| Les chasseurs-cueilleurs à l’ère d’Internet |
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| 06 octobre 2008 | |
Les hommes et les femmes naviguent sur Internet comme au temps des mammouths![]() Il préfère les figures ou les objets animés et a un petit faible pour les effets de clignotement. Elle aime les menus déroulants et se dirige spontanément vers les sites aux couleurs chatoyantes. (Photo: iStockphoto) La théorie de la sélection naturelle de Darwin, qui a permis de comprendre l’évolution des espèces, peut-elle nous être utile pour saisir le comportement des internautes? C’est la question en apparence saugrenue sur laquelle se sont penchés Philippe Stenstrom, doctorant au Département de psychologie de l’UdeM, et son frère Éric, étudiant au doctorat en markéting à l’Université Concordia. Selon la perspective darwinienne appliquée aux communications électroniques, les habiletés que nous employons pour naviguer sur Internet ont été retenues, au cours de l’évolution humaine ancestrale, pour leur adéquation à la communication en face à face et pour permettre l’accomplissement des tâches essentielles à la survie comme la quête de nourriture. «Il faut se rappeler que notre cerveau a évolué en vue d’un usage social et que c’est ce même cerveau que nous utilisons aujourd’hui», souligne Philippe Stenstrom. Sans surprise, les recherches dans le domaine montrent que plus l’environnement de communication électronique se rapproche de la communication sociale (synchronicité, interaction, visages, voix, etc.), moins le message est ambigu. D’autres études indiquent que les internautes naviguent de la même façon que le chasseur ou le cueilleur des sociétés archaïques qui sillonnait un territoire à l’affut de divers indices liés à ce qui était recherché. La sélection sexuelle Avec le professeur Gad Saad (Université Concordia), les deux chercheurs ont voulu combler une lacune de ces travaux, qui ignorent l’un des deux volets essentiels de la théorie de l’évolution: la sélection sexuelle. «Les différences entre les hommes et les femmes, associées aux fonctions de reproduction, influent fortement sur nos perceptions de l’environnement, sur notre façon de communiquer et même sur notre manière de nous déplacer», signale Philippe Stenstrom. Si tel est le cas, on devrait donc observer des différences dans les attitudes et les stratégies auxquelles les hommes et les femmes ont recours quand ils naviguent sur le Web. Dans un premier temps, les chercheurs ont parcouru la littérature sur les principales différences cognitives attestées entre les hommes et les femmes: sens de l’orientation, type d’indices recherchés pour s’orienter, mémoire des lieux et des objets, rotation mentale de figures dans l’espace, habiletés langagières, perception des couleurs, des formes et du mouvement. Selon la théorie de la sélection sexuelle, les différences intersexes dans ces fonctions révèleraient des habiletés en lien avec des tâches précises de chasseur et de cueilleuse. Les femmes font davantage usage de repères visuels dans leurs déplacements et portent plus d’attention aux couleurs et aux formes, ce qui constitue des atouts pour la cueillette. Les hommes, qui avaient à franchir de plus grandes distances pour la chasse, recourent quant à eux à leur «boussole interne» pour s’orienter et guettent les objets en mouvement. ![]() Philippe et Éric Senstrom Selon l’équipe de chercheurs, ces fonctions peuvent expliquer les différences intersexes observées plus ou moins fortuitement dans des travaux sur l’usage d’Internet. Les femmes, par exemple, préfèrent plus que les hommes les menus déroulants ou détaillés (qui constituent des repères visuels) plutôt que les ouvertures successives de pages (qui nécessitent une projection mentale). Elles sont également plus attirées que les hommes par des sites aux couleurs chatoyantes alors que les hommes ont un plus grand intérêt pour les figures ou objets animés et les effets de clignotement. «Dans Internet, les hommes ont donc tendance à se servir de leur boussole interne tandis que les femmes privilégient les objets de l’environnement», souligne Éric Stenstrom. L’épreuve du test Les deux doctorants ne se sont pas arrêtés à ces considérations théoriques. Ils ont aussi voulu formuler et vérifier leurs propres hypothèses. À cette fin, ils ont conçu un test consistant à retrouver un volume dans deux sites bibliographiques, l’un affichant un menu détaillé et l’autre ne présentant que des liens thématiques vers cinq niveaux de pages. Selon leurs hypothèses, les femmes retrouveraient le volume plus rapidement avec le menu détaillé et les hommes allaient être plus performants sur le site de pages successives. Les femmes se sentiraient en outre davantage désorientées dans le second site que dans le premier. Les résultats, publiés dans l’édition de juin dernier du magazine IEEE Transactions on Professional Communication, confirment l’hypothèse principale: les hommes ont été deux fois plus rapides que les femmes à s’orienter dans les pages multiples; ils ont repéré l’ouvrage en 3,5 minutes contre 7,5 pour les femmes. Il n’y a toutefois pas eu de différence pour le menu détaillé, où les répondants des deux sexes ont réussi la tâche dans un temps moyen de 8 minutes. Et les femmes n’ont pas été plus désorientées que les hommes en naviguant sur le site à pages multiples. Malgré ces résultats mitigés, Éric et Philippe Stenstrom se disent satisfaits de cette première expérience. «Même si la tâche présentée était très simple, nous avons montré pour la première fois que les hommes sont plus rapides dans un type particulier d’environnement Internet, affirme Philippe Stenstrom. Ce résultat est cohérent avec le fait que les hommes se servent de leur boussole interne davantage que les femmes. Encore aujourd’hui, notre passé ancestral influe sur la manière dont nous naviguons sur Internet.» Selon les deux chercheurs, la simplicité de la tâche à exécuter pourrait expliquer pourquoi il n’y a pas eu de différences intersexes quant au sentiment de désorientation. Ils envisagent de poursuivre ces travaux avec des tâches plus complexes. Reste toutefois une question centrale à élucider: qu’en est-il de la différence intersexe dans la quête de partenaires sur Internet? Daniel Baril |
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