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Un ordinateur intelligent résume les textes juridiques Version imprimable Suggérer par courriel
05 novembre 2007

Artefeh Farzindar a lancé une entreprise basée sur ses travaux de doctorat

Artefeh Farzindar
Artefeh Farzindar

Chaque jour, 350 000 avocats et juristes aux États-Unis et au Canada consultent la jurisprudence de la common law pour documenter leurs causes. Grâce aux travaux d’une ancienne étudiante en informatique de l’UdeM aujourd’hui chef de son entreprise, Artefeh Farzindar, ils ont désormais accès à des résumés d’une bonne partie de cette jurisprudence. Générés par ordinateur, les textes condensent en une vingtaine de lignes des documents qui totalisent de 5 à 10 pages, parfois plus.»

«Au début, note la cofondatrice de NLP Technologies, les gens étaient sceptiques, mais nous avons maintenant environ 500 clients qui utilisent notre service chaque jour.»

Le logiciel DecisionExpress, l’un des quatre outils de NLP Technologies, permet aux bureaux de gagner un temps précieux. Lire, comprendre et analyser un jugement afin de rédiger un résumé peut demander jusqu’à trois heures à une personne expérimentée. Le logiciel le fait en 30 secondes…

Ordinateur intelligent

Pour Artefeh Farzindar, qui a consacré ses travaux de doctorat et de postdoctorat à la génération automatique de textes, cette technologie s’applique bien au droit, car les documents issus de la jurisprudence sont tous construits de la même façon. «Il y a une introduction, une présentation des litiges entre les parties, les arguments, l’interprétation du juge et la conclusion. Il s’agit pour nous d’extraire les phrases les plus significatives.»

DecisionExpress a été spécialement mis au point pour diffuser les décisions nouvellement prononcées par les cours fédérales en matière d’immigration. Les décisions sont présentées par sujets, par concepts clés, selon le nom du juge, le pays d’origine et la conclusion. Les usagers peuvent effectuer des recherches par mots clés, sauvegarder et imprimer les documents qui les intéressent. Ils reçoivent un avis hebdomadaire des décisions, classées par sujets et par conclusions. Les frais sont de 600 $ par année.

On est loin des 200 000 décisions prises annuellement par la jurisprudence canadienne (un chiffre qu’il faut multiplier par 10 aux États-Unis), mais le service les englobera peut-être un jour. «Le défi auquel nous avons été confrontés est le suivant, mentionne la diplômée: comment un ordinateur peut-il analyser un texte de façon “intelligente” pour ensuite générer un résumé digne de foi? Nous avons étudié différentes approches et avons trouvé une façon efficace d’y arriver. Deux brevets sont d’ailleurs en cours d’approbation au Canada.»

100 000 $ pour aller de l’avant

L’histoire de NLP Technologies est un «remarquable exemple de transfert technologique», selon le directeur de thèse de Mme Farzindar, Guy Lapalme, professeur au Département d’informatique et de recherche opérationnelle. Ce n’est pas un hasard si l’entreprise de huit employés a ouvert son bureau à deux pas de l’Université, au 3333, chemin Queen-Mary, en 2005. Elle s’appuie largement sur l’expertise que la cofondatrice a acquise durant ses études avant de se lancer dans l’aventure avec son mari, Massoud Hosseiny, lui-même diplômé de l’École polytechnique. Le couple d’origine iranienne, qui a deux enfants, a pu compter sur une entente de cession de droits avec l’UdeM pour investir le créneau des résumés juridiques.

Dès 2006, la Cour fédérale signait un contrat avec l’entreprise, lui permettant ainsi d’offrir ses services, imitée l’année suivante par le Barreau du Québec. En plus du système DecisionExpress, NLP Technologies offre SeachExpress, un moteur de recherche contenant des décisions rendues par la Cour fédérale depuis 1998; StatisticExpress, une base de données statistiques en droit de l’immigration, et BiblioExpress, qui regroupe une mine de renseignements sur les documents de référence.

Le partenariat continue, puisque l’entreprise a reçu une subvention de 100 000$ de la société d’investissement technologique Precarn afin d’exploiter avec l’Université de Montréal un nouveau champ : la traduction. « Actuellement, explique Mme Farzindar, la Cour doit traduire toutes ses décisions à l’intérieur d’un an. Durant ce temps, les avocats de Vancouver ou de Calgary n’ont pas accès aux décisions prises en français dans l’est du pays, et inversement. Grâce à notre projet, nous pourrons assurer l’accès à la jurisprudence de façon quasi instantanée. »

Ce projet va dans le sens de la mission de NLP Technologies, rappelle l’informaticienne, soit favoriser l’accès aux sources du droit.

Mathieu-Robert Sauvé

 

 

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