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Les voies du cœur Version imprimable Suggérer par courriel
19 novembre 2007

La prévention des maladies coronariennes nécessite des changements profonds dans notre mode de vie

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Dans la salle de cathétérisme, le Dr François Reeves explique en quoi consiste son travail.

«Pouvez-vous m’expliquer ce que j’ai, docteur?» En 18 ans de pratique, le cardiologue François Reeves s’est fait poser régulièrement cette question par les quelque 4000 patients qu’il a eu à soigner chaque année. C’est pour leur répondre de la façon la plus complète possible que le chef du laboratoire de cathétérisme du CHUM et professeur au Département de médecine vient de publier Prévenir l’infarctus ou y survivre: les voies du cœur.

«J’aime la vulgarisation scientifique et les récits romanesques sur fond de science; je voulais écrire un livre qui soit à la fois informatif et agréable à lire, comme un Harry Potter ou un Dan Brown, déclare-t-il. Tout ce que le public veut savoir sur la santé cardiaque y est: l’hérédité, les habitudes de vie, l’exercice, l’effet de l’environnement, l’alimentation, les facteurs de risque, la prévention, les signes avant-coureurs, la technologie d’intervention. Il n’y avait aucun ouvrage de ce genre en français.»

Le livre, qui s’adresse à un large public, ne tient toutefois pas du roman et demeure avant tout informatif même si les données présentées sont entrecoupées de cas bien réels à partir desquels François Reeves expose les connaissances actuelles ainsi que son expérience. Le premier chapitre, par exemple, s’ouvre sur l’histoire d’un jeune homme qui fait un infarctus dans l’ascenseur d’un hôpital au moment où il va rejoindre sa femme en train de donner naissance à leur troisième enfant. Une situation tragique qui révèle toute la dimension humaine, souvent oubliée, de tels drames.

«J’utilise la technique cinématographique de la cascade, comme dans Indiana Jones, pour susciter l’intérêt dès le début, dit-il. Je présente ensuite la science puis les aspects sociaux. Les “voies du cœur”, autour desquelles le livre est structuré, sont au nombre de trois: ce que l’individu peut faire pour sa santé cardiaque, ce que la médecine peut faire et ce que la société peut faire.»

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Le volume est abondamment illustré pour mieux faire comprendre la cardiologie d’intervention. Ci-dessus, la pose d’une endoprothèse vasculaire.

Une maladie sociale

Lorsque Forum a rencontré l’auteur, celui-ci venait tout juste de terminer une intervention destinée à débloquer, à l’aide d’une endoprothèse vasculaire, une artère coronarienne obstruée par une plaque d’athérome. Ce type d’intervention est décrit de façon très accessible dans le volume. Après nous en avoir montré l’efficacité à l’écran, le Dr Reeves avait manifestement envie d’aborder les aspects sociaux et environnementaux de l’infarctus.

«La maladie coronarienne est une maladie environnementale: elle découle de la qualité de l’air, de l’eau, de la nourriture et même du réchauffement planétaire, observe le cardiologue. La sixième extinction va débuter, chez les humains, par des décès cardiaques.»

Le style de vie nord-américain, caractérisé par la sédentarité et l’alimentation industrielle, serait la cause majeure des infarctus. «Environ 60 % de la population est sédentaire, c’est-à-dire qu’elle fait moins de 30 minutes d’exercice par jour. Au Canada, de 50 à 60 % des gens ont un excès de poids et 24 % sont obèses. Nous sommes au deuxième rang pour l’embonpoint, derrière les États-Unis. Par comparaison, seulement 2,5 % de la population japonaise est obèse.»

Ces données et beaucoup d’autres sont présentées dans le volume de François Reeves. On peut même y trouver le tableau de l’obésité par groupes ethniques au Canada: ce sont les autochtones qui sont les plus affectés et les Asiatiques qui le sont le moins. Mais cela ne fait-il pas ressortir l’aspect génétique du problème?

«Nous sommes génétiquement des Français et il y a trois fois plus de maladies coronariennes au Québec qu’en France», répond le médecin pour souligner le caractère social et environnemental du problème. «La maladie coronarienne, ce n’est pas la dérive des continents mais la “dérive des environnements”!»

La prévention passe donc par des modifications majeures dans notre mode de vie. «Il faut maintenir un poids optimal, ne pas fumer et faire de l’exercice même si tout nous porte à demeurer sédentaires, résume le Dr Reeves. Nous devons abandonner notre alimentation industrielle et nos gros frigos pour revenir au mode de vie européen et à une alimentation sans additifs. Et, surtout, montrer aux adolescents les effets à long terme de la sédentarité et de l’obésité.»

CHU et produits naturels

En plus d’être le principal vecteur des maladies coronariennes, l’obésité a un impact mesurable sur… l’environnement. On trouvera en effet dans le livre de François Reeves des données montrant que l’obésité a entrainé la consommation de 1,3 milliard de litres supplémentaires de carburant par les compagnies aériennes en 2000 aux États-Unis!

L’auteur aborde également des aspects incontournables du débat sur la santé au Québec, comme la question des deux mégahôpitaux universitaires. «Avoir deux CHU d’envergure internationale est extrêmement sain, signale-t-il. Cela nous assure une dualité linguistique de chercheurs et d’étudiants et c’est toute la qualité du milieu universitaire qui en bénéficie. À Boston, il y a plus de 10 hôpitaux universitaires; c’est la deuxième ressource économique de la ville.»

Prévenir l'infarctus
François Reeves, Prévenir l’infarctus ou y survivre: les voies du cœur, Montréal, Éditions du CHU Sainte-Justine et MultiMondes, 2007, 287 p.

Autre question inévitable, celle des produits naturels. «Chaque Canadien dépense en moyenne 1600 $ par année en produits naturels; ce sont des milliards dépensés pour soutenir des charlatans, lance le médecin. Pour une société instruite comme la nôtre, c’est invraisemblable, surtout lorsque la vraie médecine manque de fonds.» Le lecteur découvrira quelques dangers insoupçonnés de ces produits, comme le risque d’hémorragie si l’on combine un anticoagulant et du ginseng, ou une baisse d’efficacité de la cyclosporine chez des greffés qui consommeraient du millepertuis.

François Reeves mentionne qu’il ne cherchait nullement la notoriété en écrivant ce livre de vulgarisation. «Je voulais avant tout prévenir la mortalité grâce à l’information en souhaitant que l’ouvrage ait plus d’impact sur la santé que les milliers de cathétérismes cardiaques que j’ai effectués.»

Daniel Baril

 

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