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| Le biocontrôle permet d’éviter le recours aux pesticides |
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| 09 décembre 2008 | |
La chaire de biocontrôle de Jacques Brodeur est le fer de lance de la lutte biologique au CanadaLe lis du Canada, qui produit de magnifiques fleurs orangées en juillet, fait partie des plantes sauvages classées comme vulnérables en raison de la perte de son habitat et de la cueillette de ses bulbes. Une troisième menace vient de s’ajouter: le criocère du lis. Cet insecte ravageur a été amené accidentellement à Montréal en 1943. Puis soudainement en 1978, on l’a retrouvé en Montérégie, d’où il s’est répandu dans l’ensemble du Québec ainsi qu’aux États-Unis. Connu pour s’attaquer aux lis ornementaux, il a été découvert récemment par Jacques Brodeur sur des lis du Canada en milieu sauvage. ![]() La coccinelle est un excellent prédateur du puceron; mais celle importée d’Asie en fait un peu trop! «On ne peut recourir aux pesticides pour combattre cet insecte parce que son milieu naturel est très vaste», souligne l’entomologiste, qui est professeur au Département de sciences biologiques et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en biocontrôle. Le criocère résiste d’ailleurs très bien aux insecticides et il n’a pas de prédateurs au Canada, sauf quelques rares oiseaux. La solution aux pesticides, c’est le biocontrôle. Les avantages du biocontrôle... «Le terme “biocontrôle” désigne l’utilisation d’organismes vivants, comme les virus, les insectes et les champignons, pour remplacer les insecticides chimiques dans la lutte contre une espèce nuisible», explique Jacques Brodeur. Le professeur vient d’amorcer un programme de recherche visant à déterminer, à l’aide de parasites biologiques présents en Europe, quel est le meilleur agent de biocontrôle du criocère. Une telle approche n’est pas sans danger. Pour qu’elle réussisse, il faut veiller à ce que l’agent biologique utilisé, et parfois introduit dans un nouvel environnement, ne s’en prenne qu’à l’espèce ciblée. «Les parasites ont évolué avec leur hôte et cette coévolution rend nulle la possibilité que le parasite opte pour une autre espèce», assure le biologiste. C’est ce genre de relation unique que les chercheurs en biocontrôle tentent d’exploiter. Pour chaque espèce de puceron qui se nourrit de plantes potagères, par exemple, il existe une guêpe particulière qui la parasite en pondant ses œufs dans le puceron. C’est le cas d’Aphidius nigripes, qui ne pond que dans les pucerons du pois. Jacques Brodeur travaille pour sa part avec Bonodoxys communis, une guêpe importée de Chine qui parasite le puceron du soya. Ce puceron a fait son apparition aux États-Unis en 2000; comme il provenait d’Asie, tout comme le soya, il n’avait ici au-cun ennemi naturel et il s’est rapidement propagé à toutes les plantations d’Amérique du Nord. «Nous avons mis Bonodoxys communis en contact avec près de 40 espèces de pucerons et nos travaux ont montré qu’elle ne s’attaque qu’au puceron du soya», mentionne le chercheur. Les producteurs de soya attendent maintenant la levée de la quarantaine imposée par Agriculture et Agroalimentaire Canada avant d’autoriser le relâchement de cette guêpe. ... et ses risques Les précautions prises par les laboratoires de recherche et les quarantaines ordonnées par le gouvernement découlent d’expériences malheureuses. Dans les années 70 et 80, les États-Unis ont importé de grandes quantités de coccinelles asiatiques pour combattre les pucerons des cultures; les conséquences ont été désastreuses. La coccinelle asiatique est celle qui envahit les maisons à l’automne, notamment en Montérégie. Sa couleur va du rouge au jaune et on peut la reconnaitre par un M ou un W noir sur le pronotum (partie entre la tête et les ailes). Non seulement cet insecte n’a pas de prédateur, mais il est très agressif et prolifique (une femelle peut pondre jusqu’à 2500 œufs en 90 jours). De plus, il agresse les autres espèces de coccinelles et en a déjà fait disparaitre plusieurs. Le même problème touche l’Europe. «On comptait sept ou huit espèces de coccinelles dans les champs de maïs, mais il n’en reste aujourd’hui que trois ou quatre parce que les autres ont été éliminées par la coccinelle asiatique, qui est à présent considérée comme nuisible», affirme l’entomologiste. À son avis, les mesures de contrôle qui, dans les années 80, ne s’appliquaient qu’aux virus et qui ont été par la suite étendues à tout agent biologique importé nous placent à l’abri d’une telle erreur. Le professeur cherche d’ailleurs à tirer profit de la situation. Il est à caractériser, par des marqueurs moléculaires, les attributs qui font de la coccinelle asiatique une espèce redoutable (agressivité, prédation, reproduction) afin de voir si on les rencontre chez d’autres espèces. Bacilles et champignons ![]() Il existe des solutions aux insecticides chimiques, rappelle Jacques Brodeur. D’autres agents biologiques sont aussi employés dans le biocontrôle. Le bacille de Thuringe, une bactérie présente en abondance dans le sol, est très prisé dans la lutte contre la tordeuse du bourgeon de l’épinette. «Dans ce cas, ce n’est qu’une toxine de la bactérie dont on se sert et qui est vaporisée sur les forêts, précise le professeur. Pour être efficace, la toxine doit être ingérée par l’insecte.» Jacques Brodeur travaille également sur la mouche blanche, un minuscule insecte suceur d’origine tropicale qui s’en prend aux plantes cultivées dans les serres. «L’agent de biocontrôle étudié est un champignon microscopique qui se développe dans l’insecte en le pénétrant par les pores. Nous cherchons à adapter ce champignon aux conditions climatiques du Canada pour l’utiliser à l’extérieur des serres.» Le chercheur est convaincu que la lutte biologique, qui inclut les OGM, est la solution la plus intéressante et la plus écologique aux insecticides chimiques, qui opèrent sans discernement. Se disant favorable aux OGM qui permettent de réduire l’emploi des insecticides – comme les plantes dans lesquelles on incorpore un gène du bacille de Thuringe –, il rejette par contre les OGM élaborés pour résister à un herbicide parce que cette façon de faire favorise le recours aux herbicides chimiques plutôt que leur remplacement. Daniel Baril
Accès aux ressources biologiques menacé
«Pour réaliser nos travaux, nous devons avoir accès aux ressources biologiques qui ont un potentiel d’application en biocontrôle. Mais, face au brevetage génétique opéré par les compagnies pharmaceutiques, les pays en voie de développement restreignent cet accès aux chercheurs étrangers parce qu’ils veulent protéger leur patrimoine et en tirer eux aussi des avantages», souligne le chercheur. Ce protectionnisme risque de gêner les projets de recherche puisque les parasites proviennent de ces pays et que c’est là que se trouvent les prédateurs susceptibles de nous être utiles. L’OILB s’est donc donné pour mandat d’établir des protocoles d’entente qui soient satisfaisants à la fois pour les chercheurs et pour les pays fournisseurs. D.B.
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