![]()
| Capsule science |
|
|
| 09 octobre 2007 | |
Pourquoi les feuilles des érables noircissent-elles?![]() Le mont Royal est aux prises avec une infestation de champignons microscopiques qui s’attaquent aux feuilles des érables de Norvège et des érables argentés. Les «taches goudronneuses», causées par un champignon nommé Rhytisma spp, couvrent les feuilles d’un film noir qui les étouffe et peut provoquer leur chute bien avant terme. «L’infestation de cet été chez les érables de Norvège du mont Royal est très importante, mais pas autant que celle de l’an dernier, carrément catastrophique», mentionne le botaniste Jacques Brisson, professeur au Département de sciences biologiques. Dans la forêt, où les jeunes arbres se disputent la lumière et l’espace, les feuilles sont parfois si infectées qu’elles mettent en péril la vie des plants. «Une tige sans feuilles, ça ne pousse pas très longtemps», remarque le professeur Brisson. Le champignon ne menacerait pas les arbres matures puisqu’il ne colonise les feuilles qu’à la fin de la saison végétative, alors que la croissance est bien avancée. Mais, chez les arbrisseaux, les conséquences seraient plus désastreuses. «La morbidité est certainement en hausse chez les individus atteints, mais est-ce que cela peut aller jusqu’à la mortalité? Cela, on l’ignore pour l’instant.» Spécialiste de la flore laurentienne, le chercheur de l’Institut de recherche en biologie végétale a été mandaté l’an dernier par la Ville de Montréal pour produire un rapport sur la santé de la forêt dans cet ilot de verdure métropolitain. Au terme de ses analyses, il a recommandé l’éradication des jeunes pousses d’érables de Norvège (voir Forum du 26 mai 2006) dans les limites du mont Royal. Pourquoi s’acharner sur l’érable de Norvège? Parce que cette espèce envahissante a tant proliféré depuis son introduction dans le paysage au cours des années 60 qu’elle menace aujourd’hui l’écosystème indigène, formé d’érables à sucre, de caryers et de chênes rouges. Un inventaire des arbres de plus de 10 centimètres de diamètre, rendu public au colloque de l’ACFAS de 2006, faisait état de 4200 érables à sucre et 12 000 érables de Norvège. Toutefois, pour ce qui est des semis et des gaules, le rapport était inversé; trois fois plus de jeunes végétaux étaient des érables de Norvège. Les taches goudronneuses ont surement nui au développement des jeunes arbres. Cependant, pour connaitre l’ampleur des dégâts, l’étudiante en sciences biologiques Marie Lapointe a décidé de consacrer sa maitrise aux effets de ce champignon. Elle termine actuellement ses échantillonnages sur le terrain. «Son étude nous permettra de mieux comprendre l’action du parasite», indique son directeur. Les érables de Norvège ne sont pourtant pas à proscrire du panier à semis des horticulteurs. «C’est une essence très prisée des aménagistes, car elle croît bien dans les villes. Comme elle possède une bonne résistance à la pollution et qu’elle pousse rapidement, on l’utilise beaucoup pour embellir les rues.» Ces arbres «décoratifs» plantés aux abords des rues et sur les terrains privés sont moins gravement atteints que ceux des colonies. Cela s’expliquerait par le fait qu’on ramasse les feuilles mortes à l’automne, ce qui réduit le risque d’infection pour l’année suivante. Les résidants doivent savoir que le compostage domestique de ces feuilles est déconseillé. L’érable argenté souffre lui aussi d’une infection aux champignons en apparence très semblable à celle de l’érable de Norvège. Cette année, l’infestation semble importante. Mais y a-t-il un lien entre les deux? Jacques Brisson a voulu en avoir le cœur net et a envoyé des échantillons des deux parasites à l’un des grands spécialistes mondiaux des champignons, Vladimir Vujanovic, de l’Université de la Saskatchewan. Celui-ci a confirmé ce que le chercheur québécois pensait. «Il s’agit bien de deux espèces différentes: le parasite ne peut donc passer d’un arbre à l’autre.» La simultanéité des épidémies pourrait être inquiétante en vertu de leur virulence. «À ma connaissance, on n’a jamais vu de telles infestations de taches goudronneuses. Les conditions climatiques pourraient être en cause. L’automne 2007 est si clément qu’on n’a pas encore connu un seul gel à Montréal!» Pour l’équipe de Jacques Brisson, le mont Royal représente un laboratoire à ciel ouvert et elle compte bien en profiter. Le fait d’y observer une véritable forêt d’érables de Norvège constitue une caractéristique supplémentaire. «Des forêts d’érables de Norvège, il n’y en a guère en Amérique du Nord.» En tout cas, s’il s’avère que Rhytisma spp vient à bout des jeunes pousses, la recommandation de Jacques Brisson aura été entendue non par la Ville de Montréal mais par mère Nature. Mathieu-Robert Sauvé |
© 2008 - Bureau des communications et des relations publiques