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| Les médecins face aux athlètes dopés |
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| 17 septembre 2007 | |
Julie Samuël travaille sur la responsabilité médicale dans le dopage sportif![]() Plusieurs cyclistes du Tour de France ont été montrés du doigt pour avoir recouru à des substances dopantes. «Je reconnais avoir, sur demande, rendu disponibles des substances dopantes, principalement de l’EPO, à certains coureurs au milieu des années 90», a déclaré le médecin allemand Andreas Schmid dans un communiqué daté du 25 mai dernier. Quelques jours plus tard, le médecin officiel de l’équipe cycliste T-Mobile était congédié avec le Dr Lothar Heinrich, lui aussi passé aux aveux pour avoir «pris part au dopage des coureurs dans le cadre de [son] travail de médecin du sport». Ces déclarations ont jeté un doute sur les performances de champions cyclistes comme Bjarne Riis et Jan Ullrich, vainqueurs du Tour de France en 1996 et 1997, alors qu’ils étaient supervisés par ces médecins. Ce scandale a intéressé Julie Samuël, qui rédige actuellement un mémoire sur la responsabilité médicale en matière de dopage sportif. «Le rôle d’un médecin du sport est-il uniquement de soigner les athlètes ou doit-il les aider à accomplir leurs performances? Cette question est au centre de ma maitrise», explique cette avocate qui travaille comme agente de recherche au Centre de recherche en droit public, en plus de poursuivre ses études. Les produits dopants sont, dans la majorité des cas, des molécules qui ont été éprouvées dans le traitement de maladies. Les stéroïdes anabolisants, par exemple, sont prescrits pour traiter les retards de croissance et l’érythropoïétine (EPO) est une hormone efficace contre les formes graves d’anémie. Or, les médecins sont bien placés pour connaitre les risques et effets secondaires de ces médicaments. «Rien ne justifie le recours aux substances dopantes dans le sport, mentionne l’étudiante. Mais on peut se demander quelle attitude doit adopter un médecin à l’égard d’un athlète qui se dope.» Le code de déontologie des médecins est clair: tout médecin doit respecter l’éthique médicale dans l’exercice de ses fonctions. De plus, l’éthique sportive s’oppose à l’utilisation de produits visant l’amélioration des performances. Mais, si un médecin soupçonne un athlète de s’administrer secrètement des drogues, doit-il le laisser tomber ou le conseiller sur la manière sécuritaire de les prendre? «Le plus souvent, un athlète obtient ses substances dopantes de façon illicite, sur le marché noir. Le médecin se trouve alors devant un dilemme. Le secret professionnel le lie à son patient. Si celui-ci met sa santé en jeu, il doit lui apporter son soutien.» ![]() Julie Samuël Des médecins qui dopent Bien que la chose soit rare, on voit des spécialistes réclamer une «supervision thérapeutique» du dopage dans le sport. En décem-bre 2005, un article signé Bengt Kayser, Alexandre Mauron et Andy Miah dans la prestigieuse revue médicale The Lancet prétendait que «la guerre antidopage induit plus de problèmes de santé qu’elle n’en prévient», comme le rapportait Le Monde le 17 janvier 2006. «Un médecin du sport devrait être libre dans ses choix thérapeutiques afin de minimiser l’impact sur la santé de la pratique du sport de haut niveau», écrivaient les spécialistes de bio-éthique et de physiologie. Directeur médical de l’Agence mondiale antidopage (AMA), le Dr Alain Garnier a dénoncé cette «logique erronée» dans une lettre ouverte parue peu après dans plusieurs journaux. «Confronté à une situation dangereuse pour la santé du sportif, un médecin ne devrait jamais accepter passivement cette situation ni même essayer de la rendre acceptable [...], soutenait-il. Est-ce qu’un médecin confronté à des pratiques de torture devrait proposer une assistance médicale afin de les rendre moins destructrices?» On n’est certainement pas au bout de nos surprises en matière de dopage sportif. La prochaine percée technologique dans le domaine est ce que la juriste appelle le «dopage génétique», dont on pourrait connaitre les premiers cas aux Jeux olympiques de Beijing, en 2008. C’est du moins ce que laissait entendre Richard W. Pound, président de l’AMA, dans un document officiel publié par l’organisme en 2005: «L’idée que des sportifs génétiquement modifiés puissent participer aux prochains Jeux olympiques d’été est assurément dérangeante, mais pas irréaliste», disait-il. L’AMA prend la chose tellement au sérieux qu’elle a inclus dès 2003 le dopage génétique dans la liste des substances et méthodes interdites. Le dopage génétique consiste à modifier, en laboratoire, les corps des athlètes afin de les programmer pour gagner. «Les athlètes recourraient à la thérapie génique pour renforcer leurs muscles ou pour améliorer leurs capacités d’oxygénation dans le but d’augmenter leurs performances», indique Me Samuël. Bien qu’il ne s’agisse encore que d’une possibilité théorique chez l’être humain – la thérapie génique n’est pas au point pour notre espèce –, la manipulation génétique s’avère efficace sur les modèles animaux. Après avoir introduit les gènes d’une puissante hormone de croissance dans une lignée de souris, des chercheurs ont réussi à produire des individus capables de développer leurs muscles de façon démesurée… et de les conserver jusqu’à leurs vieux jours. On les a surnommées les «souris Schwarzenegger» en hommage à l’acteur américain (Arnold) devenu gouverneur de Californie. Stage à l’AMA Après les derniers scandales du Tour de France de cet été, qui ont couvert d’opprobre les porteurs du maillot jaune, le cynisme aurait pu s’emparer des amateurs de sport. Or, Julie Samuël croit toujours que l’esprit sportif et la compétition honnête sont possibles tant chez les amateurs que chez les professionnels. «Si nous continuons de dénoncer les athlètes fautifs, c’est que les règles sont mieux appliquées qu’autrefois et que les tests de dépistage sont plus efficaces», estime-t-elle. Chose certaine, Julie Samuël sera abondamment alimentée dans ses recherches puisqu’elle assistera à la conférence annuelle de l’AMA, qui se déroulera à Madrid du 15 au 17 novembre. Auparavant, elle aura effectué un stage de sept semaines à Lausanne dans les locaux du Comité international olympique. Mathieu-Robert Sauvé |
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