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| Les omnipraticiens jouent un rôle central dans le traitement des troubles mentaux |
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| 31 mars 2008 | |
La moitié des omnipraticiens québécois ne communiquent jamais avec les spécialistes de la santé mentale![]() Une bonne communication interprofessionnelle aide le patient qui souffre d’un trouble mental. Bien que l’importance du rôle du médecin généraliste en santé mentale soit évidente, elle demeure néanmoins largement méconnue. On connait peu de choses sur la relation qu’entretient l’omnipraticien avec les psychiatres, les psychologues et les autres acteurs du système de santé, de même que sur les facteurs qui influent sur la prise en charge ou non des patients ayant un trouble psychique. Marie-Josée Fleury, professeure associée au Département d’administration de la santé, et son équipe ont voulu jeter un nouvel éclairage sur cet aspect du travail des omnipraticiens. «Il nous semblait essentiel de contribuer à combler ce manque de connaissances, d’autant plus que, dans son plan d’action sur la santé mentale 2005-2010, le ministère de la Santé et des Services sociaux désigne le médecin omnipraticien comme un acteur clé dans la gestion des cas de maladie mentale en collaboration avec les psychiatres et les équipes des soins et des services psychosociaux du réseau», indique Mme Fleury, qui est également chercheuse au Groupe de recherche interdisciplinaire en santé et à l’Hôpital Douglas, ainsi que professeure adjointe à l’Université McGill. Un échantillon de 398 médecins de famille a bien voulu se soumettre au questionnaire fort exhaustif de la chercheuse, qui comprenait 143 variables. L’analyse des données révèle quelques grandes tendances. La première confirme que les omnipraticiens jouent un rôle central dans le traitement des troubles mentaux. Le quart des 90 patients vus en moyenne par semaine en sont atteints. Environ 55 % de ces personnes souffrent de troubles transitoires et modérés (TTM), comme la dépression, l’anxiété et les troubles de la personnalité, 12 % ont reçu un diagnostic de troubles sévères et persistants (TSP), telle la schizophrénie, et 33 % étaient aux prises avec une combinaison de troubles psychologiques et de conditions de comorbidité (abus de substances, déficience mentale, désordre somatique, etc.). Bonne nouvelle: près de 80 % des omnipraticiens voient les patients en état de crise dans un délai de moins de 48 heures. Les médecins sont cependant portés à s’occuper davantage des cas de TTM que de ceux de TSP. Ils dirigent en effet 70 % des patients souffrant de TSP vers les psychiatres en raison de la gravité et de la complexité des symptômes. Certains justifient leur décision en invoquant le peu de soutien offert par les psychiatres et leur propre manque d’intérêt ou d’expertise. Ils font très peu de suivi commun de ces patients, c’est-à-dire avec l’appui d’un psychiatre. Manque de formation Ce constat introduit une deuxième observation de la recherche, qui tombe sous le sens: la prise en charge par les médecins généralistes des patients ayant un problème de santé mentale est «traditionnelle». D’une façon générale, les omnipraticiens prescrivent des médicaments et font de la thérapie de soutien, mais effectuent peu de psychothérapie. Ils n’utilisent pas beaucoup d’outils innovants comme les protocoles de traitement et de médication et les plans d’intervention mixtes. ![]() Marie-Josée Fleury (Photo: Nadja Billard)
«Il y a un manque de formation évident, commente Marie-Josée Fleury. Dans la littérature, on nous dit que le médecin de famille éprouve généralement de la difficulté à détecter, diagnostiquer et traiter les problèmes de santé mentale. Mais des études plus récentes affirment que cela dépend des diagnostics. Le médecin se débrouille plutôt bien avec les cas de dépression classique et de problèmes d’anxiété. Mais, quand il est question de TSP, ça se corse.» La littérature encourage ainsi les médecins à suivre une formation continue afin qu’ils puissent mieux prendre en charge ces patients, rapporte la professeure. Communication interprofessionnelle difficile Autre tendance: les médecins de famille pratiquent «en silo». La moitié d’entre eux n’ont en effet aucun contact avec d’autres spécialistes de la santé mentale. Un peu plus de 20 % communiquent avec les psychiatres une fois par année. Environ 19 % ont des contacts trimestriels avec les équipes des CLSC et 18 % avec les psychologues en cabinet privé. Par ailleurs, les omnipraticiens participent peu au processus d’hospitalisation de leurs patients, excepté pour ce qui est du suivi post-hospitalier. Des raisons historiques expliqueraient ce phénomène. «L’attention qu’on porte au rôle des médecins de famille en santé mentale est fort récente, remarque Mme Fleury. Dans les années 60, les hôpitaux psychiatriques avaient la responsabilité totale de la santé mentale. On estimait que ces problèmes n’étaient pas le lot des services de première ligne. Mais l’accroissement et la chronicité des troubles mentaux ont conduit à l’entrée en scène de l’omnipraticien, comme on peut le constater dans le plan d’action en santé mentale du gouvernement.» Cette pratique en silo peut aussi s’expliquer par la perception peu favorable qu’ont les médecins de famille de la qualité des services en santé mentale. Au total, seulement 55 % d’entre eux estiment que les soins offerts sont adéquats ou très adéquats. Ils signalent en outre un temps d’attente moyen de 60 jours avant qu’un psychiatre réponde à leurs demandes de référence. Pourtant, la majorité des médecins généralistes souhaitent améliorer leur collaboration interorganisationnelle, notamment par un accès facilité aux psychologues, aux équipes psychosociales des CLSC et aux psychiatres. Le recours à des gestionnaires de cas et à des agents de liaison ainsi qu’un plus grand accès téléphonique aux psychiatres sont d’autres solutions privilégiées. Cependant, il y a encore loin de la coupe aux lèvres, puisque la réforme en cours n’est pas gagnée du côté des psychiatres. «Il y a beaucoup de résistance parce que certains d’entre eux ne veulent pas qu’on les considère comme des consultants», observe Marie-Josée Fleury. Elle croit que la coordination entre les divers professionnels concernés par les soins en santé mentale passe par l’introduction de réseaux intégrés de services, à l’image de ceux mis en place pour les personnes âgées en perte d’autonomie. Ce concept, qui permettrait une meilleure continuité des services, est pour ainsi dire absent du plan d’action gouvernemental. Marie-Josée Fleury compte poursuivre sa recherche à l’automne en entamant une série d’entrevues tant avec les médecins omnipraticiens qu’avec les psychiatres. Marie Lambert-Chan |
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