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Améliorer son français grâce à l’ordinateur? Version imprimable Suggérer par courriel
03 novembre 2008

Thierry Karsenti étudie l’effet de la technologie sur le rendement scolaire de jeunes du primaire de milieux défavorisés

Améliorer la qualité du français chez les jeunes à l’aide de l’ordinateur? D’aucuns pourraient en douter. C’est pourtant ce que tente de prouver Thierry Karsenti, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les technologies de l’information (TIC) en éducation.

En phase de démarrage dans une école primaire de Montréal-Nord, le projet consiste à étudier le rendement et la motivation des élèves d’un milieu défavorisé et multiethnique à qui l’on a donné des ordinateurs portables Macintosh. «On avait déjà mené certaines études dans des collèges privés auprès d’élèves de milieux plus favorisés, mentionne M. Karsenti en parlant des résultats positifs qu’il avait alors obtenus. Mais l’informatique a-t-elle vraiment une influence sur les enfants des milieux moins favorisés? C’est ce qu’on a voulu vérifier.»

Français et ordinateur
Le professeur Karsenti avait déjà démontré que l’utilisation d’un ordinateur en classe avait un effet positif sur la motivation des élèves. Il ne reste plus qu’à vérifier si cela peut améliorer significativement le rendement scolaire, en particulier chez les enfants des milieux défavorisés.

Motiver les jeunes par des activités mettant la technologie à profit est une chose. Mais prétendre qu’ils amélioreront leur français sans se donner la peine d’aller chercher un mot dans le dictionnaire en est une autre. Thierry Karsenti sait qu’il prête le flanc à la critique mais demeure optimiste. À l’écran, le soulignement en rouge d’un mot comportant une faute agace les jeunes. «C’est sûr que l’élève peut choisir un mot parmi ceux de la liste suggérée par le correcteur. Mais, après deux ou trois fois, il va aussi se poser des questions: “Est-ce le choix le plus approprié?”» croit-il.

Le professeur estime qu’un élève va acquérir le réflexe de changer le mot avant que celui-ci apparaisse souligné. «Au Nintendo, lorsqu’un jeune passe par un endroit et explose, va-t-il repasser au même endroit?» C’est aussi par une autre analogie avec les jeux vidéo que le chercheur explique l’incidence de l’ordinateur et des nouvelles technologies sur la motivation d’un élève. «Il a été démontré que la rétroaction immédiate que permet l’apprentissage par ordinateur stimule les élèves», indique M. Karsenti en citant une étude de l’Université Stanford.

Bien sûr, l’ordinateur ne soulagera pas tous les maux du système d’éducation. Pas plus qu’il n’est une panacée pour amener les enfants à écrire sans fautes. «Toutes les technologies employées ont un effet positif, à condition de bien encadrer leur utilisation, reconnait le professeur Karsenti. Sans encadrement, le seul but atteint est l’augmentation de la motivation des jeunes. Mais on ne progresse pas sur les autres plans.»

Bon pour les «pas bons»

L’étude, financée en partie par la Fondation canadienne pour l’innovation, vise trois objectifs: motiver les élèves susceptibles de décrocher, faciliter leur apprentissage du français et leur procurer un meilleur sentiment de compétence à l’école. «Il y a des jeunes qui se disent: “Je ne suis pas bon à l’école.” Nous, par un outil comme l’ordinateur, on essaie de leur faire penser le contraire. On a déjà vu venir en classe des garçons qui ne se sentaient pas bons à l’école simplement parce qu’il y avait des cours donnés avec l’ordinateur. Ils se lèvent pour donner un coup de main à leurs amis. Ils sont même parfois meilleurs que le professeur!» constate M. Karsenti en se basant sur ses études antérieures.

En tout, 75 jeunes de deux classes, dont une composée d’élèves aux prises avec de graves difficultés d’apprentissage, participent à l’étude. Ces derniers sont initiés au multimédia par de courts textes et vidéos qu’ils réalisent pour le journal de l’école. Les professeurs seront suivis de près par une équipe de doctorants que supervisera M. Karsenti. En plus de faire des activités liées à l’ordinateur, les enfants devront remplir un journal de bord. «Maintenant, on a le luxe d’un portable par élève, c’est encore mieux.»

Le chercheur admet toutefois que l’implantation d’un tel programme qui fait appel à l’ordinateur pour faciliter l’apprentissage n’est pas une chose aisée pour les enseignants. Donner un cours à 30 élèves qui s’écrivent des courriels, clavardent sur MSN ou encore se servent d’Internet pour trouver des réponses aux questions d’examen peut devenir un véritable calvaire pour le professeur. Ce sont les nouveaux défis de la profession, croit Thierry Karsenti.

L’ordinateur ne remplace pas le professeur

Conscient de l’énorme tâche des enseignants, le chercheur se veut rassurant. «L’idée est de les appuyer, de les aider à passer à travers l’année de l’étude pour pouvoir documenter leur expérience. D’autres professeurs pourront alors la répéter en étant mieux préparés et en commettant moins d’erreurs, a soutenu M. Karsenti. Les enseignants ne vont pas être remplacés par l’ordinateur, mais celui-ci va pouvoir les aider à accomplir un meilleur travail.»

Et, selon lui, il est urgent pour le système d’éducation de se mettre au diapason des nouvelles technologies. Selon une récente étude de la firme-conseil américaine en marketing Harrison Group, les jeunes de 13 à 18 ans font usage de technologie (Internet, cellulaire, portable, jeux vidéo) en moyenne 72 heures par semaine. Et, au Québec, 86 % des enfants de 4 à 6 ans ont déjà touché à un ordinateur avant de commencer l’école primaire.

À quand des portables pour tous les élèves des écoles du Québec? Une ambition plutôt couteuse qui n’est pas souhaitée dans l’immédiat, note M. Karsenti. «L’idée, c’est d’abord d’amener le gouvernement, qui investit déjà le quart de son budget dans l’éducation, à subventionner des projets plus judicieux qui vont réellement aider ceux qui en ont besoin. Je veux documenter la chose et je veux que les enseignants soient prêts au virage technologique», conclut-il.

Lisa-Marie Gervais

 

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