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| Capsule science |
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| 27 octobre 2008 | |
Que sont les acouphènes et comment les traiter?«Bzzzzz» ou «sissss». C’est à peu près le son qu’entendent les personnes aux prises avec des acouphènes. Près de 20 % des hommes et des femmes âgés de 55 ans et plus, soit environ un million de Québécois, seraient affectés par ce problème lié au vieillissement. Mais que sont les acouphènes et comment les traiter? ![]() «Ce sont des sensations auditives telles que des sifflements, des bourdonnements ou des grésillements qui sont perçues dans une oreille ou dans les deux sans qu’il y ait de stimulations sonores extérieures, explique Sylvie Hébert. Les acouphènes peuvent être permanents et constituent alors une gêne très importante. Il s’agit d’un des motifs de consultation les plus fréquents en otorhinolaryngologie et en audiologie.» Professeure à l’École d’orthophonie et d’audiologie de la Faculté de médecine et chercheuse à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal ainsi qu’au BRAMS, Mme Hébert mène présentement des travaux sur le sujet afin de mieux comprendre les mécanismes à l’origine des acouphènes. «J’essaie de voir s’il est possible d’objectiver et de quantifier les anomalies provoquées par la présence d’acouphènes, signale Sylvie Hébert. Il faut dire que c’est assez difficile à étudier, car seule la personne qui en souffre peut en décrire l’intensité. L’acouphène n’est pas observable avec les outils cliniques actuels.» Difficile, mais pas impossible. «Toutes nos études en laboratoire montrent que les gens avec des acouphènes ont une intolérance au son externe, indique la chercheuse. Mais on ne sait pas encore pourquoi certains sujets sont plus incommodés que d’autres par les acouphènes.» Ses recherches en cours permettront de vérifier ses hypothèses. Ses travaux sont divisés en deux volets. Dans le premier, une vingtaine de sujets ont été soumis à diverses tâches de perception auditive afin d’examiner «les corrélats neuraux de l’acouphène» à l’aide de l’imagerie cérébrale fonctionnelle. L’objectif était de déterminer si les acouphènes sont associés à des anomalies des aires corticales auditives. Le second volet explore pour sa part la voie physiologique. Il vise plus particulièrement à étudier le lien entre le stress et les acouphènes et à démontrer le rôle de processus endocriniens dans la perception auditive normale et anormale. Bien que les analyses ne soient pas encore terminées, les données révèlent que les personnes de 55 ans et plus avec des acouphènes ont un seuil de tolérance plus faible au bruit externe que les sujets du groupe témoin après la prise de cortisol synthétique. Mme Hébert rapporte également une autre expérience effectuée auprès de 68 sujets (jeunes et âgés) qui devaient, pendant quelques minutes, parler en public. «C’est ce qu’on a trouvé de plus simple pour induire un stress émotionnel, relate-t-elle. Pour la plupart des gens, parler en public est un véritable cauchemar.» En vertu de ses centres d’intérêt scientifiques, Sylvie Hébert a voulu savoir si les personnes aux prises avec des acouphènes voyaient leur niveau de cortisol, une hormone liée au stress, augmenter normalement. La réponse est non. Au contraire. La hausse du niveau de cortisol a été réduite d’environ 50 % et retardée de 10 minutes comparativement au groupe témoin. «Ces sujets ont eu une réponse anormale, affirme Mme Hébert. Cela est bien sûr un lien indirect, mais il est assez clair qu’ils ont une sensibilité accrue au feedback négatif du cortisol.» Des prothèses qui engendrent du «bruit»? Depuis son doctorat en psychologie, Sylvie Hébert scrute les acouphènes pour tenter d’approfondir la compréhension du phénomène. «Ils peuvent apparaitre à la suite d’une maladie de l’oreille, par exemple une otite mal soignée, de traumatismes sonores, comme un coup de fusil ou le fait de s’être tenu trop près des hautparleurs dans un concert, ou encore d’une détérioration de l’audition, due à l’âge, nommée “presbyacousie”», signale la chercheuse. Un certain nombre d’acouphènes trouveraient leur source dans le dérèglement des fibres du nerf auditif, qui enverraient de l’information sonore au système nerveux central en l’absence de toute stimulation préalable. «Actuellement, aucun médicament n’existe», mentionne la professeure Hébert. En cas de baisse de l’acuité auditive, le port d’une aide auditive classique suffit parfois à réduire les acouphènes en augmentant l’apport des sons extérieurs. S’il n’y a pas de baisse marquée de l’acuité, une solution thérapeutique est proposée: les «masqueurs d’acouphènes». Il s’agit de prothèses auditives qui produisent un bruit comparable à celui d’un souffle ou d’une chute d’eau. Le principe est simple: les sons masquent les bourdonnements internes et les patients s’en trouvent parfois soulagés. «Ces appareils ne constituent en aucune manière une thérapie conduisant à une guérison, souligne Sylvie Hébert. Leur efficacité n’a d’ailleurs à ce jour pas été démontrée scientifiquement contrairement à la thérapie cognitivo-comportementale qui, elle, peut grandement aider les patients, surtout ceux et celles dont les acouphènes entrainent de l’anxiété, des problèmes de sommeil et des signes de dépression.» Dominique Nancy
(Illustration : Benoît Gougeon) |
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