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| Le français québécois se démarque par sa créativité et sa vitalité |
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| 25 mars 2008 | |
La lexicographe Marie-Éva de Villers et la sociolinguiste Marty Laforest posent un regard éclairé sur le français parlé au Québec![]() Marie-Éva de Villers Les membres de la Jonction des étudiants des certificats de journalisme et de rédaction de la Faculté de l’éducation permanente avaient invité à leur dernière rencontre Marie-Éva de Villers, lexicographe et directrice de la qualité de la communication à HEC Montréal, et Marty Laforest, sociolinguiste et professeure à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Les idées reçues sur la langue en ont pris pour leur rhume, à commencer par celle voulant que nous ayons une langue pauvre ou carrément en voie de disparition. Le français parlé et écrit au Québec est au contraire des plus inventifs, comme l’a expliqué Marie-Éva de Villers: «Il existe trois types de québécismes, selon l’énoncé de politique de l’Office québécois de la langue française: les mots issus du fond français qui sont vieillis dans le reste de la francophonie tels que “achalandage”, les mots de création comme “aluminerie” et les emprunts à l’anglais comme “coroner”. Les québécismes de création représentent de loin la catégorie la plus importante.» Cela laisse dire à Marty Laforest que «la création de nouveaux termes est un bon indicateur de la vitalité d’une communauté linguistique, car une langue qui ne crée pas est une langue morte». La sociolinguiste en a profité pour livrer un point de vue qu’on entend peu souvent dans l’éternel débat sur la langue française, qui s’éloigne temporairement du politique pour mettre en relief le phénomène linguistique. «Il n’y a rien de si particulier dans le français québécois: il y a un recoupement des mots presque total avec le français des autres communautés francophones et ses spécificités n’ont rien d’étonnant, a affirmé l’auteure de l’essai États d’âme, états de langue. Les interférences avec l’anglais sont normales puisqu’on vit avec les anglophones depuis un certain temps. La langue des Anglo-Québécois est aussi marquée par des contacts avec les francophones. On l’oublie ou on ne veut pas le voir.» Marie-Éva de Villers a rappelé les conclusions de son ouvrage Le vif désir de durer: illustration de la norme réelle du français parlé au Québec. Après avoir comparé le corpus linguistique de la totalité des articles du journal Le Devoir et du quotidien français Le Monde pour l’année 1997, elle a découvert que non seulement 85 % des mots employés par les journalistes étaient les mêmes, mais qu’en plus chaque salle de rédaction possédait un vocabulaire d’environ 26 000 mots. De tels résultats démontrent bien que le complexe d’infériorité nourri à l’égard des cousins français – et révélé à plusieurs reprises par les commentaires du public qui assistait à la causerie – n’a pas sa raison d’être. Ce sentiment serait d’ailleurs en régression au sein de la population, a remarqué l’auteure du Multidictionnaire de la langue française. De l’importance de l’ar-ti-cu-la-tion La prononciation a monopolisé une bonne partie de la causerie. La croyance populaire veut que l’articulation des Québécois soit relâchée. Et pourtant, cette caractéristique qui nous différencie du reste de la francophonie trouve sa source dans le parler de nos ancêtres. «La prononciation paysanne s’est imposée en France après la Révolution, alors que nous avons conservé les particularités aristocratiques du français. Dans ce contexte, c’est quand même le comble de se faire traiter de ploucs!» a lancé en riant Mme Laforest. Elle a précisé cependant qu’il s’est produit une «dédialectalisation» depuis quelques années qui gomme les différences entre les accents, et ce, même à l’intérieur du Québec. Une plus grande circulation des langues serait à l’origine de ce phénomène, grâce aux télécommunications, à l’immigration et au tourisme. Le malaise par rapport à notre prononciation relève d’une perception davantage sociale que linguistique, a observé Marty Laforest. «Nos oreilles ont un filtre social. Il y a des traits de prononciation qu’on entend et d’autres qu’on n’entend pas. Par exemple, les sociolinguistes parlent souvent de l’évolution du r, qui est un son sensible. Avant la guerre, au Québec, la norme du bon parler était le r roulé. La valeur de ce r s’est totalement inversée après la guerre. Aujourd’hui, le r roulé est dévalorisé. Les gens portent une grande attention à ce trait et y attache une valeur sociale.» «On dénigre trop souvent le français parce qu’on ne le connait pas et on ne se rend pas compte à quel point il est miraculeux, comme toutes les langues d’ailleurs, juge Marty Laforest. Quel que soit le milieu d’où l’on vient et qu’on soit instruit ou non, le langage est en nous et on le maitrise dès l’âge de trois ans. On a perdu de vue le fait que la conversation la plus banale est un miracle de complexité.» Marie Lambert-Chan |
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