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214, place D’Youville Version imprimable Suggérer par courriel
27 août 2007

Des archéologues retrouvent les vestiges du fort de Maisonneuve.

Brad Loewen
Le professeur Brad Loewen en plein travail de déblayage sur le site du fort Ville-Marie. (Photo: Alain Vandal, Musée Pointe-à-Callière.)

214, place D’Youville. C’est l’adresse que pourrait avoir aujourd’hui le fort Ville-Marie érigé par Maisonneuve en 1642. L’authentification du lieu était annoncée le 15 aout par Francine Lelièvre, directrice du Musée Pointe-à-Callière, en compagnie du recteur de l’Université de Montréal, Luc Vinet.

«C’est une découverte très importante pour Montréal; c’est un site identitaire, son lot numéro un, a déclaré Mme Lelièvre. Peu de villes ont ce rare privilège de connaitre leur véritable lieu de fondation.»

C’est également à cet endroit que fut signé en 1701, entre le gouverneur Louis-Hector Callière et 39 chefs autochtones, le traité de la Grande Paix de Montréal, qui a mis fin à 100 ans de conflit entre la France et les Iroquois.

Les travaux sont le fruit d’un partenariat entre le Musée, l’UdeM, la Ville de Montréal et le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine du Québec, mais c’est aux quelque 70 étudiants en archéologie du Département d’anthropologie de l’Université, dirigés par le professeur Brad Loewen, que revient l’honneur d’avoir mis les précieux vestiges au jour.

La pointe à Callière

Les historiens ont toujours cru que Maisonneuve s’était établi sur une pointe de terre située entre le fleuve et la rivière Saint-Pierre (canalisée en 1832 pour donner la place D’Youville), mais aucun document historique ne l’attestait hors de tout doute et aucune preuve archéologique ne l’avait jusqu’ici confirmé.

Cet endroit, connu sous le nom de Pointe-à-Callière – parce que le gouverneur y a construit son château en 1688 – a fait l’objet de fouilles en 1989. Les travaux ont conduit à la découverte d’un cimetière qui s’est avéré être celui mentionné par Maisonneuve en 1643 et qui a été préservé par le Musée.

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Les conservateurs se doutaient que le fort devait être à l’ouest de ce cimetière. À la fin des années 90, coup de chance! Les propriétaires d’un entrepôt maritime désaffecté veulent se départir de leur bâtiment situé juste à côté du Musée, au 214, place D’Youville. Les autorités flairent le filon et acquièrent l’ancien entrepôt. En 1998, un premier coup de sonde indique que le site est prometteur et le Musée Pointe-à-Callière y installe, en 2002, une école de fouilles en collaboration avec le Département d’anthropologie.

C’est l’ensemble des éléments exhumés au cours de ces cinq années qui permet aux responsables du site d’affirmer qu’il s’agit bel et bien du fort Ville-Marie. On a notamment retrouvé des fondations de constructions orientées selon les points cardinaux, ce qui les distingue des constructions plus tardives et qui montre qu’il s’agit d’un ensemble organisé.

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L’histoire enfouie

Ces vestiges incluent ce que Brad Loewen interprète comme un four à pain, un atelier de métallurgie, un puits ayant fait l’objet d’un acte notarié en 1658, une clôture et une grande fosse correspondant à un soubassement de bâtiment.

Deux dépotoirs domestiques ont également livré beaucoup d’informations sur le mode de vie des occupants. «On y a découvert des os d’une trentaine d’animaux, dont des orignaux, des ours, des castors et des poissons, souligne le professeur Loewen. La présence de mâchoires révèle que le dépeçage se faisait à cet endroit.»

Ces restes de constructions et de nourriture ont été préservés parce que le gouverneur Callière a fait remblayer le terrain avant d’y construire sa résidence. «En trois siècles, il y a eu 2,6 m de remblais, précise l’archéologue. Ces remblais ont une valeur inestimable puisqu’ils ont protégé les couches historiques.» Autre coup de chance, l’édifice qui occupe les lieux aujourd’hui n’a pas eu d’excavation.

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Les fouilles ont mis au jour quantité d’artéfacts de différentes périodes, dont cette perle de verre ronde et ces perles tubulaires datant à peu près de 1600, soit avant le fort Ville-Marie, et des ustensiles comme ce manche gravé daté de 1739, soit la période du château de Callière. (Photos: Luc Bouvrette, Musée Pointe-à-Callière.)

Les remblais eux-mêmes renfermaient quantité d’artéfacts de toutes sortes: perles de verre, céramiques, pierres à fusil, pointes de flèches, ustensiles, pièces de monnaie Louis XIII, pipes, etc. On remarque aussi ce que les historiens appellent des «bagues de jésuites», que les missionnaires donnaient aux autochtones pour inciter ou récompenser les conversions. Ces artéfacts indiquent que le site a été un lieu d’échanges entre Français et Amérindiens entre le moment où le fort a été abandonné, en 1674, et celui où Callière a entrepris ses travaux, 14 ans plus tard.

Les fouilles ont de plus mis au jour des structures plus anciennes que celles de Maisonneuve, dont un alignement de pierres plates qui servait vraisemblablement d’assises à une construction en bois. «Le site a été visité par Champlain en 1611 et l’on sait que des cabanes de commerçants y ont été construites dès 1613», signale Brad Loewen. Ce serait là les plus anciennes structures historiques connues à Montréal.

À ce jour, seulement le tiers du site a fait l’objet de fouilles et l’on ignore encore où les vestiges découverts se situent dans l’ensemble du fort, dont les délimitations restent inconnues. Les travaux sont complexes puisqu’il faut excaver près de trois mètres de remblais dans un espace exigu situé à l’intérieur d’un immeuble de quatre étages dont il faut préserver l’infrastructure pour éviter l’effondrement.

Le 214, place D’Youville n’a donc pas fini de livrer tous ses secrets et l’école de fouilles en a encore pour plusieurs années à remuer le sol. Selon Francine Lelièvre, l’importance du site est telle que les vestiges de la fondation de Montréal seront mis en valeur et rendus accessibles au public lorsque les travaux archéologiques seront terminés.

Daniel Baril

 

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