![]()
| Les hommes de 50 ans sont presque aussi fertiles que ceux de 25 ans |
|
|
| 14 avril 2008 | |
Les registres démographiques ont permis de répondre à une question laissée en plan par la biologie de la reproduction![]() Les pères âgés ne sont pas un phénomène récent, bien au contraire Si la diminution de la fertilité due à l’âge est assez bien connue chez la femme, la situation est par contre très peu documentée chez l’homme. Alors qu’on rapporte des cas de paternité chez les octogénaires (dont Antony Queen et le père de Julio Iglesias), le pouvoir fécondant de l’homme semblerait diminuer dès 40 ans. Pour établir le caractère progressif de cette baisse, il fallait éliminer l’effet de la contraception et celui du déclin de la fertilité chez la femme. Pour contourner ces difficultés, Frédéric Payeur, étudiant à la maitrise au Département de démographie, a eu la brillante idée de recourir au fichier du Programme de recherche en démographie historique, qui contient toutes les données de la généalogie canadienne-française depuis 1621. Il a ainsi pu observer de façon très précise le taux de reproduction au 17e et au 18e siècle et même isoler un échantillon composé de couples dont l’homme était âgé de plus de 40 ans et la femme de moins de 30 ans. Un échantillon unique S’il est relativement facile de mesurer la fertilité de la semence d’un individu, il en va autrement pour établir le taux effectif de reproduction masculine en fonction de l’âge. «La fertilité est plus que le pouvoir fécondant et désigne la capacité biologique de procréer», précise le chercheur. Ce qui implique, outre la qualité des spermatozoïdes, une sexualité fonctionnelle. Certaines études basées sur la reproduction in vitro n’ont montré aucune différence de succès reproducteur des hommes en fonction de l’âge, mais ces travaux ne donnent pas une image fiable de la fécondité naturelle puisque la méthode contourne les problèmes de fertilité en allant porter le spermatozoïde directement dans l’ovule. La capacité de procréer est par ailleurs difficile à évaluer chez les hommes de 50 ans parce que la fertilité de leur compagne du même âge cesse à la ménopause. ![]() Frédéric Payeur Le recours aux données démographiques des siècles passés permet d’éviter ces problèmes. «Le remariage des veufs était systématique même après 50 ans et avec des femmes plus jeunes, souligne Frédéric Payeur. De plus, les gens étaient très vertueux à l’époque et personne n’avait intérêt à empêcher la famille parce qu’il y avait des terres à cultiver.» Les données analysées, allant de 1640 à 1775, font état de plus de 29 000 unions dont la fécondité a pu être observée sur une période de cinq ans, ce qui représente 449 400 années d’observation! Dans près de 1350 de ces unions, il s’agissait de couples où l’homme était âgé de plus de 40 ans et la femme de moins de 30. Le chercheur estime donc avoir le meilleur échantillon possible où la principale variante est la capacité de l’homme à procréer en fonction de l’âge. Des surprises Les résultats en surprendront plusieurs: les hommes dans la vingtaine, mariés à des femmes du même âge, ont engendré 2,8 enfants en cinq ans alors que ceux du début de la cinquantaine, mariés à des femmes dans la vingtaine, en ont engendré 2,5 dans le même laps de temps. Cela signifie que le potentiel reproducteur des hommes de plus de 50 ans équivaut à 90 % de celui d’un homme de moins de 30 ans. Ce taux est encore de 80 % quand les hommes atteignent 60 ans avec une moyenne de 2,2 enfants, mais il semble baisser plus rapidement par la suite (à l’époque, il n’y avait pas de Viagra…). «Ces résultats comblent un vide dans nos connaissances et montrent toute la richesse que représentent les données démographiques historiques pour la recherche», indique le professeur Bertrand Desjardins, codirecteur de cette recherche avec Lisa Dillon. Frédéric Payeur met par ailleurs en garde contre le danger de repousser, sur la base de ces données, les projets de paternité au-delà de la cinquantaine. «Ces résultats sont fondés sur une population qui bénéficiait de conditions très favorables et qui n’était pas affectée par les polluants d’aujourd’hui. Le risque de maladies génétiques comme le nanisme, l’autisme, la schizophrénie et la trisomie 21 augmente aussi avec l’âge du père.» Sans oublier que l’écart d’âge entre le père et ses enfants réduit la durée et la qualité de la paternité sociale. Plus haut taux du monde? Outre le principal résultat, cette recherche a révélé des faits étonnants. Ainsi, les couples de la Nouvelle-France pourraient bien avoir eu, après 1700, le taux de reproduction le plus élevé jamais enregistré dans les annales mondiales. Ce taux moyen est de 13,2 enfants par femme mariée et de 14,7 par homme marié. Les archives font même état d’un cas exceptionnel de 23 naissances pour une même femme, dont plusieurs naissances gémellaires. Seule la communauté huttérite nord-américaine du début du 19e siècle aurait eu un taux plus haut avec 14,13 enfants par couple (contre une moyenne de 13,85 pour nos ancêtres). Mais Frédéric Payeur doute de la fiabilité des sources de cette étude et continue d’explorer la question. Par ailleurs, le taux de fécondité des veufs apparait plus élevé lors d’un deuxième mariage que celui d’un autre homme du même âge qui est toujours avec sa première femme. En outre, à conditions égales, la fécondité des hommes nés en Nouvelle-France est plus grande que celle des immigrants français, ce qui pourrait être lié, selon Frédéric Payeur, aux conditions de vie en France. Dans ces deux cas, les différences sont faibles mais significatives. Daniel Baril
|
© 2008 - Bureau des communications et des relations publiques