Rechercher dans :

Logo du journal Forum

Les douleurs chroniques perturbent la vie et le sommeil Version imprimable Suggérer par courriel
04 septembre 2007

Gilles Lavigne cherche à tracer le profil génétique et comportemental des patients qui souffrent de douleurs chroniques

Gilles Lavigne
Gilles Lavigne se demande comment il se fait que certains traumatisés éprouvent des douleurs chroniques et d’autres pas.

Si nous sommes tous égaux devant la mort, nous ne le sommes pas devant la douleur. Après une opération chirurgicale ou une blessure, de 10 à 15 % des patients souffriront de douleurs chroniques pour le reste de leur vie, alors qu’un traumatisme crânien mineur causera des maux de tête persistants, des pertes de mémoire et un dérèglement du sommeil chez près de 20 % des blessés. À l’inverse, quelque 15 % des gens qui ont subi une chirurgie lombaire n’éprouvent aucune douleur.

«Pourquoi, dans les mêmes circonstances, certaines personnes ressentent-elles de la douleur et d’autres non? Qu’est-ce qui les distingue?» se demande Gilles Lavigne, professeur à la Faculté de médecine dentaire et à la Faculté de médecine.

Dans ses travaux à la Chaire de recherche du Canada sur la douleur, le sommeil et les traumatismes crâniens, dont il est titulaire, Gilles Lavigne entreprend une vaste recherche sur les fondements génétiques et comportementaux distinguant les traumatisés aux prises avec des douleurs chroniques et ceux qui n’en ont pas.

Une banque d’ADN sera constituée à partir d’échantillons de sang d’un groupe restreint et sélectionné de patients afin de tester des gènes candidats déjà repérés sur des animaux. Le chercheur collectera également toute une série d’informations sur le style de vie, la qualité du sommeil, le profil psychologique de chacun des donneurs et sur leurs symptômes liés à la douleur; ces renseignements seront recueillis après le trauma et les sujets seront suivis pendant un an.

L’attitude vis-à-vis de la douleur

«Nous tiendrons également compte des attitudes et des croyances de chacun quant à la douleur, ajoute Gilles Lavigne. Si l’on considère la douleur comme une injustice, une fatalité ou une conséquence normale sur laquelle il est possible d’agir, cela peut modifier les perceptions et l’intensité de ce que nous ressentons.»

Un volet des travaux de la Chaire porte d’ailleurs sur le conditionnement de la perception de la douleur à l’aide d’un placébo externe pour tenter de déterminer si l’effet placébo est consolidé pendant le sommeil. «Nous savons que certaines personnes sont plus sensibles que d’autres à l’effet placébo, mais on ne sait pas si elles sont davantage en mesure d’atténuer la douleur durant le sommeil», souligne le chercheur.

Le but d’une telle étude est d’élaborer de nouvelles thérapies antidouleur qui ne perturbent pas le sommeil. Chez les personnes qui ont des douleurs chroniques, deux sur trois se plaignent d’un mauvais sommeil, occasionné également par les traitements opiacés. Selon Gilles Lavigne, les connaissances tirées de cette recherche pourraient être mises à profit dans des thérapies cognitivo-comportementales visant à modifier la perception de la douleur et de son intensité.

Le bruxisme du sommeil

Le bruxisme, ce grincement des dents qui affecte huit pour cent des dormeurs, constitue le troisième volet des travaux de la chaire de Gilles Lavigne.

«Nous pensions au départ que le bruxisme était causé par le stress, mais nous savons maintenant qu’il y a toute une série de facteurs mettant en cause le système nerveux sympathique, le rythme cardiaque et la respiration», explique le professeur.

Ses travaux ont montré que tous les dormeurs font des mouvements de la mâchoire semblables à ceux de la mastication au cours du sommeil. «Pendant que nous dormons, le cerveau primitif reste très actif. De deux à trois fois par minute, il prête attention à ce qui se passe dans notre environnement; s’il n’y a rien de spécial à signaler, il ne nous réveille pas. Une ou deux fois par heure, il amorce également les mouvements de la mastication et, comme il n’y a rien à mastiquer, ces mouvements cessent. Mais, chez ceux qui souffrent de bruxisme, ce phénomène survient de six à neuf fois par heure et l’activation de l’ouverture et de la fermeture de la bouche est désorganisée, d’où le grincement des dents.»

La moitié de ceux qui en sont affectés se réveillent avec des maux de tête et des douleurs à la mâchoire. Les prochains travaux de Gilles Lavigne chercheront à mieux cerner ce qui cause ces douleurs. Son hypothèse est que la respiration ne se rétablirait pas normalement et que ces patients sont atteints d’une forme d’hypoventilation. Cette hypothèse est étayée par le fait que le bruxisme peut être en partie réduit à l’aide des prothèses utilisées pour le traitement du ronflement; ces prothèses permettent aux dormeurs de mieux respirer et de desserrer les dents pendant le sommeil.

L’ensemble de ces recherches est effectué en collaboration avec les Drs Jacques Montplaisir, Pierre Mayer, Ronald Denis, Jean-François Giguère, Guy Rouleau et Pierre Rainville. Outre le financement de la chaire du Canada, ces travaux sont soutenus par les Instituts de recherche en santé du Canada et le Fonds de la recherche en santé du Québec dans le cadre du réseau de recherche sur la douleur.

Daniel Baril

 

© 2008 - Bureau des communications et des relations publiques