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Trois Chinois en science politique Version imprimable Suggérer par courriel
28 avril 2008

Grâce à Luc Duhamel, des étudiants chinois font un stage à l’UdeM

Yu Feng était préparé. Il s’attendait à un barrage de questions sur le Tibet. Mais, ô étonnement! rien. L’étudiant chinois n’allait certainement pas s’en plaindre: il avait tellement à dire, au cours de cet exposé livré à la mi-avril devant 50 étudiants en science politique.

«Il y a beaucoup d’incompréhension sur notre idéologie, qui est différente de celle du Canada. Nous sommes communistes. Mais nous ne sommes pas des monstres. Nous aimons les sports, la musique, nos amis. Comme vous.»

Et puis, de toute manière, a ajouté son collègue Yang Danhua, «dans la Chine d’aujourd’hui, l’idéologie politique n’est plus très importante. L’idéologie dominante, c’est l’économie.»

3 Chinois
Yang Danhua, Lu Haiyan et Yu Feng croient que leurs recherches ici pourront être utiles à la Chine.

Lu Haiyan, Yu Feng et Yang Danhua sont arrivés à Montréal en décembre dernier pour poursuivre leurs études de doctorat. C’est grâce au professeur Luc Duhamel, qui a enseigné à l’Université de Wuhan en 2006 et en 2007, où sont inscrits les trois jeunes gens, que ces derniers ont pu venir à l’UdeM. Ils ont bénéficié d’une bourse de 15 000 $ de leur gouvernement, qui a mis sur pied l’an dernier un important programme de soutien visant à encourager les études et les stages à l’étranger.

L’Université de Wuhan, située dans le centre-sud du pays, dans une ville de sept millions d’habitants, est depuis longtemps une des plus libérales de Chine, de sorte que les trois jeunes Chinois sont habitués à la liberté d’expression en vigueur sur le campus. «Même dans les années 80, la liberté était une valeur dans cette université. Et, si tu n’aimes pas ton programme, tu peux changer de majeure», souligne Lu Haiyan qui, avec son t-shirt marqué Paris, ses cheveux longs et son expression espiègle, ne fait certainement pas ses 29 ans et est inscrite comme ses deux compagnons à l’École d’administration publique et de politologie de l’Université de Wuhan. Les trois étudiants partagent actuellement un appartement à Verdun, dans un quartier où plusieurs résidants sont d’origine asiatique. D’ailleurs, tous trois sont impressionnés par le caractère multiculturel de Montréal et l’apparente harmonie dans laquelle vivent les différentes communautés.

Les étudiants apprécient notamment de pouvoir s’asseoir à la bibliothèque.

«Chaque fois que j’y vais, il y a de la place. Chez nous, les bibliothèques sont toujours pleines à craquer», indique Lu Haiyan. Mais peut-être avons-nous plus d’étudiants.»

«Il est possible que les étudiants chinois subissent une pression plus grande», suggère Yang Danhua. Effectivement, si le gouvernement chinois a construit plusieurs universités au cours des dernières années, il reste que le nombre de Chinois désireux de faire des études postsecondaires dépasse largement les capacités d’accueil des établissements d’enseignement supérieur. Et après les études, s’il est relativement aisé de trouver un travail, rien ne garantit que ce sera une bonne place, dit Lu Haiyan. «Il n’est pas difficile d’obtenir un emploi après l’université, mais un bon travail, ça c’est plus difficile.» À moins d’aller étudier à l’étranger…

Selon les trois étudiants, le chemin vers l’obtention d’un poste de professeur en Chine passe par des études à l’extérieur du pays, «de préférence dans une université américaine prestigieuse».

Dans le milieu universitaire chinois, ceux qui s’exilent ainsi temporairement sont qualifiés de tortues. En effet, dans la langue chinoise, la prononciation des mots «retour», «océan» et «tortue» se ressemble. Le phénomène entourant désormais la mobilité des étudiants est d’une telle ampleur qu’il a un nom.

Nos trois étudiants, qui passeront un an ici, sont-ils des tortues? «De petites tortues.»

N’empêche. Ils parlent tous trois un anglais plus que convenable et, bien qu’ils aient livré leurs exposés en anglais, ils se sont quelque peu familiarisés avec le français. Mais, ce qui revient le plus souvent dans leur conversation, c’est leur espoir que les recherches qu’ils entreprennent à Montréal pourront profiter à leur pays.

Lu Haiyan étudie les mouvements sociaux des années 60 en se demandant de quelle façon les citoyens et des groupes représentant divers intérêts pourraient faciliter la participation des gens à la vie politique.

Yu Feng étudie pour sa part les accords de libre-échange entre le Mexique, les États-Unis et le Canada tout en jetant un coup d’œil sur la Communauté européenne.

«Plusieurs pays d’Asie pourraient souhaiter une forme d’intégration économique et, dans ce contexte, il est éclairant d’examiner les accords qui existent ailleurs», croit l’étudiant.

Pour sa part, Yang Danhua étudie la modernisation de l’État. Encore là, il ne doute pas un instant que ses recherches pourront être utiles dans le contexte des transformations de l’État chinois, qui sont bien loin d’être terminées.

Et le Tibet? «Les actualités ici sont déformées.»

Paule des Rivières

 

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