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| Les sociétés «maternantes» font plus de centenaires |
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| 14 octobre 2008 | |
Les démographes ont déboulonné plusieurs mythes sur les supercentenairesSelon Statistique Canada, le pays comptait 4635 personnes centenaires en 2006 et 22 % d’entre elles vivaient au Québec. Certaines de ces personnes ont atteint l’âge vénérable de 110 ans, âge à partir duquel les démographes parlent de supercentenaires. ![]() La France, la Suisse, le Japon, l’Espagne et l’Italie, suivis de près par le Canada, affichent les proportions les plus fortes de centenaires. À l’échelle internationale, un regroupement de démographes cherchent à recenser de façon précise ces supercentenaires et, ce qui est plus difficile, à valider leur âge. Ils s’étaient donné rendez-vous à Montréal, les 28 et 29 septembre, pour discuter des méthodes de validation, à un colloque organisé par le Département de démographie de l’UdeM qui a réuni des chercheurs de France, d’Espagne, de Suisse, d’Océanie, d’Angleterre, du Danemark, d’Italie, d’Allemagne, du Japon, des États-Unis et, bien sûr, du Canada et du Québec. Les difficultés de la validation L’une des premières difficultés auxquelles font face les démographes vient du fait que la plupart de l’information sur les centenaires ou les supercentenaires est autorapportée. «Dans ce genre d’enquête, les répondants ont parfois tendance à exagérer la réalité», affirme Robert Bourbeau, directeur du Département de démographie. Pour valider un cas, il faut alors vérifier les renseignements donnés notamment dans les actes de naissance ou de décès. Le Québec fait à cet égard figure d’exception dans le monde puisque nous avons des registres paroissiaux fiables et détaillés depuis le 17e siècle. Mais, même lorsque des registres existent, ils ne sont pas nécessairement exempts d’erreurs. «Si une erreur a été introduite dans le système, elle engendre des répercussions sur toute la suite de données», souligne Jean-Marie Robine, démographe et directeur de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Montpellier). L’inscription, par exemple, de «1908» au lieu de «1918» comme date de naissance pourra produire un faux centenaire. Les démographes ont repéré une erreur de ce genre récemment dans le cas d’une femme dont l’âge rapporté au décès était de 110 ans alors qu’il s’agissait d’une fillette de 10 ans! Dans d’autres situations, la date de la mort ne figure pas dans les registres, ce qui fait que des gens décédés sont virtuellement toujours vivants. Les travaux des démographes ont ainsi amené les organismes de statistique à se montrer plus vigilants dans la vérification des âges au décès des très vieilles personnes. L’accès limité aux données démographiques représente un autre problème. Au Québec comme ail-leurs, les lois interdisent de livrer, même aux chercheurs, tout renseignement nominal sur une personne vivante, ce qui rend impossible la recherche sur l’ascendance génétique. Quelques cas mythiques Le travail réalisé au cours des dernières années un peu partout sur la planète a tout de même permis de renverser quelques croyances sur certains endroits quasi mythiques peuplés de supercentenaires. Par exemple, dans la région d’Okinawa, au Japon, il y aurait 427 centenaires sur 100 000 habitants, en comparaison de 14 au Canada. Les démographes sont toutefois plus que sceptiques quant à cette statistique. «La région d’Okinawa a été détruite à 80 % pendant la Seconde Guerre mondiale et les registres actuels ont presque tous été recopiés. Il y a un risque important d’erreur et de surestimation des centenaires», indique le professeur Bourbeau. La Sardaigne constitue un autre cas qui a intéressé les chercheurs puisque, contrairement à ce qui est observé ailleurs dans le monde, les centenaires de cette ile d’Italie sont principalement des hommes. Alors que nous comptons au Canada un seul homme pour cinq à sept femmes centenaires, le rapport en Sardaigne serait de trois hommes pour une femme. «Les recherches ont montré que le taux de mortalité des hommes est identique à celui d’autres pays mais qu’il y a une surmortalité des femmes, fait remarquer Jean-Marie Robine. C’est donc cette surmortalité qui est l’exception.» Selon le démographe, cela pourrait être dû à la culture italienne, qui accorde plus d’importance à l’homme, ce qui lui confère plus de protection tout au long de sa vie. ![]() Robert Bourbeau et Jean-Marie Robine Les chercheurs ont également rétabli les faits entourant certains villages de l’Équateur, de la Géorgie ou de l’Iran qui avaient la réputation d’abriter un nombre surélevé de centenaires. «Ce genre de phénomène se répète en Chine, en Inde ou au Japon parce que ce sont des nouvelles qui font sensation auprès de l’opinion publique. Mais elles ne se confirment jamais», déclare Robert Bourbeau. La cause est souvent liée à l’exode des jeunes; en déterminant de nouveau le taux de centenaires à partir de la population qui y résidait 40 ans auparavant, tout redevient normal. Sociétés maternantes Il reste que ce sont la France, la Suisse, le Japon, l’Espagne et l’Italie, suivis de près par le Canada, qui affichent les proportions les plus fortes de centenaires, alors que le nombre d’hommes et de femmes âgés de 100 ans et plus dans les pays scandinaves semble en déclin. Le professeur Robine a son hypothèse. «L’Europe du Sud et le Japon sont des sociétés maternantes qui acceptent la dépendance des ainés, contrairement aux pays du Nord, qui favorisent l’autonomie, mentionne-t-il. En Italie, les centenaires vivent soit chez eux avec leurs enfants adultes, soit chez leurs enfants. Dans les pays scandinaves, les centenaires vivent dans des résidences pour personnes âgées.» Ce mode de vie pourrait expliquer la différence. Au Québec, de deux à trois pour cent des enfants d’aujourd’hui pourraient devenir centenaires si les conditions de vie demeuraient comparables à celles qui prévalent actuellement. En collaboration avec la doctorante Mélissa Beaudry-Godin et le professeur Bertrand Desjardins, Robert Bourbeau a cherché à savoir si une différence était observable parmi les Québécois d’origine française ou britannique; les données démographiques ont révélé que les taux de mortalité chez les centenaires sont équivalents dans les deux groupes. La Québécoise la plus âgée présentement serait Judith Pinard, une religieuse qui a fêté ses 110 ans en juillet dernier et qui figure au 78e rang sur la liste des supercentenaires dont l’âge a pu être attesté.
Daniel Baril |
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