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Le sommeil des adolescents: pas de tout repos! Version imprimable Suggérer par courriel
31 mars 2008

Les enfants qui dorment bien réussissent mieux en classe, selon Roger Godbout

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Une enquête menée récemment auprès de jeunes et de professionnels qui travaillent dans le milieu scolaire québécois indique que les adolescents qui dorment le moins ont des notes plus basses. Cette observation est appuyée par de nombreuses recherches scientifiques qui confirment que les troubles du sommeil constituent un facteur déterminant dans la performance scolaire des enfants et des adolescents.

C’est ce qu’a révélé Roger Godbout, professeur au Département de psychiatrie de la Faculté de médecine, au cours d’une conférence donnée le 13 mars à l’Hôpital Rivière-des-Prairies. «Le sommeil est indispensable à la récupération de l’organisme et l’assimilation des connaissances est optimale lorsqu’elle est suivie d’une nuit complète», a-t-il expliqué aux auditeurs de toutes provenances qui avaient répondu à l’invitation du centre hospitalier de soins pédopsychiatriques à l’occasion de la semaine Cerveau en tête.

Pour illustrer ses propos, il a cité le cas de trois adolescents qu’il a rencontrés au cours de son enquête sur le terrain. Emmanuelle, qui lit jusque tard dans la nuit, se plaint de maux de tête et de fatigue le jour; Xavier s’endort souvent en classe parce qu’il est rivé à son ordinateur jusqu’aux petites heures du matin; et Julien, trop stressé parce qu’il n’arrive pas à tout faire pendant la journée, ne parvient pas à s’endormir avant minuit. Ces comportements en apparence banals auraient pu avoir de fâcheuses conséquences. «Les humains semblent assez bien s’accommoder d’un manque de sommeil occasionnel, précise Roger Godbout, mais, à long terme, le cerveau s’en trouve affecté. On observe des changements d’humeur, des problèmes de concentration et une diminution des performances cognitives.»

Dans les trois exemples donnés par le psychologue, les effets du manque de sommeil auraient pu être évités si Emmanuelle, Xavier et Julien avaient eu une meilleure «hygiène de sommeil», selon l’expression de M. Godbout. On prévient les difficultés d’endormissement lorsqu’on crée un environnement calme et apaisant avant d’aller au lit. Il recommande de faire de la chambre à coucher une zone exclusive de sommeil, d’adopter des horaires réguliers de coucher et de lever, d’éviter de regarder la télévision, de jouer à des jeux vidéo ou de surfer sur Internet juste avant de dormir et de ne pas consommer, après 17 h, d’excitants comme le café, le thé, l’alcool et les sodas à base de caféine.

École, travail, devoirs, activités parascolaires…

Spécialiste reconnu des maladies du sommeil, le professeur Godbout, aussi responsable du Laboratoire du sommeil de l’Hôpital Rivière-des-Prairies, a publié plusieurs articles scientifiques sur le sujet. «La puberté est marquée par des changements importants de l’horloge biologique de sorte que le cycle veille-sommeil est désorganisé, fait-il remarquer. Plusieurs adolescents et jeunes adultes ne sont donc pas prêts physiologiquement à s’endormir avant 23 h.»

Roger Godbout
Les gens prennent trop à la légère les bienfaits du sommeil, estime Roger Godbout.

Les adolescents ont besoin en moyenne d’au moins neuf heures de sommeil, signale le psychologue, mais la plupart en dorment moins de sept à cause des horaires de classe. «Ils se couchent tard, et, dans la semaine, l’heure du lever interrompt trop tôt leur nuit puisqu’ils vont à l’école», affirme M. Godbout, qui rappelle que le temps total de sommeil diminue de 40 à 50 minutes entre 13 et 19 ans.

Mais, dans l’esprit de l’adolescent, se coucher tard est synonyme de «devenir grand». Et dormir devient secondaire. «Ils ont un agenda tellement chargé, constate Roger Godbout. École, travail, devoirs, activités parascolaires, responsabilités familiales, amis et j’en passe. Pour arriver à tout faire, ils sont portés à réduire leurs heures de sommeil.»

Près de 60 % des adolescents interrogés se disent fatigués le jour et 15 % rapportent s’être endormis en classe, mentionne le chercheur. Résultat? Les notes en prennent un coup. Une enquête américaine effectuée auprès de centaines de jeunes du primaire lui donne raison: les élèves aux notes plus basses dorment 25 minutes de moins les nuits de semaine et se couchent en moyenne 40 minutes plus tard que ceux dont les bulletins sont remplis de A ou de B.

Pas étonnant, selon le professeur Godbout. En 2000, ses travaux ont mis en évidence un lien fonctionnel entre l’activation cérébrale au cours du sommeil paradoxal et l’apprentissage. Cette phase du sommeil, où les rêves sont plus vifs et plus fréquents, permettrait de consolider les expériences nouvelles. Or, c’est justement cette phase de sommeil qui est perturbée quand on ne dort pas assez, souligne le chercheur. À son avis, les rêves optimisent nos capacités d’apprentissage et notre équilibre psychologique. «Priver des rats de sommeil paradoxal altère l’apprentissage de nombreuses tâches», soutient-il. Chez l’être humain, la mémoire de travail, responsable de la mémorisation à court terme, est très affectée par la privation de sommeil.

Un projet VINCI

L’étude sur le sommeil des adolescents a été financée par l’Université de Montréal et réalisée dans le cadre d’un projet visant le transfert des connaissances. Le projet VINCI – pour Valorisation de l’innovation et du capital intellectuel – de M. Godbout propose aux gestionnaires et aux professionnels du milieu scolaire québécois des documents d’information basés sur des données scientifiques récentes en matière d’hygiène et de troubles du sommeil afin de favoriser une meilleure réussite scolaire. Un guide imprimé et une vidéo sont actuellement en production et devraient être disponibles sous peu. Les résultats de l’enquête feront aussi l’objet d’un article à paraitre prochainement dans la Revue québécoise de psychologie.

Après 20 ans de recherche en médecine du sommeil, Roger Godbout se dit toujours aussi enthousiaste à l’égard de son travail. À preuve, il a un emploi du temps aussi chargé que celui d’un homme d’affaires. Dort-il bien, au moins? «Euh… Je dors bien, mais trop peu», répond-il un peu gêné.

Dominique Nancy

 

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