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| Développer le sentiment d’appartenance |
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| 17 novembre 2008 | |
Les départements et les facultés déploient beaucoup d’efforts pour intégrer l’étudiant au doctorat ou à la maitrise à la vie de l’Université
«Nos doctorants doivent apprendre à sortir de leur chambre», lance Francis Gingras, professeur au Département des littératures de langue française. M. Gingras sait de quoi il parle, car, il n’y a pas si longtemps, il se débattait lui-même avec un sentiment de parfaite étrangeté, plongé dans la rédaction d’une thèse dont il ne voyait plus la fin. ![]() Francis Gingras, professeur au Département des littératures de langue française, entouré de ses étudiants. Parmi les mesures de soutien, le Département a mis sur pied des séminaires destinés précisément aux étudiants des cycles supérieurs. «On se sent comme un extraterrestre. On n’intéresse personne», dit-il en se remémorant son expérience. Mais les choses bougent et diverses initiatives, dans divers départements, sont mises en place pour contrer l’isolement. Dans son unité, M. Gingras et d’autres professeurs ont conçu un séminaire collectif de conférences, élaborées sur mesure pour les doctorants. Ces derniers y présentent à tour de rôle un chapitre de leur thèse, ce qui contribue non seulement à susciter les échanges mais également à faire baisser l’inévitable anxiété liée à la défense de la fameuse thèse. «L’idée, c’est de développer le sentiment d’appartenance», résume Francis Gingras en rappelant que, souvent, les étudiants des cycles supérieurs ne savent pas où aller lorsqu’ils mettent le pied sur le campus. M. Gingras parlait ainsi au premier colloque annuel sur le soutien à la réussite des étudiants des cycles supérieurs, le 3 octobre, organisé par la Faculté des études supérieures et postdoctorales (FESP). «Les interventions de soutien prennent plusieurs formes, qu’on pense au mentorat, aux comités de thèse, aux séminaires notamment, et il est important qu’il y ait des échanges là-dessus», a mentionné la doyenne de la Faculté, Louise Béliveau. «Pour moi, a déclaré Mme Béliveau à l’ouverture du colloque, il n’y a pas pire drame du point de vue de la formation que celui de l’étudiant qui abandonne après cinq ans d’efforts. Pour l’université et pour l’étudiant.» Les enquêtes auprès des étudiants à leur sortie de l’université confirment que le sentiment d’isolement est un facteur majeur de stress ou d’abandon aux cycles supérieurs. En effet, pour 34 % des étudiants des 2e et 3e cycles, c’est la cause de leur départ de l’établissement. Ce facteur est en fait aussi préoccupant que les problèmes financiers, qu’invoquent 35 % de ceux qui s’en vont avant d’avoir obtenu leur diplôme et ce n’est pas un hasard si une bonne partie de ce colloque était consacrée à l’encadrement de l’étudiant. Outre M. Gingras, Marcel Simard, professeur à l’École de relations industrielles, Daniel Dumouchel, directeur du Département de philosophie, et Martine Raymond, professeure au Département de biochimie et à l’Institut de recherche en immunologie et en cancérologie (IRIC), ont pris la parole. M. Simard a raconté comment son unité avait réussi à enrayer un taux de persévérance insatisfaisant à la maitrise, dû au fait que «beaucoup d’étudiants trouvaient du travail avant de terminer leur programme». En plus d’offrir une maitrise avec travaux dirigés, réservée à ceux qui ont une expérience professionnelle, l’École propose maintenant un soutien financier aux étudiants qui terminent rapidement leur scolarité. Ainsi, des bourses sont à la portée de ceux et celles qui déposent leur projet en moins de deux ans ou qui terminent leur maitrise à l’intérieur de 20 mois. «Nous avons instauré des incitatifs dans le système», fait remarquer M. Simard avant d’observer que, «de toute manière, nos étudiants veulent aller travailler et ne souhaitent pas s’éterniser à l’université». Encadrement global Les problématiques diffèrent évidemment selon les disciplines, mais les unités qui affichent une remontée se sont généralement toutes livrées à l’exercice de poser un diagnostic et de réfléchir sur les moyens d’atteindre leurs objectifs. La réflexion s’imposait aussi au Département de philosophie, où la persévérance au doctorat était jugée insuffisante. «Les recherches sont individuelles, d’assez longue durée et l’absence de laboratoires rend la collaboration encore plus difficile.» Et, comme pour ajouter aux difficultés, souligne M. Dumouchel, il arrive fréquemment que les sujets des mémoires et des thèses ne cadrent pas directement avec les projets des directeurs de recherche. Il s’ensuit que l’étudiant ne profitera pas autant des réseaux de publications. «Il faut parler d’encadrement global, ce qui inclut un financement adéquat, une supervision digne de ce nom qui devrait comprendre l’appartenance à un groupe de recherche et un soutien à la diffusion ou, dit autrement, la formation au métier de chercheur qui semble avoir autant d’importance que le travail de l’intelligence pure qui se confronte à des textes compliqués», indique Daniel Dumouchel. Le Département de philosophie a d’ailleurs remis au programme un séminaire qui avait été abandonné parce que les étudiants devaient y présenter leurs recherches pendant le cours. Cette fois, le séminaire est une entité à part destinée aux étudiants en deuxième année de rédaction. Mieux ciblé. Et obligatoire. Les sciences biomédicales aussi concernées Les sciences biomédicales n’échappent pas elles non plus aux périls qui guettent les étudiants des cycles supérieurs. Et l’on y voit. Depuis 2006, les étudiants de l’IRIC suivent un cours visant à les familiariser avec les différentes facettes du métier de chercheur. On leur parle d’éthique, on leur enseigne «l’écriture de bourse», on leur montre à évaluer les projets de leurs confrères, on développe les habiletés à formuler des hypothèses, etc. Ces connaissances contribuent à renforcer le sentiment de confiance et stimule les échanges, Mais il reste que, lorsqu’il rédige, l’étudiant est… seul. «Les étudiants sont entourés toute la journée. Dans les laboratoires, il y a d’autres étudiants, des techniciens, des professeurs. Jusqu’au jour où ils se retirent pour écrire», dit Martine Raymond. «Le problème de la solitude se manifeste quand finissent les manipulations et que commence la rédaction. Souvent les étudiants sont loin de leur famille et ne peuvent parler de leur travail avec leurs proches.» Mme Raymond voit à envoyer des courriels d’encouragement à ses étudiants dans cette situation. «Tout geste de notre part compte.» Paule des Rivières
Une question de tempéramentMathieu Bélanger a la détermination nécessaire pour mener à terme ses études de doctoratMathieu Bélanger a entamé cet automne sa cinquième année de doctorat. Sa discipline, la philosophie des mathématiques, et son sujet d’étude, l’évolution des concepts mathématiques, ont peu de chance d’alimenter les conversations au réveillon! Mais le principal intéressé n’en fait pas une maladie, loin de là. «Quand les gens me demandent ce que je fais, ma réponse suscite une certaine surprise», mentionne-t-il avant de préciser qu’il ne souffre pas du syndrome d’isolement aigu qui guette plusieurs doctorants. «C’est une question de tempérament. Je me suis dit que je ferais mon doctorat et je vais le faire.» Comprenons-nous bien. Cela ne signifie pas que Mathieu Bélanger a une vie sociale débridée. Ses journées, il les consacre à la lecture et à l’écriture. Et, n’ayant pas de bureau à l’UdeM, il passe peu de temps sur le campus. Toutefois, il donne un cours et cette tâche, en plus de lui fournir un salaire, permet des échanges réguliers avec les étudiants. De plus, Mathieu Bélanger apprécie «l’excellente relation» qu’il a avec son directeur de thèse, Jean-Pierre Marquis. Ce dernier a su prodiguer des conseils judicieux à l’étudiant au cours des années passées, lorsque celui-ci se demandait notamment s’il devait ou non aller poursuivre ses études à l’étranger. Il reste que, à l’étape de la rédaction – «je lis et j’écris», dit-il pour résumer son emploi du temps –, il n’a pas de séminaires à suivre. Toutefois, il existe à Montréal une petite communauté qui organise des séminaires de logique auxquels il a déjà participé. Mais surtout, Mathieu Bélanger savait, en gros, dans quoi il se lançait. Il estime important pour un étudiant qui décide d’entreprendre un doctorat d’être conscient de l’aventure dans laquelle il s’engage. «Le doctorat, rappelle-t-il, c’est plus qu’une grosse maitrise et il faut connaitre l’ampleur du projet. À la maitrise, on procède à une synthèse critique, mais le doctorat se situe à un autre niveau.» P.d.R. |
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