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| Le CRSH mise sur le «développement des talents» |
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| 15 octobre 2007 | |
Seulement 20 % des professeurs en sciences humaines sont subventionnés, un taux que le directeur du CRSH voudrait hausserEn poste depuis un an à la direction du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH), Chad Gaffield était de passage à l’UdeM le 3 octobre à l’invitation du doyen de la Faculté des arts et des sciences, René Durocher. Le directeur du CRSH a rencontré les chercheurs, les étudiants et les administrateurs de la recherche afin de présenter les objectifs de son conseil de même que sa vision du financement de la recherche en sciences humaines. Chad Gaffield a d’emblée voulu répondre aux critiques qui mettent en doute la qualité des travaux subventionnés par son organisme. Avec relativement peu de ressources, soit 312 M$ accordés en 2006-2007, «nous ne pouvons financer que la crème de la crème, a-t-il déclaré. Les recherches qui reçoivent un appui financier du CRSH sont évaluées par des pairs au Canada et soumises à l’évaluation internationale; les projets retenus sont de très haute qualité.» Le directeur en veut pour preuve le fait que les résultats des recherches canadiennes publiés dans les revues savantes étrangères représentent près de cinq pour cent des articles parus. «Même avec peu d’argent, le potentiel est très grand; si les sciences humaines au Canada étaient évaluées par un comité international, le rapport serait très positif», estime-t-il. L’accroissement de la qualité fait tout de même partie de ses trois objectifs prioritaires. À cette fin, il compte rendre plus visible la participation internationale dans l’appréciation des projets en nommant au moins un évaluateur étranger dans chaque comité. Présentement, 45 % des évaluateurs auxquels les projets sont soumis sont de l’extérieur du Canada, mais ils ne font pas partie des comités décisionnels. Reconceptualisation Chad Gaffield veut également favoriser les liens interdisciplinaires, interuniversitaires et internationaux de la recherche. Son troisième objectif, peut-être le plus ambitieux, vise à augmenter l’incidence de cette recherche sur l’ensemble de la société en misant notamment sur l’estimation des retombées. «Cela nécessite une reconceptualisation, a-t-il indiqué. D’une part, il est faux de penser que les travaux en sciences humaines sont trop complexes pour être évalués. Si nous évaluons les étudiants et les professeurs et que nous pouvons ramener la complexité d’un cours à un chiffre ou à une lettre, nous pouvons aussi mesurer les retombées de nos recherches.» Le «développement des talents», ou capital humain, devrait constituer 60 % des objectifs des projets subventionnés: «Cela est mesurable», juge M. Gaffield. D’ailleurs, près de 70 % du budget global du CRSH va aux étudiants, aux stagiaires et aux adjoints de recherche, un montant qui a triplé depuis sept ans. Mais les données ne permettent pas d’assurer le suivi du développement de ces talents: il est actuellement impossible de savoir ce que deviennent les étudiants qui ont bénéficié d’une bourse, une lacune que le directeur entend corriger. Les effets de la recherche en sciences humaines peuvent également s’observer dans l’élaboration des connaissances utiles à la société à long terme et dans la contribution des chercheurs aux débats sociaux et à l’analyse de l’actualité. «Il nous faut mieux communiquer à la population et aux décideurs ce que nous faisons, résume M. Gaffield. Il y a eu un changement culturel dans les universités et cela n’a pas été expliqué à la population. L’enseignement universitaire n’est plus considéré comme une transmission des connaissances par un professeur, mais comme un élément important de la recherche elle-même. Ces deux dimensions font partie d’un même tout.» Il s’ensuit que chaque professeur doit maintenant rechercher une part de financement. Toutefois, seulement 20 % des professeurs en sciences humaines sont subventionnés, contre 80 % en sciences naturelles et en génie et 100 % en sciences de la santé. Ces grands secteurs de recherche peuvent toutefois compter sur de nombreuses sources de financement autres que les conseils subventionnaires, ce qui n’est pas le cas en sciences humaines, où le financement du CRSH représente 70 % des subventions reçues par les chercheurs. Et ces sommes ne constituent que 40 % des demandes adressées au CRSH. La part du gâteau Chad Gaffield aimerait donc voir plus de professeurs et plus d’étudiants bénéficier de subventions en sciences humaines. Mais, si plus de projets sont acceptés et que l’enveloppe reste la même, le morceau de gâteau sera plus mince, s’est inquiété le professeur François Duchesneau. Pour convaincre les décideurs de remplir les goussets de son conseil, le directeur entend utiliser l’argument du «développement des talents» et faire valoir les effets bénéfiques qu’a entrainés, sur la société, l’élaboration des connaissances au cours des siècles passés. «Au 19e siècle, le Canada s’est donné un système scolaire public; au 20e, il a ajouté le secondaire et les universités, ce qui a permis de passer à la société industrielle. Depuis les années 60, le Canada investit dans les études supérieures et dans la recherche, ce qui nous a conduits à la société postindustrielle. Aujourd’hui, avec la société du savoir, il faut aller plus loin pour demeurer à la pointe des changements sociaux et économiques.» Le discours saura-t-il convaincre? Le directeur voit des signes encourageants dans l’augmentation du nombre de bourses aux étudiants accordées dans le dernier budget fédéral et l’ajout d’une somme annuelle de 11 M$ pour soutenir la recherche en gestion, en administration et en finances. Daniel Baril |
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