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Smokings et exotisme Version imprimable Suggérer par courriel
15 septembre 2008

La deuxième saison de l’ensemble à percussion Sixtrum s’amorce avec un concert exotique

Sixtrum
Les membres de Sixtrum : João Catalão, Kristie Ibrahim, Julien Grégoire, Robert Leroux, Michel G. Barrette (metteur en scène) et Fabrice Marandola. Le sixième membre de l’ensemble, Philip Hornsey, est absent de la photo.

L’atelier de répétition du sixième étage de la Faculté de musique de l’UdeM a l’air d’un capharnaüm. Des centaines d’instruments exotiques gisent pêlemêle sur des tables ou par terre. Au milieu de ce joli fouillis, six percussionnistes battent la mesure dans un bruyant tintamarre légèrement cacophonique sous l’œil bienveillant de Michel G. Barrette, metteur en scène et artiste pluridisciplinaire. Soudain l’un des musiciens se lève pour pousser des cris dans une langue inventée. On est à mille lieues de l’ambiance plutôt cérémonieuse des concerts de musique occidentale où le sérieux et le respect de l’écoute sont de mise.

Exotica, le spectacle que présentera l’ensemble à percussion Sixtrum le 19 septembre, vise justement à déstabiliser, surprendre, semer le doute. «On choisit des instruments dont on ne sait pas jouer, de préférence, et dont on ne saura pas davantage jouer à la fin du concert», lance avec le plus grand sérieux Robert Leroux, professeur à la Faculté de musique et cofondateur du sextet.

Interprétée par des percussionnistes en smoking jouant d’instruments des plus exotiques tels que le cuica, le sitar ou encore la trompe haïtienne, la pièce du compositeur argentin Mauricio Kagel est tirée d’un folklore à la fois fantaisiste et imaginaire qui oppose sans cesse la manière «occidentale» de faire les choses à celle plus traditionnelle de pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. «C’est une critique d’une suprématie, d’un regard de haut du musicien occidental savant qui pense tout connaitre sur des musiques populaires qui souvent sont enseignées de façon orale, note M. Leroux. On mélange le genre et la provenance allègrement sans réaliser que, pour certains, c’est un sacrilège et que, pour d’autres, ça peut être heureux.»

Faire revivre les percussions

Ce genre d’œuvre s’inscrit justement dans la proposition de départ de Sixtrum, fondé l’an dernier, devant le constat que la percussion au sens strict, plus contemporaine, était tombée en désuétude. «On remarquait qu’elle avait perdu son pouvoir d’attraction au Québec au profit de la musique du monde. Aujourd’hui, quand on évoque la percussion, les gens s’imaginent des tambours sur lesquels on tape avec les mains, fait observer cet ancien doyen de la Faculté de l’éducation permanente. On a voulu créer des rencontres qui sortaient des sentiers battus et de tout ce qui, finalement, ne constituait pas une proposition artistique forte. Il y a toujours ce danger de se poser en virtuose d’un instrument, de devenir des athlètes, des chevaux de course qui ne font que jouer très vite. On s’est dit: “Pourquoi ne pas continuer d’utiliser le potentiel novateur de l’instrument des percussionnistes pour proposer des approches et des gestes différents?”»

Comment le public réagira-t-il à cinq hommes et une femme en tenue de soirée jouant des instruments de la collection du Laboratoire de recherche sur les musiques du monde? Impossible à prédire, croit Robert Leroux. «On veut faire en sorte que le public doute. “Sont-ils sérieux ou pas? Tournent-ils ça en dérision ou c’est nous qui sommes tournés en dérision? Ou les deux?”» dit-il. Et créer cet effet chez le public n’est pas chose facile. «Il faut apprendre à s’écouter pour être le plus imprécis possible», indique pour sa part Fabrice Marandola, un des membres du sextet. La pièce de Mauricio Kagel est écrite aux deux tiers à «l’occidentale», c’est-à-dire comme le sont les partitions des percussionnistes. À cela s’ajoutent quelques notes indiquant de bien imiter le rythme mais en jouant mal le timbre par exemple. «Il faut ne pas faire de bloc monochrome. Quand Kagel signale qu’on peut imiter le style japonais avec un instrument africain, c’est facile à faire pour nous, mais est-ce que c’est ce que comprend le public? Ne va-t-il pas plutôt penser qu’on est dans l’erreur?» interroge Robert Leroux.

Outre ce concert exotique, le sextet a d’autres activités à son menu cette année, notamment une journée de la percussion organisée par la Faculté et une série de concerts en France. Question de continuer à en mettre plein la vue, mais surtout de sensibiliser le jeune public à cet art apparemment oublié, à tout le moins chez nous, qu’est la percussion contemporaine.

Lisa-Marie Gervais

Exotica, de Mauricio Kagel, est présenté le 19 septembre à 20 h à la salle Claude-Champagne.

 

Voir le clip «Exotique Sixtrum»

musique.umontreal.ca

sixtrum.com

 

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