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| Des vétérinaires cherchent à augmenter la production alimentaire à Madagascar |
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| 01 décembre 2008 | |
Normand Larivière travaille à la diversification de l’alimentation dans ce pays![]() Les habitants d’un village situé à proximité de la ville de Fianarantsoa s’étaient regroupés pour la visite du président du pays…, qui n’est jamais venu. Au cours des quatre dernières années, Normand Larivière est allé à Madagascar 14 fois. On serait porté à se demander ce qu’un vétérinaire peut faire sur cette petite ile pauvre de l’océan Indien. Mais c’est justement parce que tout est encore à bâtir, notamment en matière de santé publique et de nutrition, que le spécialiste de la santé environnementale a mis le cap sur cette république pour la première fois en 2004. Jusqu’en 2012, grâce à l’Association des universités et collèges du Canada, il dirige un projet qui a pour objectifs d’accroitre l’offre alimentaire et d’améliorer la santé de la population en général, carencée en protéines animales, en développant la production de volaille. En accordant une subvention de un million de dollars, l’Agence canadienne de développement international finance pour la première fois un projet en médecine vétérinaire. «On donne à la population des outils pour qu’elle se sorte de la pauvreté. Et le vétérinaire a un rôle central à jouer, car il est sur le terrain pour surveiller la production animale et donner des conseils afin de l’augmenter», explique M. Larivière. Dans ce pays de 17 millions d’habitants, dont 72 % doivent leur survie à l’agriculture locale, c’est-à-dire des potagers dans les cours, et qui est le premier au monde pour sa consommation de riz par habitant, il y a fort à faire pour diversifier l’alimentation. «D’où l’importance de notre projet, souligne le vétérinaire. Ici, on produit un poulet “St-Hubert” en 39 jours. Là-bas, il faut quatre mois et demi.» La production d’œufs, qui constituent une excellente source de protéines, n’est guère mieux. Les poules en pondent 50 par année alors que c’est six fois plus en Occident. ![]() Normand Larivière (Photo: Marco Langlois) Devant le taux effarant de mortalité des poussins et la faible production de volaille et d’œufs qui en découle, Normand Larivière et son équipe ont ciblé 12 villages dans un rayon de 200 km autour d’Antananarivo, la capitale. «On a choisi des petits villages qui pouvaient avoir accès à un médecin vétérinaire. Mais, durant la saison des pluies, beaucoup d’entre eux se trouvent complètement isolés», précise le titulaire d’une maitrise en écologie et d’un doctorat en médecine expérimentale. Dans chacun des villages, de trois à cinq familles sont étroitement suivies, au moyen d’enquêtes et de questionnaires, afin de leur montrer qu’elles ont tout à gagner à produire en collectivité. «Si les gens achètent ensemble 20 vaccins pour leurs poulets au cout de deux dollars, ils auront une belle production en quelques mois même si certaines bêtes meurent, avance le Montréalais d’origine. Mais c’est une chose qu’ils ont de la difficulté à comprendre parce qu’acheter deux kilos de riz avec cette même somme, c’est beaucoup plus tangible pour eux.» L’été dernier, des étudiantes de la Faculté de médecine vétérinaire ont accompagné leur professeur jusque dans les villages les plus reculés pour y travailler en collaboration avec un vétérinaire malgache. L’idée était d’élaborer un plan facilement applicable par les familles. «On essaie d’intervenir de façon réaliste. On ne va pas leur dire qu’il faut des poulaillers ventilés, bien nettoyés, comme c’est le cas chez nous, indique le chercheur. Là-bas, c’est un poulet par mois par famille. Alors, si on est capable d’élever ce nombre à deux ou trois, on aura fait beaucoup.» Normand Larivière dit apprécier le côté «humain» de cette aventure. Lors de leurs premiers séjours, ses étudiantes et lui utilisaient des affiches pour expliquer des concepts simples. Mais tous les habitants ne parlaient pas français et certains ne savaient même pas lire. «Il nous a fallu faire des dessins, se rappelle-t-il. On a compris que les étudiants malgaches étaient absolument nécessaires à notre action. Ça crée des liens très forts.» L’éducation avant tout ![]() La célèbre allée des baobabs près de la ville de Morondava. (Photo: Normand Larivière) «Le projet comporte un volet éducatif très important. Il faut que le projet puisse continuer lorsqu’on va s’en aller. C’est pourquoi on va ouvrir quatre cliniques vétérinaires de référence près des villages où l’on a implanté le projet. De là sortiront les vétérinaires qui amèneront les connaissances dans leurs villages», déclare M. Larivière. Ce mois-ci, il s’envolera de nouveau pour Madagascar afin de donner une formation pédagogique et des cours au département de médecine vétérinaire d’Antananarivo, créé en 2001. «On veut s’assurer que les futurs vétérinaires malgaches seront aptes à détecter les problèmes de santé animale et qu’ils seront en mesure d’estimer les besoins de la population du point de vue nutritionnel», mentionne M. Larivière. Chaque année depuis trois ans, la Faculté de médecine vétérinaire de Saint-Hyacinthe accueille des étudiants malgaches à la maitrise. Holimihaja Randrianasolo est arrivée en septembre dernier. «Ça se passe beaucoup mieux que je l’avais prévu. Je me suis bien adaptée», raconte la jeune femme de 26 ans. Ce qui l’a le plus frappée (hormis la neige bien sûr)? «Les ressources, répond-elle sans équivoque. Je me suis habituée à travailler avec l’informatique. Dernièrement, j’ai été très occupée à monter le protocole pour le projet à Madagascar, en plus des cours auxquels j’assiste. Mes amis et mes collègues m’encouragent beaucoup. Ils me poussent à en profiter le plus possible. J’ai vraiment l’impression d’aider mon pays», affirme-t-elle avec fierté. Une fierté partagée par l’instigateur du projet qui, à 60 ans, croit bon de donner au suivant. «Le projet occupe maintenant une bonne partie de ma vie. C’est ce que je redonne à la société. C’est une toute petite affaire, mais au moins on a tous l’impression de laisser quelque chose de permanent», conclut Normand Larivière. Lisa-Marie Gervais
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