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| Vie et mort d’une paire de lunettes |
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| 09 décembre 2008 | |
Le CIRAIG s’intéresse à la conception de produits écologiquesDepuis le printemps dernier, la chaine Rona offre à ses clients des produits nettoyants «écoresponsables» de marque Rona Éco. Les désodorisant, savon pour les mains, nettoyant tout usage et nettoyant pour vitres portant ce nouveau label ont un excellent bilan environnemental. «Cela signifie que ces produits ont été sélectionnés pour leur faible impact négatif sur l’environnement», explique Réjean Samson, titulaire de la Chaire internationale en analyse du cycle de vie de l’École polytechnique et directeur général du Centre interuniversitaire de recherche sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG). ![]() Quand ils sont chargés par une entreprise d’analyser un produit, les experts de la Chaire examinent non seulement ses effets locaux (comme son incidence sur le smog et la santé humaine) mais aussi ses effets régionaux (sa teneur en phosphates, contribuant à l’eutrophisation des cours d’eau) et globaux (gaz à effet de serre, destruction de la couche d’ozone). Dans le cas des produits Rona Éco, différentes marques ont été étudiées en détail et chacune a reçu une cote. Le distributeur a choisi les meilleures. Pour Rona, le plus important distributeur et détaillant canadien d’articles de quincaillerie, de rénovation et de jardinage avec 673 magasins et un chiffre d’affaires de huit milliards de dollars, le partenariat avec le milieu universitaire a assuré une crédibilité que les représentants de l’entreprise n’ont pas manqué de souligner à l’annonce de la création du label, le 9 novembre 2007. La nouvelle gamme de produits a d’ailleurs valu à Rona le Prix de l’entreprise citoyenne 2008 dans la catégorie «Grande entreprise». «Pour les produits Rona Éco, nous avons étudié les éléments entrant dans la composition des détersifs, leur cycle de dégradation et les risques d’émission de résidus dommageables en plus de fournir une liste des composés les moins nocifs.» Les analyses de la Chaire doivent tenir compte de tous les paramètres possibles. Les lunettes et la voiture Prenant à titre d’exemple une paire de lunettes déposée sur son bureau, le professeur Samson mentionne que l’aluminium ayant servi à la fabrication de la monture provient de la bauxite extraite en Afrique et transformée au Québec, alliée à d’autres métaux comme le magnésium, dont le traitement a engendré d’autres couts énergétiques. Le verre vient de la silice transformée à haute température et appelée à demeurer stable pendant des siècles. Les lunettes serviront au consommateur quelques années puis finiront vraisemblablement leur vie dans un dépotoir, où elles se dégraderont lentement (sauf les lentilles). Avant de parvenir sur le nez du client, elles seront passées entre les mains du designer, du fabricant, du vendeur, de l’opticien et de l’optométriste. Si l’on veut réduire l’impact environnemental de la paire de lunettes, il faut se pencher sur chaque étape de la production et proposer des améliorations. L’usage de l’aluminium est-il essentiel? Peut-on diminuer la taille du verre? Voilà le genre de questions qu’on devra se poser. Et encore, une paire de lunettes ne subit aucun changement, ou presque, durant sa vie utile. Il en va autrement d’une automobile, qu’on doit vidanger tous les trois mois et dont on doit changer les pneus deux fois l’an, sans oublier le carburant nécessaire à son fonctionnement, les assurances… Certaines entreprises novatrices prennent en considération le cout écoenvironnemental de chaque pièce qu’elles utilisent dans la fabrication de leurs véhicules: origine de la matière première, distance qu’elle parcourt, etc. Au cours de la visite d’une usine Mercedes-Benz en Allemagne, récemment, Réjean Samson a pu constater que les designers avaient de telles données sous leurs yeux chaque fois qu’ils «cliquaient» sur une pièce. Leurs patrons ne sont-ils pas d’abord intéressés par la réduction des couts lorsqu’ils redessinent un modèle? Réjean Samson croit que l’argument écoénergétique est de plus en plus incontournable. «L’économie moderne devra tenir compte du cycle de vie si elle veut s’engager sérieusement dans le développement durable. L’intérêt, c’est qu’il ne s’agit pas d’une discipline fermée. Les sciences humaines sont plus que jamais mises à contribution dans cette approche: économie, droit, sciences sociales... Le développement durable fait le lien entre l’économie, l’environnement et la société. On ne peut pas faire de l’écologie en niant les droits de la personne», souligne le chercheur. ![]() Réjean Samson La Chaire compte actuellement 12 partenaires tels Bell Canada, Cascades, Hydro-Québec, Johnson & Johnson, le Groupe EDF, Rio Tinto Alcan, Total et le Mouvement Desjardins. Si l’on peut comprendre qu’une entreprise fasse analyser des détersifs par des chercheurs, comment peut-on analyser des services? Réjean Samson, lui-même ingénieur chimiste, ne parait pas surpris de la question. «Nous avons fait pour Bell Canada l’analyse du télétravail. Nous avons découvert que, si un employé travaille de la maison, il économise certainement sur ses frais de transport, mais il aura des factures plus élevées de chauffage et de téléphone.» Si l’on considérait le cycle de certains éléments de la vie des produits, des entreprises largement financées par l’État pour stimuler la création d’emplois ne verraient pas le jour. Réjean Samson donne l’exemple des combustibles produits à partir du maïs. «Quand on regarde le tableau complet de la production d’éthanol, on réalise qu’elle coute plus cher, énergétiquement, que celle du pétrole. Il n’y a donc pas de gain.» CIRAIG: 20 professeurs et 80 chercheurs Pour décrire le CIRAIG, son directeur général utilise une métaphore informatique. «C’est le système d’exploitation du développement durable», dit-il en faisant référence aux Mac OS X ou Windows XP qui permettent le fonctionnement de nos ordinateurs. Créé en 2001 par l’École polytechnique, l’Université de Montréal et HEC Montréal, le Centre réunit aujourd’hui une vingtaine de professeurs de huit universités et 80 chercheurs postdoctoraux. Il propose sa vision dans les secteurs de l’énergie (électricité, huile et gaz, bioénergie), des pâtes et papiers, des mines et de la métallurgie (acier, aluminium), des télécommunications, de l’agroalimentaire, de la gestion des déchets et des matières résiduelles (eau, air, sol) et des produits de consommation, notamment. Parmi ses clients figurent le Cirque du Soleil, Électricité de France, Gaz de France, Environnement Canada, Recyc-Québec, la Ville de Montréal, Transcontinental, Cascades et plusieurs autres. Ses thèmes de recherche: la mise au point et la validation d’une méthodologie d’analyse du cycle de vie, entre autres d’une méthode adaptée à la réalité canadienne, l’élaboration d’un système de prise de décision en fonction d’indicateurs de performance enviroéconomiques dans un contexte de politique intégrée de produits, l’étude des répercussions juridiques et règlementaires de la gestion du cycle de vie, l’étude de ses retombées sociales, l’intégration de procédés et la conception écologique ou écoconception. Mathieu-Robert Sauvé
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