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Les usines d’épuration des eaux ne bloquent pas les résidus d’antibiotiques Version imprimable Suggérer par courriel
04 septembre 2007

Tous les jours, plusieurs kilos de résidus d’antibiotiques sont rejetés dans le fleuve à Montréal

Segura-Sauvé
Pedro Segura et Sébastien Sauvé ont adapté le procédé de captage des résidus d’antibiotiques au contexte des eaux usées.

Chaque année, les médecins du Québec prescrivent environ cinq millions d’ordonnances d’antibiotiques de toutes sortes. Il s’agit de la quatrième classe de médicaments parmi les plus prescrits au Canada. Ces agents actifs ne sont pas tous conservés par l’organisme et une partie, rejetée par l’urine et les selles, finit par se retrouver dans l’environnement.

Ces rejets peuvent affecter la flore et la faune aquatiques, craint Sébastien Sauvé, professeur au Département de chimie. «Mais, pour évaluer correctement le risque, il faut avoir une idée précise de la quantité de résidus d’antibiotiques présente dans l’eau à la sortie des usines d’épuration», souligne le professeur.

Deux stades olympiques par jour

À Montréal, une telle évaluation n’est pas chose facile puisque le réseau alimentant l’usine d’épuration est très complexe et que l’eau qui y aboutit contient plusieurs centaines de produits provenant des égouts autant domestiques qu’industriels.

Il existe déjà un procédé de laboratoire qui permet de mesurer la quantité de résidus d’antibiotiques dans un volume d’eau, mais aucune mesure n’avait jamais été prise sur une eau aussi polluée et représentant un volume aussi important que celui de l’usine de Montréal, la troisième en importance dans le monde. Chaque jour, 1,3 million de mètres cubes d’eau, soit 19 mètres cubes à la seconde, passent par cette usine, ce qui est l’équivalent du volume du Stade olympique. «À pleine capacité, ce sont deux stades par jour», affirme Sébastien Sauvé.

Un de ses étudiants au doctorat, Pedro Segura, a réussi à adapter le procédé de captage des résidus d’antibiotiques au contexte des eaux usées et fortement contaminées des égouts de Montréal afin de quantifier la présence de quatre antibiotiques parmi les plus prescrits au Québec (sulfaméthoxazole, thriméthoprime, clarithromycine et azithromycine).

Presque rien n’est bloqué

Des échantillons d’eau ont été prélevés à l’entrée et à la sortie de l’usine d’épuration. Les données montrent qu’il n’y a pas de différence significative dans la teneur en antibiotiques entre ce qui entre à l’usine et ce qui en sort. «Le procédé d’épuration des eaux n’élimine presque rien des quatre antibiotiques étudiés», signale Pedro Segura.

Selon le cas, la concentration varie de 50 à 300 nanogrammes par litre. Transposé au volume quotidien, cela représente de deux à trois kilos pour les quatre antibiotiques analysés, sans compter les dizaines d’autres produits du même genre. «Dans 1,3 million de mètres cubes d’eau, ça demeure toutefois une concentration très faible», estime l’étudiant.

Les stations d’épuration n’ont pas été conçues pour éliminer ces produits pharmaceutiques, tient à préciser Sébastien Sauvé. À son avis, il serait possible de le faire par ozonation ou par rayonnement ultraviolet, des procédés déjà utilisés dans certaines usines pour détruire les bactéries. «Mais il faudrait y investir les millions nécessaires», déclare-t-il.

La concentration mesurée vaut-elle ces investissements? Les deux chercheurs redoutent que ces produits altèrent à la longue tant la flore et la faune que la santé humaine. «Nous savons que ces résidus ont un effet sur les algues, qu’ils en modifient l’équilibre entre les espèces et de là ont une incidence sur la chaine alimentaire», fait remarquer Pedro Segura.

Bien que le lien avec la santé humaine n’ait pas encore été démontré, Sébastien Sauvé croit que les résidus d’antibiotiques rejetés dans l’environnement peuvent être en partie responsables des résistances de plus en plus nombreuses observées chez les bactéries. «Il est connu qu’exposer des bactéries à de petites doses d’antibiotiques finit par les rendre résistantes», dit-il.

Le problème s’aggrave du fait que les antibiotiques s’ajoutent à de nombreux autres produits pharmacothérapeutiques provenant eux aussi des déjections humaines, comme les hormones et les résidus de chimiothérapie. Sans compter les pesticides, les herbicides et les engrais chimiques. Le professeur Sauvé poursuit d’autres recherches sur ces polluants, soupçonnés de causer des malformations chez les poissons et même de nuire à la fertilité chez les humains.

Daniel Baril

 

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