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| Quand les lois créent l’illégalité |
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| 01 décembre 2008 | |
Un documentaire lève le voile sur la réalité des travailleurs illégaux![]() La manifestation «Personne n’est illégal» est le point de départ du documentaire de Renaud Goyer. Il y aurait de 200 000 à 500 000 résidents illégaux au Canada, dont 40 000 à Montréal, une réalité occultée dont on n’ose pas parler. Qui sont-ils, comment sont-ils entrés au pays et comment sont-ils devenus illégaux? Ces questions sont au cœur d’un documentaire de Renaud Goyer, doctorant au Département de sociologie, réalisé au Centre de recherche sur les politiques et le développement social (CPDS) sous la direction de Pascale Dufour, professeure au Département de science politique. ![]() Pascale Dufour Le titre du documentaire, Créer l’illégalité, situe d’emblée le propos. Très peu de nos illégaux – aucune donnée officielle n’existe à leur sujet – sont entrés ici de façon clandestine. La vaste majorité sont des travailleurs saisonniers, des travailleuses domestiques ou des étudiants qui se retrouvent sans statut parce que leur permis de séjour est échu ou des demandeurs d’asile à qui la Commission de l’immigration et du statut de réfugié a refusé le droit d’asile parfois plus d’un an après leur arrivée. Leur illégalité est ainsi un produit de nos lois. «Le point de départ du film est la marche de Montréal à Ottawa organisée en juin 2005 par Solidarité sans frontières, explique Renaud Goyer. Nous avons voulu documenter cette action collective et politique afin de comprendre la situation des illégaux et soutenir l’enseignement sur les mouvements politiques.» Le documentaire de 50 minutes n’est donc pas destiné aux réseaux de télévision, mais à l’enseignement universitaire et collégial. Il met en scène des représentants de Citoyenneté et Immigration Canada, qui expliquent le rôle de leur ministère et les mécanismes de l’acceptation des immigrants et des réfugiés, ainsi que des militants des droits de la personne et des avocats qui défendent l’égalité des droits pour tous et présentent le point de vue social de leurs revendications. Des représentants de partis politiques et des universitaires dont François Crépeau, directeur du Centre d’études et de recherches internationales de l’UdeM, livrent également leurs analyses. ![]() François Crépeau Une fois la mécanique exposée, le documentaire s’attaque aux préjugés tenaces concernant les illégaux en donnant largement la parole aux militants. Puisque la plupart des illégaux sont entrés ici à titre de travailleurs, c’est donc que le Canada a besoin de cette main-d’œuvre à bon marché qu’on trouve notamment dans les restaurants et dans les productions maraichères. «Ils contribuent à la compétitivité économique du Canada», fait valoir François Crépeau, et cela, même lorsque leur permis de séjour est échu. Nous avons besoin de cette main-d’œuvre, mais nous ne sommes pas prêts à partager notre richesse avec elle. Quant aux réfugiés dont la demande de droit d’asile est refusée, on ne les renvoie pas nécessairement dans leur pays d’origine, mais on ne leur donne pas de papiers non plus. L’histoire et la raison d’être des frontières sont en outre abordées. «Les frontières sont basées sur la séparation entre “nous” et les “autres”», affirme la voix hors champ. Elles sont apparues après la révolution industrielle parce qu’on craignait la mobilité du prolétariat urbain revendicateur de droits; les contrôles se sont raffermis avec l’adoption des politiques sociales et, dans l’après-11 septembre, l’immigration est tombée sous le joug des lois sur la sécurité et la criminalité. Pour le militant altermondialiste bien connu Jaggi Singh, «la frontière est une chose raciste et violente, c’est un apartheid global. Décider qui peut être citoyen ou non est aussi raciste parce que chaque être humain a la même dignité et doit avoir les mêmes droits.» Pour Jacqueline Cyr, de Citoyenneté et Immigration Canada, les mesures de contrôle visent à protéger les valeurs de la société canadienne. Tout est en place pour un vif débat. Comme c’est le cas de la vingtaine d’autres documentaires produits par le CPDS, il n’en coute que 5 $ pour se procurer Créer l’illégalité. Le CPDS a pour mission de stimuler les échanges entre les chercheurs qui s’intéressent aux rapports entre les politiques publiques et la société et d’offrir un soutien administratif dans la réalisation de projets de recherche. Daniel Baril
(Photos: Bernard Lambert) |
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