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L’héroïne pharmaceutique donne des résultats prometteurs Version imprimable Suggérer par courriel
27 octobre 2008

Suzanne Brissette présente les premiers résultats de l’étude NAOMI sur la prescription d’héroïne

Suzanne Brissette
Suzanne Brissette

L’injection d’héroïne pharmaceutique s’avère plus efficace qu’un simple traitement à la méthadone pour sevrer certains toxicomanes «irréductibles». C’est ce que laissent entendre les conclusions du projet NAOMI (North American Opiate Medication Initiative), des essais cliniques hasardisés sur trois ans réalisés à Montréal et à Vancouver par des chercheurs canadiens, dont Suzanne Brissette, spécialiste en toxicomanie à l’Hôpital Saint-Luc et cochercheuse à la Faculté de médecine. Au terme des 12 mois de l’étude, le taux des patients qui sont allés jusqu’au bout du traitement s’est accru (88 %) et ces derniers ont réduit de 70 % leur consommation d’héroïne illicite, diminué de 36 % leurs activités criminelles et amélioré de 20 % leur état de santé.

Bien sûr, certains des sujets ont rechuté. Mais l’objectif de cette recherche n’a jamais été d’amener les héroïnomanes à l’abstinence, rappelle la Dre Brissette. «On remarquait qu’il y avait toujours une clientèle qui ne terminait pas son traitement à la méthadone, semblable à celui utilisé pour une maladie chronique», note la spécialiste. Avant le projet NAOMI, il n’existait pas de proposition de traitement pour ce groupe particulier, à l’exception de l’injection d’héroïne fabriquée en laboratoire, soumise par une étude suisse.

Est-ce que l’injection d’héroïne pharmaceutique allait davantage permettre de garder jusqu’à la fin ces individus? Ce traitement allait-il être plus bénéfique que celui à la méthadone? s’est demandé la Dre Brissette. Les résultats vont dans le sens de ceux de l’étude suisse et de nombre de recherches européennes qui ont été menées parallèlement au projet NAOMI, à plus ou moins long terme.

Quelque 250 héroïnomanes classés «impossibles à traiter» ont participé aux essais cliniques qui, pour le volet montréalais, ont été effectués en collaboration avec le Centre de recherche et d’aide pour narcomanes. Les patients ont été répartis au hasard dans deux groupes: 45 % des héroïnomanes en sevrage ont pris de la méthadone par voie orale (avec du jus d’orange) et 55 % ont reçu un traitement constitué d’un opiacé injectable à double insu, soit de l’héroïne pharmaceutique (45 %) ou un puissant analgésique appelé Dilaudid (10 %).

seringue

L’emploi du Dilaudid a servi à valider scientifiquement certains renseignements recueillis au moyen de questionnaires. Il a aussi conduit les chercheurs à une surprenante découverte: les héroïnomanes ne semblaient pas pouvoir désigner la substance qu’ils s’injectaient. L’analgésique pourrait donc s’avérer un bon traitement de substitution à l’héroïne.

Ces essais cliniques ne peuvent pas être comparés à ce qui se fait dans les centres d’injection supervisés comme le controversé Insite, à Vancouver, insiste la Dre Brissette. N’empêche, les conclusions de cette étude ont ravi les groupes soutenant l’implantation de tels centres. Ceux-ci, au dire de leurs défenseurs, contribuent à réduire la criminalité et la transmission du VIH. Le gouvernement du Québec, qui a d’ailleurs financé une partie du projet NAOMI, s’était montré ouvert à l’idée de mettre en route un projet pilote de centre d’injection sous supervision avant de se rétracter, à l’arrivée du nouveau ministre de la Santé et des Services sociaux Yves Bolduc. Il souhaite plutôt désormais étudier en profondeur les données de NAOMI. Quant au gouvernement fédéral, il n’a pas changé d’un iota sa position sur la question, qu’il maintient depuis le début: non, un point c’est tout.

Lisa-Marie Gervais

 

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