![]()
| Leçon de cinéma avec Denis Héroux |
|
|
| 01 octobre 2007 | |
Le célèbre producteur vient enseigner son métier à quelques étudiants privilégiés![]() «On apprend plus de ses échecs que de ses succès», raconte le producteur. Il y a quelques mois encore, le producteur Denis Héroux habitait la Côte d’Azur, à une quinzaine de kilomètres de Cannes. Au printemps dernier, il a vendu sa demeure ainsi que son appartement parisien et sa maison londonienne pour revenir au Québec. Qu’est-ce qui a pu motiver une telle décision? «On m’a rappelé une vieille promesse que j’avais lancée sur le coup de l’émotion au recteur de l’Université de Montréal lorsqu’il m’avait remis l’Ordre du mérite en 1981: celle de revenir enseigner un jour dans mon alma mater», raconte celui qui porte aussi les chapeaux de scénariste et de réalisateur. Il a suffi de quelques coups de fil pour que Denis Héroux se retrouve professeur invité au Département d’histoire de l’art et d’études cinématographiques. Jusqu’au mois d’octobre, à raison de deux fois par semaine, il enseigne le métier de producteur à 25 étudiants privilégiés. Le cinéaste a tenu à faire ses devoirs avant la rentrée des classes. Il a potassé des mémoires sur l’industrie cinématographique présentés récemment au gouvernement et regardé tous les courts métrages réalisés par ses futurs étudiants. «Ils m’ont beaucoup impressionné», affirme Denis Héroux, qui s’est fait d’abord connaitre avec la réalisation du premier film érotique québécois, Valérie. L’expérience parle Ses étudiants n’apprennent pas les rouages de la production dans un bouquin, insiste-t-il. «Le cinéma, c’est le mouvement, c’est la vie. Tout ce que j’essaie de faire, c’est de décortiquer ce mouvement.» Il leur refile quelques tuyaux appris au cours de sa longue carrière, depuis son premier documentaire, Seul ou avec d’autres – réalisé avec ses collègues de classe Stéphane Venne et Denys Arcand grâce au financement accordé par le président de l’Association générale des étudiants de l’UdeM de l’époque, Bernard Landry –, jusqu’à Atlantic City, film pour lequel il a été en lice aux Oscars. «Mon cours est constitué d’anecdotes pour ancrer l’apprentissage dans du concret, explique-t-il. Pour illustrer le fait que c’est le producteur qui a le dernier mot sur le film, je leur raconte ma bataille avec le réalisateur Louis Malle pour donner le premier rôle à Burt Lancaster dans Atlantic City ou mon autre combat avec Gilles Carle à propos de la distribution des Plouffe.» Le nerf de la guerre dans l’industrie cinématographique demeurant toujours l’argent, Denis Héroux enseigne d’abord à ses étudiants comment faire affaire avec les fonctionnaires de Québec et d’Ottawa. «On profite d’une formule originale de financement qui mélange le public et le privé et l’on ne peut survivre si l’on n’adopte pas un langage pour les deux», déclare celui qui a produit les films de Jean-Jacques Annaud, Claude Chabrol, Claude Lelouch, Philippe de Broca et Denys Arcand, pour ne nommer que ceux-là. Leçon numéro deux: «Il faut se mettre les mains dans le cambouis, dit Denis Héroux. Quand Seul ou avec d’autres est sorti, j’ai eu la chance d’être choisi pour aller à Cannes à la Semaine de la critique. En revenant du festival, il fallait que je distribue mon film. Ce n’est pas parce qu’il avait été présenté au Festival de Cannes qu’il plairait à d’autres personnes. Radio-Canada ne voulait même pas l’acheter. Alors le deuxième conseil, c’est de descendre sur le trottoir pour mettre soi-même les mains dans le cambouis.» Il précise au passage que le rôle du producteur est particulièrement exigeant, surtout devant le distributeur. «Le producteur ne peut faire que ce que quelqu’un d’autre ne peut pas faire: s’il n’accomplit pas quelque chose d’original, il n’a pas de raison d’exister. C’est donc extrêmement difficile quand on est en discussion avec un distributeur qui cherche la recette des films qui ont déjà réussi. Il oublie qu’il peut se passer bien des années entre le moment où vous lui présentez votre projet et celui où vous le montrerez au public. Les gens voudront peut-être alors voir autre chose.» Enfin, dernier conseil, mais non le moindre: «Je veux donner des exemples d’échecs aux étudiants, mentionne le producteur, qui va au cinéma tous les jours. On apprend plus des échecs que des succès. Claude Lelouch me disait encore récemment: “Le succès, ça rend un peu con. C’est au moment où je me suis trompé que j’ai rebondi.”» Malheureusement pour les cinéastes en herbe qui espèrent l’avoir comme professeur, Denis Héroux ne compte pas pour le moment prolonger son cours au trimestre prochain. À 67 ans, le producteur a encore de nombreux projets dans sa besace qu’il refuse de dévoiler. «Vous verrez…», lance-t-il, l’œil malicieux. Marie Lambert-Chan |
© 2008 - Bureau des communications et des relations publiques