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| Crise financière: Ottawa devra se réveiller |
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| 14 octobre 2008 | |
Le Canada n'échappera pas à la crise financière qui secoue les États-Unis.Sitôt élu, le nouveau gouvernement canadien devra rapidement instaurer certaines mesures pour accroitre la confiance des consommateurs. Car, qu’on le veuille ou non, le Canada n’échappera pas à la crise financière qui secoue les États-Unis. Tel est le constat qu’a formulé Rodrigue Tremblay, professeur émérite du Département de sciences économiques, dans une entrevue à Forum. En tout premier lieu, Ottawa devrait augmenter la couverture des dépôts bancaires et la faire passer de 100 000 $ à 250 000 $ pour éviter une ruée vers les banques. En garantissant ainsi les prêts jusqu’à hauteur de un quart de million, le gouvernement rassurerait les investisseurs. Il suivrait ainsi l’exemple non seulement des États-Unis mais aussi de l’Irlande, du Danemark, de l’Allemagne et de la Grèce, sans parler du Royaume-Uni, qui a adopté un plan extrêmement musclé. M. Tremblay possède un blogue sur la crise financière qui est traduit en huit langues et qui lui apporte, chaque matin, quelque 100 courriels d’un peu partout dans le monde. Ces échanges lui offrent une variété de points de vue qu’il apprécie. ![]() Les épargnes sont fragilisées. L’économiste note que la crise actuelle n’est pas sans lien avec celle de 1931, qui éclata lorsqu’une banque autrichienne appartenant à la famille Rothschild fit faillite. L’effet se fit rapidement sentir à Londres, alors centre financier du monde. La récession prit rapidement un caractère international et… dura 10 ans. Malgré les propos rassurants de plusieurs politiciens, M. Tremblay ne croit pas que le Canada sortira indemne de ce qui se passe au sud de la frontière, notamment pour ce qui est du Québec et de l’Ontario, qui comptent sur les exportations pour réguler leur économie et dont le secteur industriel a déjà passablement souffert de la montée récente du dollar canadien. Aux yeux de l’expert, le plan d’aide au secteur manufacturier et à l’industrie aérospatiale, annoncé la semaine dernière par le premier ministre Stephen Harper, constitue un pas dans la bonne direction, mais est nettement insuffisant. Cela dit, l’économiste fait remarquer que la situation financière du pays est avantagée par un système bancaire plus centralisé en quelque sorte. Le Canada est donc moins vulnérable aux secousses d’une province ou d’une région puisque le siège social d’une banque dont une succursale serait en difficulté peut aider cette dernière. La situation est tout autre aux États-Unis, qui comptent plus de 12 000 banques. Elles sont par conséquent tributaires de la conjoncture économique de leur territoire et plus sensibles aux soubresauts. Washington, indique M. Tremblay, a longtemps refusé d’apprécier l’ampleur de la crise et a finalement été contraint d’adopter un plan de sauvetage dans un contexte de panique. Les effets de ce plan de 700 G$ US, visant à renflouer les banques en faillite, ne se feront pas sentir avant quelques mois, estime le professeur, car «on n’injecte pas une telle somme du jour au lendemain». «Les Américains ont accepté ce plan dans l’affolement, croyant jusqu’au dernier moment que la crise finirait par passer. Mais non. Et ça ne fait que commencer aux États-Unis.» Selon le professeur, la prochaine administration américaine n’aura d’autre choix que de règlementer le système bancaire, qui jouissait d’une liberté totale. M. Tremblay évoque les années 30 en expliquant que c’est pour éviter une réédition de la crise qu’ils venaient de traverser que les États-Unis avaient imposé une règlementation serrée des banques. «Ils ont trop dérèglementé.» Cette absence de règles a poussé les établissements bancaires à prendre des risques indus, faisant fi du nécessaire équilibre entre leurs réserves et les prêts à risque. «On a construit une pyramide de prêts à risque. Mais aujourd’hui, dans un grand mouvement de balancier, les banques ne veulent plus prêter et, ça aussi, ça va faire mal.» M. Tremblay rappelle que les banques canadiennes avaient voulu, il y a quelques années, obtenir une dérèglementation de leurs opérations de crédit. Les députés conservateurs de Stephen Harper appuyaient la suggestion, mais le gouvernement l’avait rejetée. «Nous pouvons nous estimer chanceux», laisse tomber M. Tremblay. Car aujourd’hui, si les pertes des banques canadiennes sont moins importantes que celles des banques américaines et européennes, c’est en grande partie en raison de cette règlementation. Cela dit, tous ceux qui aiment croire que le Canada est à l’abri d’un choc majeur feraient mieux de se raviser. M. Tremblay fait remarquer que 85 % de nos exportations prennent le chemin des États-Unis. Même l’Alberta, qui semble vivre dans une bulle, bien assise sur son pétrole, n’est pas à couvert du mauvais vent qui sévit, car une baisse du prix du pétrole est plausible. «Le vent souffle aux États-Unis, il souffle en Europe, il pourrait souffler ici. «Aux États-Unis, des gens perdent leur emploi, d’autres voient leur fonds de pension rétrécir. Alors cette crise touchera tout le monde. Et nous sommes dans le bateau.»
Paule des Rivières |
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