![]()
| Traquer le raton laveur qui a la rage requiert une vigilance permanente |
|
|
| 10 novembre 2008 | |
L’épidémiologiste Denise Bélanger s’emploie à éradiquer la rage chez le mammifère![]() Un raton laveur qui a la rage est agressif, en hypersalivation et peut mordre des objets inanimés comme des barreaux de chaise. Il peut également sembler abattu et paralysé et avoir de la difficulté à se déplacer. Démasquer les ratons laveurs rabiques partout sur le territoire, voilà un peu l’immense tâche à laquelle s’est attelée Denise Bélanger, professeure à la Faculté de médecine vétérinaire et présidente du Comité scientifique interministériel sur la rage du raton laveur au Québec. Mais comment traquer un animal dont la population est vaste, qui s’adapte facilement à tous les milieux et qui peut facilement se déplacer sur de grandes distances? L’épidémiologiste reconnait que ce n’est pas chose facile. «On possède un bon système de surveillance, mais on ne peut pas dépister tous les cas de rage chez les ratons laveurs. Les gens peuvent déplacer les bêtes en voiture, parfois de façon accidentelle», fait observer Mme Bélanger. Différents outils et techniques sont pourtant mis à profit. En collaboration avec l’Agence de la santé publique du Canada et la province de l’Ontario, la Faculté de médecine vétérinaire teste actuellement un outil de modélisation mathématique qui rendrait compte de la dissémination de la rage sur un territoire donné. Entrepris en 2006 et s’échelonnant jusqu’en 2018, ce projet de recherche longitudinal est mené parallèlement à une autre étude cout-avantage effectuée en collaboration avec une économiste du ministère américain de l’Agriculture. En tenant compte de variables comme l’habitat et la topographie des lieux, il est possible de calculer sommairement la progression de la rage. «Selon les données américaines, on estime que, sans moyen de contrôle, elle se déplacerait de 40 km par année», note la chercheuse. Sur de très grandes étendues, la meilleure façon de limiter la maladie demeure toujours la distribution de doses de vaccin dans les zones à risque, croit Mme Bélanger, qui est aussi cofondatrice du Groupe international vétérinaire. Ainsi, régulièrement, des avions ou des hélicoptères du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec survolent le territoire et larguent des cargaisons d’appâts contenant un vaccin comestible. «L’odeur de poisson ou de guimauve de l’appât attire les ratons laveurs. La dose de vaccin qui se trouve à l’intérieur doit être croquée puis avalée par l’animal, mentionne Denise Bélanger. C’est la méthode la plus efficace d’un point de vue économique.» Dans certaines régions, des trappeurs sont engagés pour capturer des ratons laveurs à qui on administre la protection virale. La rage au Québec Les chats sauvages, les renards, les mouffettes et même les chauvesouris rabiques sont de potentiels transmetteurs de la maladie. Mais les ratons laveurs sont présents en plus grand nombre sur le territoire québécois, en forêt comme en milieu urbain. Au Québec, on trouve en moyenne de 8 à 10 ratons laveurs au kilomètre carré. Près de la frontière américaine, le long de la rivière Richelieu, on en compte de 14 à 16 et au Vermont de 4 à 6. ![]() Denise Bélanger (Photo: Marco Langlois) «Les ratons laveurs ont une incidence plus grande sur la santé publique, surtout parce qu’un humain, ou un animal domestique comme un chat ou un chien, se trouvera plus souvent nez à nez avec le mammifère», souligne Denise Bélanger. Mais la vétérinaire, qui suit la progression de la rage chez le raton laveur dans le nord-est des États-Unis depuis 1995, se fait rassurante. Au Québec, 31 ratons atteints de la maladie ont été repérés jusqu’à ce jour en 2008 contre 66 l’an dernier. En 2006, seulement quatre ratons laveurs rabiques avaient été répertoriés. Et il n’y a jamais eu d’être humain atteint du virus de la rage transmis par un raton laveur. «Le dernier cas de rage humaine, c’était en 2000, alors qu’un petit garçon a été infecté par la souche d’une chauvesouris. Il a probablement été mordu pendant son sommeil et il en est mort», raconte l’épidémiologiste en précisant qu’au cours des 20 dernières années 75 % des cas de rage étaient liés à la chauvesouris. N’empêche, le Québec n’est pas complètement à l’abri d’une épizootie de rage chez le raton laveur. «Un perte de contrôle est possible, rappelle la chercheuse. Si l’on manque d’argent une année et qu’on ne fait pas autant de surveillance ou de distribution de vaccins, le feu repart.» Denise Bélanger insiste sur l’importance du facteur humain dans cette traque à l’animal rabique. «Le public, ce sont les yeux sur le territoire. Il est extrêmement important que la population soit sensibilisée et nous signale les cas d’animaux infectés», dit-elle. C’est d’ailleurs là tout le défi du comité de surveillance qu’elle préside, qui s’est donné pour mission d’éradiquer complètement la rage sur le territoire. «Un plan de contrôle peut être mis en échec si les gens déplacent, volontairement ou non, un raton rabique sans nous en aviser», soutient-elle. Elle explique en partie l’épizootie du nord-est des États-Unis qui est remontée jusqu’au Québec par de tels déplacements. «Pour les besoins de la chasse, on a transporté de la Floride à la Virginie un raton en période d’incubation de la rage. Depuis ce temps, on est aux prises avec une grosse épidémie qui coute des millions», conclut-elle. Lisa-Marie Gervais
Voir le clip «Le contrôle de la rage du raton laveur» |
© 2008 - Bureau des communications et des relations publiques