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| Faut-il abandonner les vieux prisonniers? |
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| 10 septembre 2007 | |
Hausse de 3,5 % des prisonniers de plus de 50 ans depuis 2002![]() Nos prisons abritent des gens de plus en plus vieux. Le nombre de prisonniers de 50 ans et plus dans les pénitenciers fédéraux a augmenté de 3,5 % entre 2002 et 2007. Durant cette période, l’âge moyen des personnes condamnées à des peines maximales (15 ans et plus) est passé de 34 à 42 ans. «La population carcérale vieillit, et la société n’est pas préparée à faire face à ce phénomène», dit Anne-Laure Tesseron. Cette étudiante en démographie de l’UdeM termine actuellement une maitrise sur ce sujet à partir de données exclusives qu’elle a obtenues du Service correctionnel du Canada. Le vieillissement des prisonniers pose des problèmes particuliers. «Bon nombre de détenus vieillissants souffrent d’affections chroniques comme le diabète, l’insuffisance cardiaque ou la maladie d’Alzheimer et doivent se rendre à l’hôpital pour subir des traitements. La loi prévoit que deux agents en fonction accompagnent chaque patient à l’hôpital. Cela ampute forcément le budget de l’établissement correctionnel, en plus de mobiliser le personnel», commente-t-elle. À mesure que les difficultés liées à l’âge se manifestent, la mobilité des prisonniers âgés diminue. Ils doivent se déplacer en fauteuil roulant ou avec une canne ou une marchette. Or, les escaliers des prisons ne sont pas conçus pour ces déplacements. Sans parler des problèmes de santé mentale, de la toxicomanie, etc. «De sérieuses questions éthiques surgissent, mentionne Mme Tesseron. Même si des détenus purgent une peine lourde infligée pour des crimes graves comme des homicides, on ne peut pas abandonner ces personnes à leur sort lorsqu’elles sont incarcérées. Par contre, la société doit allouer les ressources de façon juste et équitable.» L’étudiante rappelle que les contribuables doivent parfois attendre plusieurs semaines avant de pouvoir rencontrer un médecin. Si des équipes médicales répondaient sans le moindre délai aux besoins des prisonniers, cela provoquerait de l’incompréhension, sinon un tollé… Tendance à la hausse Les projections que l’étudiante a élaborées sont inquiétantes. Dans la prochaine décennie, la population carcérale de 50 ans et plus pourrait passer de 3858 en 2007 à 5821 en 2017 (5112 en 2012). Cette hausse aura des répercussions certaines sur le plan budgétaire, car la détention d’un prisonnier âgé engendre des dépenses deux fois supérieures à celles liées à un prisonnier plus jeune et en santé. Ces prédictions peu encourageantes s’expliquent, en partie, par un vent de répression que font souffler les gouvernements de droite. «Le premier ministre canadien, Stephen Harper, a fait savoir que les peines seraient plus sévères à l’endroit des auteurs de crimes graves. Or, les détenus âgés sont plus nombreux dans ce groupe.» Trois profils caractérisent les prisonniers condamnés à de lourdes peines, indique l’étudiante, qui travaille sous la direction de Jacques Légaré (Département de démographie) et de Marion Vacheret (École de criminologie). Le premier type est un jeune qui commet un meurtre et qui est condamné à la prison à vie. Le deuxième est le récidiviste considéré comme un criminel dangereux. Enfin, le troisième type est celui qui perpètre un crime grave à un âge avancé. Or, ce sont les criminels de la troisième catégorie dont le nombre croît le plus rapidement. Une autre raison contribuerait à ce vieillissement: l’accès restreint aux programmes de libération conditionnelle. «Les agents de libération conditionnelle ne le disent pas ouvertement, mais ils favorisent nettement les jeunes lorsqu’ils étudient les cas admissibles.» Vers des prisons-hospices? En Allemagne, où le problème du vieillissement des prisonniers se pose depuis plusieurs années, on a ouvert trois «prisons-hospices», où sont concentrés les détenus âgés. Aux États-Unis, on a plutôt choisi la solution de la conversion d’ailes pénitentiaires. Les prisonniers âgés sont regroupés dans des pavillons mieux adaptés à leurs besoins. L’étude de Mme Tesseron doit permettre d’évaluer quelle solution est à retenir pour le Canada. «Doit-on rénover les prisons pour tenir compte du vieillissement de la population ou construire de nouveaux immeubles prévoyant la présence en permanence de médecins et d’infirmières? J’avoue qu’il y a des couts importants associés aux deux possibilités.» Et les ressources de l’État ne sont pas illimitées. Les conclusions de l’étudiante ne sont pas encore connues, mais elle a la satisfaction de toucher au but d’une étude qui lui a demandé beaucoup de temps et d’énergie. «Les données du Service correctionnel du Canada me sont parvenues au compte-gouttes», souligne cette Française d’origine qui vit au Canada depuis 2001 et qui a été de la première promotion du baccalauréat bidisciplinaire «Démographie et géographie» offert à l’Université de Montréal. Elle a dû s’armer de patience pour obtenir les statistiques sur le vieillissement dans les établissements carcéraux. Mathieu-Robert Sauvé |
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