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Un mal de chien, ça existe vraiment! Version imprimable Suggérer par courriel
24 février 2008

Les vétérinaires travaillent à diminuer la souffrance chez leurs patients

Bernier-Troncy
Katherine Bernier, technicienne de recherche, et le Dr Éric Troncy entourent Oscar, un chien souffrant d’arthrose.

Les étudiants en médecine vétérinaire au Canada suivent trois fois plus d’heures de formation en prévention de la douleur que les futurs médecins, infirmiers, dentistes ou pharmaciens, selon une étude dont les résultats sont parus l’an dernier dans une publication de la Société canadienne de la douleur. «Ils savent mieux la reconnaitre, la gérer et l’apaiser que chez les personnes», commente le Dr Éric Troncy, professeur à la Faculté de médecine vétérinaire.

En s’exprimant ainsi, ce spécialiste en anesthésie animale célèbre une petite victoire intérieure, car les temps ont bien changé depuis son entrée dans la profession, il y a 16 ans. Les animaux, croyait-on alors, n’avaient pas besoin de traitements particuliers pour atténuer leurs souffrances. D’ailleurs, quelles souffrances? Les bêtes ne crient pas et ne pleurent pas quand elles ont mal… «En réalité, d’autres signes démontrent qu’elles souffrent. En une seule décennie, les vétérinaires ont été sensibilisés à la question, au point de modifier sensiblement leur pratique», indique le vétérinaire originaire de la Savoie.

Le plus ironique, c’est que la lutte contre la douleur est apparue d’abord en médecine humaine, dans les années 90. On a ouvert les placards où la morphine, considérée comme une drogue de dernier recours, était gardée sous clé. En médecine, les antidouleurs sont devenus des alliés indispensables dans les interventions chirurgicales. On a mis au point des systèmes qui permettent aux patients de s’administrer eux-mêmes les doses qui leur conviennent. Les vétérinaires ont suivi ce courant de «tolérance zéro» à la douleur, mettant les bouchées doubles.

D’après une enquête nationale sur la santé des animaux menée en 2006, 40 % des chats reçoivent un analgésique postopératoire à la suite d’une stérilisation. C’est quatre fois plus qu’en 1996. «Quiconque a déjà été opéré sait que la douleur est très présente après une chirurgie, explique le collaborateur d’Éric Troncy, le chirurgien Bertrand Lussier, rencontré à l’entrée d’une salle d’opération de l’Hôpital des animaux de compagnie de la Faculté de médecine vétérinaire. Depuis l’introduction de l’administration systématique des médicaments antidouleur ou l’utilisation des techniques de “blocs locorégionaux”, les bêtes opérées sont alertes, coopératives, en plus d’avoir de l’appétit… La différence est flagrante avec celles qu’on ne soulageait pas, souvent abattues et recroquevillées dans le fond de leur cage.»

Le lait de la vache qui souffre

Cela dit, on ne peut pas placer des électrodes sur le crâne d’un animal pour déterminer l’intensité de sa douleur. Devant l’expression de celle-ci, le milieu de la médecine vétérinaire est aussi démuni que les spécialistes de la néonatologie ou des soins palliatifs. «Les bébés et certaines personnes en fin de vie sont incapables d’exprimer leurs souffrances. Il faut alors recourir à des méthodes pour la détecter. Mais ces moyens ne sont jamais parfaits», mentionne le Dr Troncy.

Ce dernier a élaboré un procédé visant à déceler et à mesurer la douleur chez l’animal, en suivant des marqueurs dans le liquide céphalorachidien. Éventuellement, un propriétaire de bétail pourrait connaitre le degré de souffrance de ses bêtes avec un appareil capable de faire une lecture transcutanée. Mais, précise le chercheur, ce genre de test n’est pas pour demain.

Savoir discerner la souffrance chez l’animal pour la soulager, cela ne relève pas seulement de l’empathie. Des liens pourraient exister entre une douleur profonde et des comportements ultérieurs. Le Dr Troncy suit actuellement un troupeau de vaches laitières afin d’explorer cette hypothèse audacieuse. «Nous voulons découvrir si des vaches qui auraient vécu des périodes de souffrances intenses en bas âge, lors de l’écornage sans anesthésie par exemple, pourraient avoir une production laitière altérée des années plus tard.»

L’idée de départ d’une telle recherche est, encore une fois, inspirée de la médecine humaine. Une enquête auprès de garçons circoncis a montré que les patients ayant été opérés à froid avaient payé cher une telle souffrance puisque, pour 1000 hommes, on rapportait 15,3 années en santé de moins que chez ceux qui avaient été anesthésiés. «Il semble que le corps ait une mémoire de la souffrance, et c’est ce que nous voulons vérifier auprès des animaux. Dans le cas de la vache écornée à froid, une des séquelles pourrait résider dans la production laitière ou dans sa capacité à se reproduire.»

Pour l’instant, l’étude sur les vaches n’est pas assez avancée pour que le chercheur puisse tirer des conclusions, mais d’autres pistes sont explorées, notamment avec le chien souffrant d’arthrose (voir l’encadré).

Franco-québécois

Depuis 2003, le Dr Troncy est l’un des directeurs de l’International Veterinary Academy of Pain Management, un organisme basé au Colorado qui réunit un millier de membres, du vétérinaire au technicien en soins animaliers. Cette académie vise à promouvoir l’acquisition de connaissances en biologie et dans le traitement de la douleur chez l’animal. L’automne dernier, c’est à Montréal que cette association a tenu son congrès annuel, sous la présidence du Dr Troncy. «La rencontre a permis une bonne collaboration entre les représentants de la médecine humaine et ceux de la médecine vétérinaire», relate-t-il.

Éric Troncy a obtenu son diplôme de l’École nationale vétérinaire de Lyon en 1992. Sa maitrise à l’Université de Montréal, en 1994, portait sur l’utilisation de l’épidurale chez le chien. Son doctorat, en sciences biomédicales, a été complété en 1998 au CHUM. Il a ensuite fait un postdoctorat à l’Université de Strasbourg en pharmacologie.

Avec sa femme rencontrée durant sa scolarité à Montréal, Stéphanie Keroack, également vétérinaire d’origine française, il a trois enfants: Clémentine, Lancelot et Garance. Ils se sont installés au Québec en 2002, précisément le jour de la Saint-Valentin. Une histoire d’amour avec le Québec. Sans douleur.

Mathieu-Robert Sauvé


 

 

Troncy
Les sujets de recherche d’Éric Troncy doivent se déplacer dans un corridor muni d’appareils électriques et d’une caméra.

Besoin de chiens atteints d’arthrose

Dans un tout nouveau laboratoire de la Faculté de médecine vétérinaire de Saint-Hyacinthe, on veut quantifier la douleur chez le chien atteint d’arthrose en étudiant sa démarche dans ses moindres détails. Grâce à une balance très sensible sur laquelle le chien pose ses pattes, il est possible pour le chercheur de savoir précisément quelle patte porte moins de poids que l’autre. «Quand vous avez mal à une jambe, vous évitez de vous appuyer dessus, c’est normal, dit Maxim Moreau, le directeur d’étude. C’est la même chose pour le chien. Nous mesurons ici la façon dont l’animal répartit son poids de façon à connaitre l’état de sa souffrance et sa réponse au traitement censé la calmer.»

Comme la population humaine, la population d’animaux domestiques fait face à un phénomène de vieillissement. De plus en plus de chiens souffrent de dégénérescence des articulations. Pour mieux traiter ce problème, les chercheurs ont besoin de patients particuliers: plus de 80 chiens québécois, de 20 kilos et plus, prêts à offrir leur corps à la science le temps d’une étude. Ils doivent boiter des pattes arrière et pouvoir se présenter à Saint-Hyacinthe à trois reprises. L’examen médical est sans frais, il vous renseignera sur l’état de santé de pitou et l’équipe de recherche vous offre une compensation de 100 $.

Information: Maxim Moreau, 450 773-8521, poste 8516, ou 514 345-8521, poste 8516.

 

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