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Grosse voiture: grosse agressivité au volant Version imprimable Suggérer par courriel
17 septembre 2007
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L’importance qu’on accorde à son véhicule a une influence sur la manière dont on se comporte sur la route

Par un dimanche matin ensoleillé, vous roulez doucement sur une petite route de campagne lorsqu’une voiture arrive à toute allure derrière vous. À votre grand dam, le conducteur vous serre de près. Ce comportement peu courtois ne vous étonne guère: l’automobiliste conduit une Honda Civic bleu électrique. Un préjugé de votre part?

«Pas vraiment», répond Amélie Auger. Cette étudiante au baccalauréat en psychologie et sa collègue de classe Marie-Hélène Lemyre ont analysé l’influence de la perception qu’on a de son véhicule sur le type d’agressivité exprimée au volant à la suite d’une situation de stress sur la route. Elles ont découvert que les gens qui perçoivent leur voiture comme un véhicule gros ou performant adoptent des comportements plus risqués lorsqu’ils conduisent. Ils se fâchent plus rapidement et se sentent personnellement visés par les manœuvres des autres conducteurs.

«Nous voulions démontrer que ce que nous croyons être des stéréotypes – par exemple que les conducteurs de Mustang roulent comme des fous – n’en sont pas forcément», dit Amélie Auger.

Ces résultats s’inscrivent à l’intérieur d’une plus vaste étude réalisée dans un cours donné par le professeur Jacques Bergeron. Les étudiants devaient choisir et explorer un thème en lien avec l’expression du mécontentement au volant. Toutes les données recueillies sont présentement étudiées plus en profondeur par le professeur Bergeron. Ce dernier estime que les résultats d’Amélie Auger et de Marie-Hélène Lemyre, bien que préliminaires et partiels, sont «très intéressants». «Cela ouvre la porte à toutes sortes de pistes de réflexion, notamment le pouvoir de la publicité, qui mise sur l’attrait de la vitesse et l’expression du statut social», signale-t-il.

Amélie Auger
Amélie Auger

Une question de contrôle

Les étudiantes sont parvenues à leurs conclusions après avoir soumis deux questionnaires à 380 sujets des deux sexes, âgés de 18 à 78 ans, qui représentent l’ensemble des conducteurs de l’agglomération montréalaise. Le premier mesurait les réactions aux situations de stress au volant. Par exemple, si un véhicule me coupe sur l’autoroute et me force à freiner, aurai-je tendance à talonner ce véhicule pendant un certain temps ou à me calmer avec la radio ou de la musique?

Le second questionnaire s’attardait à la façon dont on voit son véhicule. Le considère-t-on comme performant ou luxueux? En a-t-on honte? Quelle est l’importance qu’on y accorde?

Les réponses à ce test ont permis de classer les participants en trois catégories distinctes: le groupe 1 réunit les conducteurs qui attachent peu d’importance à leur voiture dans la mesure où elle les amène du point A au point B; le groupe 2 rassemble les automobilistes qui utilisent leur voiture en vue de contrôler les autres usagers de la route; et le groupe 3 représente les personnes qui achètent leur voiture pour faire valoir leur statut social.

«Dans une situation qui peut engendrer de l’agressivité, les automobilistes du groupe 2 se distinguent fortement des autres par leur tendance à exprimer leur mécontentement en privé à l’insu de l’autre conducteur, c’est-à-dire à protester ou à grogner pour eux-mêmes, constate Jacques Bergeron. Plus que les autres, ils manifestent davantage leur agressivité de manière explicite, en proférant des insultes ou en sortant de leur véhicule pour dire leur manière de penser. Ce comportement est cependant moins fréquent que le premier.»

Les groupes 1 et 3 préfèreront l’autocontrôle. Ils prêteront davantage attention aux comportements des «mauvais conducteurs» afin d’éviter les accidents. Leurs motivations sont toutefois différentes. «Les automobilistes du groupe 3 ne veulent pas provoquer de collisions de peur d’abimer leur voiture», croit M. Bergeron.

Ces résultats suscitent bien des interrogations chez le professeur, qui se trouve devant une variante du paradoxe de l’œuf et de la poule. «Est-ce notre façon d’être qui influe sur le choix de l’automobile ou le contraire?» demande-t-il. Pour le moment, Jacques Bergeron étudie les types de véhicules que conduisent les sujets de l’étude, ce qui pourrait mettre en lumière de façon plus précise leur perception.

Amélie Auger se pose aussi plusieurs questions. Elle compte bien y répondre dans ses études de maitrise. «J’aimerais me pencher sur la perception qu’on a de soi-même dans sa voiture en fonction de la manière dont on perçoit celle-ci», déclare-t-elle.

Marie Lambert-Chan

 

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