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A-t-on atteint un plafond dans la diplomation au secondaire? Version imprimable Suggérer par courriel
24 novembre 2008

Les «activités collaboratives» donnent peu de résultats

En 2005, la proportion de jeunes de 20 ans titulaires d’un diplôme d’études secondaires (toutes catégories confondues) était de 71 %. Alors que le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport vise un taux de 85 %, la progression n’a été que de 1 % en 10 ans.

Décrocheur
À 20 ans, 80 % des élèves du secteur anglophone possèdent un diplôme, contre 68 % chez ceux du secteur francophone. (Photo: iStockphoto)

C’est la principale donnée, considérée comme décevante, qui ressort d’une importante étude sur l’environnement éducatif et la diplomation des élèves de l’île de Montréal réalisée par Pierre Lapointe et Jean Archambault, professeurs au Département d’administration et fondements de l’éducation, et Roch Chouinard, professeur au Département de psychopédagogie et d’andragogie. L’étude a été commandée par le Comité de gestion de la taxe scolaire de l’île de Montréal.

La seule bonne nouvelle derrière ce résultat global, c’est que, dans la cohorte de 2005, 58 % des jeunes avaient obtenu leur diplôme à l’âge de 17 ans contre 53 % en 1995.

Écart linguistique

Cette étude a reçu l’attention des médias il y a un peu plus d’une semaine, notamment à cause des différences majeures observées dans les taux de diplomation entre les secteurs francophone et anglophone. À 20 ans, 80 % des élèves du secteur anglophone, peu importe la langue maternelle, possèdent un diplôme, contre 68 % chez ceux du secteur francophone.

Les chercheurs n’ont pas trouvé d’explication satisfaisante à cet état de choses. «C’est comme lorsqu’on a découvert que la Terre tournait autour du Soleil; on pouvait observer le phénomène mais pas l’expliquer, déclare Pierre Lapointe, auteur principal de l’étude. Ce n’est que la troisième enquête du genre en 30 ans et il en faudra d’autres pour avoir toutes les réponses.»

Tout a néanmoins été pris en considération: le milieu socio-économique, la langue maternelle, la pédagogie, l’encadrement, l’âge d’entrée au secondaire, les difficultés d’apprentissage, mais aucun de ces facteurs n’arrive à élucider la raison de l’écart. «La même situation prévalait il y a 30 ans, mais elle était attribuée à ce moment-là aux différences économiques. Aujourd’hui, la défavorisation ne peut tout expliquer», soutient le professeur.

Quand on ne considère que la langue maternelle sans tenir compte du secteur linguistique de fréquentation, les francophones ont autant de chances d’obtenir un diplôme que les anglophones, à savoir 72 % contre 74 %. La charge semble donc être du côté de l’administration du secteur français. Toute la responsabilité ne saurait cependant lui incomber puisque le taux de diplomation est sensiblement supérieur chez les allophones, soit 78 %, quel que soit le secteur.

Un volet de l’enquête visait à recueillir des témoignages d’administrateurs et d’enseignants. Dans la description de leurs services éducatifs respectifs, les directions francophones ont davantage mis l’accent sur l’organisation scolaire (parcours particuliers, formation des groupes) alors que les anglophones ont plutôt fait ressortir le tutorat et le recours aux récompenses et «conséquences». «Mais cela n’a pas pu être mis en lien avec les taux de diplomation», précise Pierre Lapointe, qui doute qu’il y ait là une explication.

La pédagogie en question

Aucune pratique pédagogique n’explique non plus l’écart entre les deux secteurs linguistiques. Toutefois, indistinctement de la langue d’enseignement, des pratiques pédagogiques sont corrélées avec les taux de diplomation.

Pierre Lapointe
Pierre Lapointe

Dans les écoles où les enseignants disent adopter «très souvent» des mesures de renforcement social (motivation, récompenses, etc.), le taux de diplomation atteint 81 % alors qu’il n’est que de 57 % dans les écoles où les enseignants mentionnent ne «jamais» recourir à cette stratégie. «Plus les enseignants félicitent ou récompensent les élèves qui font des efforts pour apprendre ou pour améliorer leur comportement, plus le taux de diplomation est élevé», souligne le professeur.

Le traditionnel enseignement magistral donne lui aussi de bons résultats: les écoles où les enseignant recourent «souvent» à cette formule se démarquent par une diplomation de 76 % contre 67 % dans celles où l’on n’y fait appel que «parfois». À l’inverse, les «activités collaboratives», qui amènent les élèves à travailler en groupe, donnent peu de résultats: le taux de diplomation est de 55 % dans les établissements qui utilisent «très souvent» cette approche et de 86 % là où les enseignants y ont «rarement» recours.

«Ce type d’activités est peut-être une perte de temps», affirme Pierre Lapointe. Ce résultat devrait sonner l’alarme puisque la réforme pédagogique mise sur ce genre d’apprentissage!

Quand on se compare...

Le professeur Lapointe ne sombre toutefois pas dans le défaitisme devant l’ensemble des résultats. «Nous avons fait un bond prodigieux en 40 ans, déclare-t-il. En 1960, le taux de diplomation au secondaire était de 53 % et il était passé à plus de 70 % en 1999.»

Le professeur fait également sien l’adage selon lequel lorsqu’on se compare on se console. Aux États-Unis, la diplomation au secondaire est de 60 %. Avec des méthodes de calcul différentes, les données de l’OCDE indiquent un taux de 83 % pour le Québec en 1999, comparativement à 78 % pour les États-Unis, à 85 % pour la France et à une moyenne de 79 % pour les pays industrialisés. «Dans les examens internationaux, le Québec se situe dans le peloton de tête des 10 meilleurs», ajoute-t-il.

Le gouvernement aurait-il donc tort de viser un objectif de 85 %? «Cet objectif politique est peut-être irréaliste, répond le chercheur. Les mesures adoptées dans les années 70 et 80 ont porté leurs fruits, mais il est possible que nous ayons atteint un plafond.»

Là où il y aurait des gains à faire, à son avis, c’est auprès des 30 % de la clientèle scolaire qui se retrouvent dans les classes ordinaires du réseau public. Alors que les faibles vont demeurer faibles et que les forts vont réussir peu importe les conditions, «il suffirait de peu pour prévenir le décrochage chez les élèves moyens, estime Pierre Lapointe. Ceux que l’on perd ne reviennent pas.»

Daniel Baril

 


 

Milieux défavorisés et écoles privées

Étudiant au secondaire


L’une des données les plus décevantes du rapport a trait au taux de diplomation en milieu défavorisé. Dans les secteurs très défavorisés, 50 % des jeunes de 20 ans avaient obtenu leur diplôme en 2005 alors que cette proportion était de 52 % en 1995. «Ce résultat est inquiétant puisque les efforts sont principalement déployés dans ces milieux», souligne Pierre Lapointe.

Puisque les élèves des milieux défavorisés ainsi que les élèves en difficulté d’apprentissage fréquentent tous l’école publique, ce fait explique l’écart de 22 % observé entre le taux de diplomation du secteur public (65 %) et celui du secteur privé (87 %). «Peut-on continuer de financer les écoles privées au niveau actuel et les laisser exercer leur sélection d’élèves?» se questionne le chercheur.

Pierre Lapointe est également préoccupé par la sélection qu’opère lui aussi le système public dans ses écoles à vocation particulière ou ses groupes enrichis. «Ces mesures ont permis d’améliorer la qualité de la formation, mais amplifient aussi l’effet de ségrégation, signale-t-il. La libre concurrence a des conséquences perverses qui réduisent le taux de diplomation chez les élèves qui ne sont ni forts ni faibles.»

D.B.

 

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