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14 avril 2008

Les Van Gijseghem, deux Indiana Jones des temps modernes

Van Gijseghem
Pour des raisons différentes et à l’issue de parcours presque opposés, Hendrik et Hubert Van Gijseghem ont tous deux une fascination pour l’archéologie.

Physiquement, ils se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Le père et le fils Van Gijseghem, chercheurs à l’UdeM, ont aussi un gout commun pour l’archéologie. Mais là s’arrêtent les similitudes. «Nous sommes plutôt différents», affirme Hendrik, 34 ans. « C’est vrai, reconnait Hubert, son père. Je suis un obsessif-compulsif et, lui, pas du tout.»

Même les motivations à l’origine de leur fascination pour l’archéologie diffèrent. «Mon intérêt est davantage centré sur l’objet, alors que celui d’Hendrik est plus axé sur l’humain», fait observer Hubert Van Gijseghem, professeur retraité depuis 2006 de l’École de psychoéducation et collectionneur invétéré. Un «chercheur de trésors», selon sa propre expression, dont la quête le laisse perpétuellement sur sa faim. «Cette recherche de “vieilleries” est excitante mais toujours inassouvie; ce qui me condamne à être insatisfait, confie le psychologue d’origine flamande. Lorsque je trouve un objet et que je l’investis, immédiatement je veux constituer une série. Ça n’arrête jamais…»

Pour l’auteur d’une centaine d’articles scientifiques publiés avec jury et de plusieurs ouvrages en psychologie, la quête est vitale. Dans son premier livre, La quête de l’objet: pour une psychologie du chercheur de trésors, il explique ce besoin essentiel pour l’être humain: «L’objet-trésor sauvegarde le sentiment d’exister […] Il protège du non-être inexorablement lié à la solitude.» En tout cas, à la maison de Somerville (Ahuntsic-Cartierville), une demeure datant de 1910 où Hendrik et sa sœur, Rosalie, ont grandi, «ça ressemble à un vrai musée!» indique Hubert Van Gijseghem en riant.

Parmi les éclectiques collections de cet éminent professeur (il a travaillé à l’Université pendant plus de 37 ans) et expert psycholégal en matière de sévices sexuels figurent celles-ci: des milliers de livres de sciences humaines du 19e siècle, des tableaux, des amulettes, des bénitiers, des pipes, de vieux outils dont des haches québécoises qui datent de l’arrivée des premiers colons et des artéfacts précolombiens des peuples maya, mistèque et zapotèque, glanés au cours de voyages au Mexique et au Guatemala.

«Ce qui est somme toute illégal et moralement répréhensible», mentionne Hendrik, mi-blagueur, mi-sérieux. Archéologue et chercheur invité au Département d’anthropologie, il ne veut pas entendre parler des collections de son père, au grand regret de celui-ci, qui aurait bien aimé les lui laisser en héritage. «Sur le plan déontologique, j’ai un problème éthique avec ces objets, dit Hendrik. Le pillage d’artéfacts est nourri par la demande des collectionneurs privés.»

Un peu à l’image des héros des films d’aventures créés par George Lucas et Steven Spielberg, leur relation père-fils est parfois tendue. Ça fuse, ça crépite, ça pétarade dès que les Van Gijseghem sont face à face. Leur humour dévastateur, parfois un peu cynique, témoigne d’un rapport affectif puissant, évidemment empreint d’admiration, et révèle, comme Hendrik l’admet, leur petit côté «buté».

Malgré la passion de son père pour l’archéologie – lequel confiait en 1990 à la revue Les diplômés avoir «toujours rêvé d’être archéologue» –, rien ne disposait le fils à embrasser ce métier ni même à devenir chercheur universitaire. «Je suis arrivé dans ce domaine sur le tard, raconte l’archéologue. On ne m’a jamais poussé dans cette direction. D’ailleurs, je n’étais pas très bon élève au secondaire et au cégep.» Au grand dam de ses parents, qui s’inquiétaient beaucoup pour son avenir. «Énormément!» commente Hubert Van Gijseghem.

Mais, en 1992, motivé par un cours d’anthropologie qu’il avait suivi au cégep, Hendrik s’inscrit au baccalauréat dans cette discipline à l’Université de Montréal. «Plus attiré par l’ethnographie, je repoussais toujours les cours obligatoires d’archéologie, relate-t-il. Pour avoir mon diplôme, je n’ai toutefois pas eu le choix que de les faire.» Révélation. «Tout d’un coup, j’ai compris la pertinence de l’archéologie.»

Après avoir achevé une maitrise au Département d’anthropologie sous la direction de Claude Chapdelaine et un doctorat sur les changements sociaux liés à la migration à l’Université de Californie, à Santa Barbara, le jeune Van Gijseghem revient en 2004 à son alma mater pour y faire un postdoctorat. Son projet d’études, intitulé «La migration humaine en milieu de frontière: perspectives anthropologiques sur l’action, l’identité et le changement social», lui a valu une importante bourse du Fonds de la recherche en santé du Québec. «Depuis mon doctorat, mes recherches portent principalement sur l’archéologie de la migration, la culture paracas et la genèse de la société nasca, une communauté qui habitait un endroit particulier situé sur la côte sud péruvienne», souligne le chercheur.

Outre les nombreuses conférences en Amérique du Nord et en Europe qu’il a données sur le sujet, Hendrik Van Gijseghem a, depuis 1995, effectué plusieurs fouilles sur le terrain, notamment au Pérou, où il a dirigé des projets de recherche dans plusieurs régions de la côte et des hautes vallées andines. À quelques reprises, son père l’a accompagné au cours de ses voyages. «Trouver quelque chose ne l’excite pas comme moi», remarque Hubert Van Gijseghem. «Tout à fait normal, renchérit Hendrik. Je suis arrivé à l’archéologie par l’étude des sociétés. C’est davantage le phénomène social humain par lequel passe l’étude des vestiges que la recherche des objets comme telle qui m’interpelle.»

Autre objet de différence entre ces deux Indiana Jones des temps modernes: le plaisir de bucher du bois. Une activité qui procure une grande satisfaction au père. Ce dernier s’y adonne d’ailleurs toutes les fois qu’il se rend à sa seconde résidence, une ferme en Mauricie, région natale de sa conjointe. «Un jour, alors que j’avais une douzaine d’années, mon père m’a demandé de l’accompagner en forêt pour aller couper du bois. J’ai accepté en pensant qu’on allait revenir au bout d’une heure ou deux. Erreur. On est rentrés seulement pour le souper! J’étais complètement épuisé.»

À l’évocation de cette anecdote, le psychologue sourit. «C’est le côté négatif de ma nature obsessive», concède-t-il avec espièglerie. Alors, les gènes ne sont pas responsables de tout? «Je ne sais pas, répond Hendrik. Même si je n’ai pas hérité de cette facette de sa personnalité, je me fais parfois reprocher de lui ressembler. – Par sa mère, bien sûr!» précise en riant son père.

Dominique Nancy

 

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