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| Membre fantôme, mais douleurs bien réelles |
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| 26 mai 2008 | |
Une recherche clinique expérimentera une nouvelle approche pour soulager les douleurs des membres fantômes![]() Activation cérébrale découlant de stimulus thermiques douloureux telle que montrée par l’IRM. En observant cette activation, le patient peut apprendre à atténuer la douleur. Il peut paraitre étonnant qu’un membre absent fasse mal. C’est pourtant la réalité que vivent plus de 90 % de ceux qui ont subi une amputation. Ces personnes ont non seulement l’impression d’avoir encore leur membre, mais elles ressentent des douleurs bien réelles dans le «membre fantôme» parfois pendant plusieurs années après l’opération. «C’est un phénomène très mal connu, affirme Emma Duerden. Ces douleurs peuvent être chroniques ou disparaitre après un certain temps. Les médicaments et les thérapies réussissent quelquefois mais pas toujours à les soulager sans que l’on connaisse les causes de ces variations.» Emma Duerden, doctorante au Département de physiologie, amorce la première recherche canadienne qui recourra à l’IRM fonctionnelle pour à la fois étudier l’activation cérébrale en lien avec les douleurs fantômes et expérimenter un traitement de type neurofeedback basé sur l’observation de cette activation à l’écran. Une carte mentale du corps Si le phénomène du membre fantôme est plus fréquent dans les cas d’amputation d’une main ou d’un pied, «il peut cependant accompagner l’amputation de n’importe quelle partie du corps, que ce soit un bras, une jambe, un doigt ou une oreille», précise la chercheuse. La littérature parle même de sensation ou de douleurs fantômes dans les cas d’ablation du sein ou du pénis, de même que pour les organes internes. Chez certaines personnes, la sensation de la présence du membre est tellement réelle qu’elles continuent de vouloir prendre appui sur le membre inexistant. Celui-ci peut également prendre la position qu’adopte l’individu; un unijambiste qui s’assoit, par exemple, aura l’impression que sa jambe est fléchie au genou. ![]() Emma Duerden La fréquence du phénomène augmente avec l’âge du patient. Chez les enfants de deux ans, seulement 20 % en présentent les symptômes, mais le taux monte à 100 % à partir de huit ans. La sensation et les douleurs semblent plus vives chez les gens qui ont perdu un membre dans un accident que chez ceux qui on subi une amputation à la suite d’une maladie, comme si le cerveau n’avait pas eu le temps de s’adapter chez les traumatisés. «Certains enfants nés avec un membre manquant disent aussi ressentir la présence de ce membre. Tout cela montre que nous avons une représentation du corps dans le cerveau et que cette représentation est programmée génétiquement. Elle persiste en tant que mémoire sensorielle même si un membre est amputé. Mais cette carte du corps est alors perturbée et la réorganisation des circuits neuronaux concernés causerait les sensations de douleur», indique Emma Duerden. La sensation de la présence du membre et les sensations de douleur seraient liées à des processus différents. La carte cérébrale du corps peut expliquer l’impression du membre fantôme; cette image mentale aurait une certaine flexibilité et se consoliderait avec le développement de l’enfant. La même flexibilité expliquerait que chez la plupart des patients le membre fantôme finisse par disparaitre. Une partie des travaux d’Emma Duerden et de son directeur, Gary Duncan, professeur à la Faculté de médecine dentaire, permettra d’en apprendre davantage sur cette représentation neurologique. «Nous savons que la zone rattachée à la main est associée à celle du visage. Lorsque nous touchons la joue de quelqu’un qui a eu la main amputée, la personne a l’impression qu’on lui touche la main», rapporte la chercheuse. Comme la zone cérébrale de la main ne reçoit plus d’information, elle finit par se joindre à celle du visage. Une telle évolution devrait être observable par l’IRM. L’intensité de la douleur est quant à elle liée à la gravité des douleurs préopératoires, au stress et à la dépression, ce qui indique que la mémoire sensorielle est en jeu de même que l’état psychologique du patient. Des explications physiologiques mettent également en cause un état de crampe musculaire permanent: le cerveau reçoit un message de contraction alors que le relâchement musculaire est impossible. Neurofeedback Selon Emma Duerden, un entrainement axé sur la représentation corporelle à l’aide de stimulus sensoriels permet de rétablir cette carte mentale dans sa forme originelle et de réduire les douleurs fantômes. Un tel effet peut être augmenté par la visualisation de l’activation neuronale provoquée par ces stimulus ou par les douleurs fantômes. «En voyant à l’écran ce qui se passe dans son cerveau, le patient peut arriver à calmer la douleur», déclare-t-elle. La chercheuse teste présentement un protocole basé sur cette approche de type neurofeedback à l’aide de l’appareil de résonance magnétique fonctionnelle du Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal. Cet appareil de haute résolution est équipé d’un logiciel permettant aux patients d’observer en temps réel ce qui se passe dans leur cerveau lorsqu’ils accomplissent diverses tâches ou sont soumis à des stimulus comme la chaleur ou le froid. L’expérience se poursuivra dans d’autres centres de recherche avec une quarantaine de sujets. Emma Duerden espère ainsi pouvoir élaborer une nouvelle approche thérapeutique non effractive visant à soulager les douleurs fantômes. «C’est la première fois qu’une telle technologie sera utilisée à cette fin et l’approche pourrait également être employée pour traiter d’autres douleurs chroniques comme les douleurs lombaires», estime-t-elle. Daniel Baril |
C’est avec beaucoup de fierté que l’Université met en ligne ses premières vidéos. La parole est ainsi donnée aux acteurs de la communauté !
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