans un dossier, ses messages occupent plus de 21 gigabits. Ses courriels plus récents sont répartis dans une vingtaine de dossiers à l’intérieur de sa messagerie. Le classement exige un certain temps, certes, mais augmente d’un cran la productivité. «Les professeurs doivent recevoir en moyenne une centaine de courriels par jour, dit-il. Ça demande une gestion efficace. Pour ma part, toute ma vie est organisée dans ma boite de courriel, ce qui me permet de retrouver tout ce que je fais: les projets, les recherches, les publications, les travaux des étudiants, etc.»
2. Ralentissez
C’est connu, la vitesse tue, particulièrement dans le cas du professeur qui utilise le courrier électronique. «Les étudiants sont de plus en plus exigeants, remarque Thierry Karsenti. En leur répondant rapidement, on crée des attentes élevées. Ça devient infernal.» Selon lui, il est bon de ne pas envoyer immédiatement de réponse. «On leur enseigne ainsi la patience», observe-t-il en souriant.
 Thierry Karsenti
3. Définissez un horaire
«Ce n’est pas parce qu’on vit dans une société où les technologies sont faciles d’usage qu’on est obligé de répondre à ses courriels à tout bout de champ», souligne M. Karsenti. C’est pourquoi il a fait le choix de se plonger dans sa correspondance virtuelle uniquement en fin de journée. Il y consacre un peu plus d’une heure. «Autrement, je passerais mes journées à ne faire que cela!» Il établit par ailleurs des balises strictes dans ses échanges avec les étudiants. «Si le message concerne le cours et est envoyé avant 16 heures un jour ouvrable, je m’engage à y répondre avant le lendemain matin. C’est ma garantie d’encadrement pédagogique.»
4. Sensibilisez vos étudiants à l’usage du courriel
De par sa nature, le courrier électronique donne une impression de proximité avec son interlocuteur. Certains étudiants sont donc enclins à se confier. «Des étudiants me racontent, par exemple, qu’ils n’ont pu finir les lectures exigées parce qu’ils ont préféré boire une bière avec des amis, chose que je ne veux pas savoir, mentionne Thierry Karsenti. Sans être méchant, je tente de leur expliquer que ce qu’ils m’écrivent n’est pas en lien avec le cours. Parfois, j’ignore ces messages. Les étudiants finissent par comprendre.»
D’autres se révèlent fort susceptibles. «Quand on reçoit beaucoup de courriels, les réponses sont forcément plus succinctes, indique-t-il. Des étudiants croient qu’ils ont fait quelque chose de mal ou que je ne les aime plus parce qu’il m’arrive de leur répondre simplement par un “Oui”.» Il faut donc prévenir ces dérapages en éduquant les étudiants à l’usage efficient du courriel.
5. Réutilisez vos courriels
D’un trimestre à l’autre, les étudiants posent invariablement les mêmes questions. Pourquoi ne pas alors se créer une banque de réponses qu’on peut expédier en un clic de souris? «Ça me fait gagner un temps fou», signale M. Karsenti.
6. L’astuce du faux courriel
Et si les questions ne viennent jamais? Les courriels «modèles» sont-ils alors inutiles? Pas du tout. Thierry Karsenti fait alors appel à l’astuce du faux courriel. «Je crée un étudiant imaginaire qui envoie une question à ses collègues de classe. Je peux alors leur transmettre ma réponse. Ce n’est pas un mensonge. C’est plutôt une stratégie pédagogique, car rien ne fonctionne moins bien auprès des étudiants qu’une information non sollicitée. De toute manière, je leur dis la vérité à la fin du trimestre.»
7. Découvrez le potentiel des listes de diffusion
Thierry Karsenti ne pourrait se passer des listes de diffusion. «Elles me facilitent grandement la tâche», déclare-t-il. Cet instrument tout simple est disponible à l’adresse . Il suffit de créer une adresse portant le nom du cours ou du projet de recherche et d’y inscrire toutes les adresses électroniques des étudiants ou professeurs concernés. Un courriel envoyé à cette adresse sera automatiquement acheminé aux abonnés de la liste.
«À l’aide de cet outil, j’incite les étudiants à s’entraider. S’ils ont une question personnelle, ils peuvent me la poser. S’ils ont une question d’ordre général, ils l’écrivent au groupe. Au départ, c’est surtout moi qui interviens. Mais, plus le temps passe, plus les étudiants se risquent à répondre. Éventuellement, je deviens un témoin de ces échanges.» À la fin du cours, de 90 à 95 % des interventions sont celles des étudiants. Du coup, cela fait des centaines de courriels de moins à traiter pour le professeur.
Marie Lambert-Chan |