Rechercher dans :

Logo du journal Forum

À l’égard du droit, êtes-vous normatif, relativiste, pragmatique ou religieux? Version imprimable Suggérer par courriel
17 septembre 2007

Les immigrants non occidentaux voient le droit d’une manière très différente des Québécois nés au pays

Justice
La justice est vue tantôt comme une alliée, tantôt comme une force menaçante.

Les choix que nous faisons dans les valeurs qui gouvernent notre vie quotidienne, dans notre parcours scolaire et dans nos convictions religieuses influent sur l’attitude que nous adoptons à l’égard du droit. À partir d’une vaste enquête effectuée auprès de 1530 répondants, Pierre Noreau, professeur à la Faculté de droit, a tracé quatre profils psychosociologiques permettant d’expliquer les rapports variés que les citoyens établissent avec le droit.

Ces quatre profils sont: le normatif, pour qui le droit constitue la référence sociale ultime; le religieux, qui entretient une conception morale de la normativité juridique; le relativiste, qui fait preuve d’autonomie intellectuelle vis-à-vis du droit; et le pragmatique, qui incarne l’homme de la rue dont le point de vue critique est fondé sur le relativisme des valeurs.

À titre d’exemples caractérisant chacun de ces profils, mentionnons que 80 % des normatifs croient aux tentatives de la magistrature quant au respect de la justice; à l’opposé, 66 % des pragmatiques estiment que les citoyens sont inégaux devant la loi et 68 % croient qu’il est possible d’«acheter» un juge; 63 % des religieux placent pour leur part leur confiance dans l’armée; et 84 % des relativistes considèrent que les lois favorisent la responsabilisation.

Selon le professeur Noreau, le niveau de scolarité et la religiosité sont des facteurs explicatifs dans ces différentes façons de percevoir le droit.

Pierre Noreau
Pierre Noreau

Le facteur ethnique

Son étude fait en outre ressortir des différences importantes selon l’origine des répondants. Ainsi, 71 % des Québécois nés au Québec ou ailleurs au Canada sont relativistes (26 %) ou pragmatiques (45 %), et seulement 4 % d’entre eux sont normatifs. Toutefois, 61 % des Québécois originaires de pays non occidentaux sont normatifs (14 %) ou religieux (47 %).

«Cette tendance des Québécois d’origine à être critiques à l’égard du droit est caractéristique des démocraties libérales d’Amérique du Nord et d’Europe, affirme le professeur. La culture démocratique est en effet fondée sur la possibilité de critiquer l’autorité politique et, par conséquent, sur la contestation de l’autorité du droit. Par contre, la place notable que tient la religion chez les sujets d’origine non occidentale entraine une conception de l’autorité fondée sur la légitimité traditionnelle qui favorise le respect des institutions juridiques.»

Deux visions différentes de la légitimité juridique s’opposent, conclut Pierre Noreau: l’une basée sur l’ajustement du droit aux rapports sociaux, l’autre basée sur la permanence de l’autorité. Le professeur présentait ses résultats au colloque sur les accommodements raisonnables tenu par la Faculté de droit le 18 juin dernier.

Daniel Baril

 

© 2008 - Bureau des communications et des relations publiques